INICIAR SESIÓNEllie
L'orchestre joue un slow, et c'est comme si la musique avait été écrite pour nous, pour ce moment, pour cette nuit. Un saxophone qui pleure, une contrebasse qui pulse, un piano qui égrène des notes comme des gouttes de pluie sur une vitre. La piste de danse est presque vide, les couples intimidés par notre présence, ou peut-être simplement fatigués par la longueur de la soirée. Nous sommes seuls au
EllieLe lendemain, la colère est revenue. Pas tout de suite. Pas au réveil, quand j'ai ouvert les yeux et que j'ai senti son bras autour de ma taille, sa chaleur contre mon dos, sa respiration régulière dans mon cou. Pas quand il s'est levé pour préparer le café, torse nu dans ma petite cuisine, en train de fouiller dans mes placards comme s'il était chez lui. Pas même quand il m'a souri en me tendant une tasse, ce sourire en coin, ce sourire de prédateur qui me fait fondre d'habitude.Non, la colère est revenue quand il a commencé à parler.— J'ai renforcé la sécurité autour de l'immeuble. Deux hommes en bas, un dans le hall, un autre dans la ruelle. Ils se relaieront toutes les huit heures. Victor supervise tout. Tu ne risques rien.Sa voix était calme, posée, professionnelle. La voix du chef de clan qui donne des ordres. La voix de l'homme qui gère une crise. Et cette voix, au lieu de me rassurer, m'a hérissé le poil.— Et t
JamesL'appartement d'Ellie est silencieux maintenant. Les gars de la sécurité sont en bas, dans une voiture banalisée, à surveiller les allées et venues autour de l'immeuble. J'ai posté deux hommes à chaque entrée, un dans la ruelle derrière, un autre dans le hall. Un déploiement disproportionné pour une simple filature, mais je ne prends aucun risque. Pas avec elle. Plus jamais avec elle.Elle est assise sur le canapé, les jambes repliées sous elle, une tasse de thé fumante entre les mains. Elle a enfilé un pull trop grand, un vieux truc en laine qui a dû appartenir à quelqu'un d'autre avant elle, et ses cheveux sont toujours en bataille de sa course de ce matin. Elle est belle. Même comme ça, surtout comme ça, sans maquillage, sans robe de soirée, sans artifice. Belle d'une beauté vraie qui me serre la gorge à chaque fois que je la regarde.Mais ses yeux ne sont pas beaux. Ses yeux sont durs. Perçants. Inquisiteurs. Elle me regarde comme elle
Je hoche la tête. Je ne sais pas si je dois être déçue ou soulagée. Un peu des deux, probablement. Mais je lui fais confiance. Je lui fais confiance comme je n'ai jamais fait confiance à personne. — D'accord. Bientôt. Il m'attire contre lui, m'enlace si fort que j'ai du mal à respirer, et je sens son cœur battre contre ma joue, vite, fort, désordonné. Il a peur. Il a vraiment peur. Et ça me terrifie autant que ça me rassure. Parce que si James Sinclair a peur, c'est que le danger est réel. Le suiveur n'était pas un hasard. Le piège de Charlotte n'était qu'un début. Et la guerre, la vraie guerre, ne fait que commencer. James Je la tiens dans mes bras, et je ne veux plus la lâcher. Je ne peux plus la lâcher. Pas après ce qu'elle vient de me raconter. Pas après l'image qui s'est imprimée dans mon crâne, cette image d'elle, seule dans une ruelle, en train de confronter un inconnu qui la suivait, e
Ellie Les quinze minutes annoncées par James s'étirent en une éternité. Le temps a cette consistance étrange, élastique, qu'il prend toujours dans les moments de crise. Chaque seconde dure une minute, chaque minute dure une heure. Je suis assise à ma table de cuisine, les deux mains serrées autour de ma tasse de café froid, les yeux fixés sur la porte d'entrée, et j'attends. L'appartement est silencieux. Trop silencieux. Le frigo ronronne, le radiateur claque, un pigeon roucoule sur le rebord de la fenêtre. Des bruits familiers, rassurants d'habitude, mais qui aujourd'hui me semblent menaçants, comme des bruits de pas, comme des grincements de porte, comme des signaux d'alarme que mon cerveau amplifie et déforme. Je repense à l'homme au manteau sombre. À ses lunettes noires. À sa façon de sursauter quand je l'ai confronté. À sa fuite. Il n'était pas préparé à ce que je le remarque, encore moins à ce que je l'attaque. Ce n'
Les questions fusent, mitraille, sans lui laisser le temps de répondre. Je vois sa pomme d'Adam monter et descendre. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule, vers la rue principale, comme s'il cherchait une issue, comme s'il était pris au piège, comme si c'était lui la victime et moi l'agresseur. Et puis il s'enfuit. Il tourne les talons et il court. Il court comme un lapin, son manteau sombre flottant derrière lui, ses pas résonnant dans la ruelle déserte. Je reste figée une seconde, le temps de comprendre ce qui se passe, puis je m'élance à sa poursuite. Mes bottes martèlent le bitume, ma veste en jean claque au vent, mes cheveux s'échappent de ma queue-de-cheval. Mais il est plus rapide que moi. Il débouche dans la rue principale, slalome entre les passants, s'engouffre dans une voiture garée en double file, et démarre dans un crissement de pneus. Je m'arrête au coin de la rue, essoufflée, les mains sur les genoux, le cœur a
Ellie Le lundi matin, le retour à la réalité est brutal. Pas de limousine, pas de soie, pas de champagne. Juste mon vieux jean troué aux genoux, mon t-shirt informe, mes bottes de travail, et l'odeur du café soluble qui emplit ma petite cuisine pendant que je me prépare pour le garage. La routine. La vraie vie. Celle qui existait avant James, avant le gala, avant que mon monde ne bascule dans le luxe et le danger. Elle est toujours là, cette routine, fidèle au poste, comme une vieille amie qui n'a pas changé même quand tout le reste a changé autour d'elle. Je bois mon café debout devant l'évier, les yeux encore gonflés de sommeil, la tête pleine de souvenirs de la nuit de samedi. La robe blanche est toujours en boule dans un coin de ma chambre, attendant que je me décide à la jeter ou à l'enterrer ou à la brûler lors d'une cérémonie symbolique. La veste de James est toujours sur ma chaise, et je l'ai portée à mon nez ce matin en me levant, juste pour retrouver son odeur, juste pour







