ログインJe prends sa main. Elle est chaude, rugueuse, rassurante. Il m'aide à me relever. Mes jambes sont encore faibles, mais je tiens debout.
Nous marchons dans les couloirs de la Cité Haute, côte à côte, en silence. La lumière bleutée pulse autour de nous comme un cœur inquiet. La pierre noire est tiède sous mes pieds nus. La fleur noire est restée par terre, derrière nous, abandonnée.
Je p
La chose dont je ne parle pas fort.Ma lumière particulière. Celle qui, depuis mon retour, fait que la pierre me reconnaît. Celle qui, hier encore, faisait s’agenouiller les foules sans qu’un mot soit prononcé. Elle diminue.Pas d’un coup. Peu à peu. À chaque coupe.Je ne pleure toujours pas.Je continue.La nappe corrompue lâche prise sur le socle.Le socle apparaît.Il est nu. Grelottant. Petit. Il ressemble à une jeune femme frêle, aux cheveux clairs, aux yeux immenses. Ce n’est pas la Maëva politique. Ce n’est pas la Maëva monstrueuse. C’est la Maëva d’avant.Celle que j’ai accueillie autrefois. Celle sur qui j’ai posé la main pour la rassurer.Je sens quelque chose se serrer au fond de moi.Je ne cède pas.Je passe la lame une dernière
Le cristal frémit plus fort.Une fissure très fine apparaît à sa surface. Pas une brisure. Pas encore. Une fissure calibrée. Exactement à l’endroit où le bâton passe en travers.C’est le moment.Elle tourne à peine la tête vers moi.— Eryon— Prêt, ma reineJe lève les mains. Je stabilise les cercles secondaires. Les mages, à mes côtés, alignent leurs propres flux sur les miens.Elle prononce alors le nom une troisième fois.Cette fois, elle ne parle plus.Elle chante presque.Une seule note. Sombre. Longue. Qui vient de ses tripes plus que de sa gorge. Ce n’est pas beau. Ce n’est pas mélodieux. C’est puissant. C’est terrible. C’est vrai.La réalité elle-même tremble, comme les Ombres l’avaient annonc&e
EryonJe passe la journée à préparer la salle.Dès l’aube, les mages secondaires évacuent tout ce qui ne servira pas. Nous laissons le cristal au centre du dallage runique. Nous laissons le socle du bâton, un peu à l’écart. Nous laissons quelques colonnes basses où poser des lampes rituelles. Nous laissons les cercles gravés dans le sol par les architectes anciens, ceux qui datent d’avant la chute et qui étaient prévus pour contenir des flux immenses.Puis j’écris.Je passe des heures accroupi sur les dalles, à tracer à la craie noire, autour du cristal, les syllabes du vrai nom de Maëva. Chaque signe doit être posé exactement. Chaque angle doit être précis. Chaque courbure doit chanter avec sa voisine. Une erreur suffirait à retourner le rituel contre nous.Mes genou
Je ne réponds pas.Il continue, sans hausser le ton.— Elyndor ne survivra pas à des années de plus de cette dérive. Le peuple sent qu’il se passe quelque chose. Il n’y a pas de repos possible tant qu’elle est là. Nous avons trois choix. La détruire, et perdre la cité. La garder telle quelle, et perdre les âmes. Ou la guérir, et perdre une part de la reine.Ma voix descend.— Je ne peux pas perdre encore une part d’elleIl ne répond pas tout de suite.Puis :— Tu ne la perdras pas.Je le regarde.Il ajoute, très doucement :— C’est une part de sa magie. Pas d’elle. Elle sera plus douce, plus intime, moins terrifiante. Mais elle restera elle. Elle sera même, si tu veux mon avis, plus elle-même qu’elle ne l’a jamais été.Je
Il sourit à peine. Un sourire sombre.— Toute ma vie, on m’a dit que je ne serais jamais assez pour toi. Trop humain. Trop mortel. Trop simple. À côté de la Déesse.Il tourne légèrement la tête vers moi.— Demain, ce ne sera plus vraiJe le regarde longuement.Il y a de la douleur dans ses yeux. Il y a aussi, à côté, quelque chose que je ne saurais nommer autrement que par de la reconnaissance.Il continue.— Je ne t’ai pas aimée parce que tu étais la Déesse. Je t’ai aimée parce que tu étais toi. Peut-être même malgré la Déesse.Il baisse un instant les yeux.— Que tu perdes cela ne me prive de rien. Ça me rapproche.Je ferme les yeux.Ces mots-là, je les attendais sans le savoir.Je murmure :— Je ne voulais pas que ce soit toi qui m’en libèresIl incline la tête.— Ce n’est pas moi qui te libèreIl pose sa main sur la mienne.— Tu te libères toi-même. Je regarde. Je reste.Le silence dure longtemps.Puis je me redresse, doucement. Je pose un baiser sur sa tempe.— Reste ainsi jusqu’
DéesseJe ne dors pas.Je reste assise contre le pilier, dos à la pierre, face au cristal et au bâton, pendant la plus grande partie de la nuit. La salle du conseil intérieur est silencieuse. Les scellés bourdonnent à peine autour du cristal, comme un essaim endormi. La lumière violette pulse doucement, presque à mon rythme. Le bâton, sur son socle, semble respirer avec moi.Je choisis de méditer.Ce n’est pas la méditation apaisée des maîtres de l’Ordre du Nord. Ce n’est pas non plus la transe brûlante des Élus. C’est quelque chose de plus modeste. Je m’assieds droite. Je ferme les yeux. Je respire lentement. Et je me laisse descendre.Je descends dans ma propre magie comme on descend dans un puits que l’on connaît trop bien.Sous ma peau, la première couche : ma volonté quotidienne. Celle qui me fait tenir debout, parler, décider. Rien d’extraordinaire. Une braise ordinaire.En dessous, une seconde couche : ma tendresse. Ce qui, en moi, veut protéger Kael, Eryon malgré tout, la vill
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
Déesse Sa réponse est immédiate. Presque blessée.— Je les envie.Le mot résonne dans la petite pièce. L'envie. La Silencieuse envie les simples, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne voient pas, ceux qui n'ont pas à porter le poids de ce qu'ils savent.— Pourquoi suis-je ici, moi ?Je repose le pai
Déesse Elle recule d'un pas. Son ombre glisse sur le mur de pierre , trop grande, trop déformée, une ombre qui n'appartient pas à un corps humain.— Repose-toi. Demain, des gens viendront te voir. Des gens qui te connaissent mieux que tu ne te connais toi-même.— Attends ...— Des gens qui t'ont a
DéesseJ'ouvre les yeux.Le plafond est noir. Pas noir comme la nuit dehors, non ,noir comme une pierre polie depuis des siècles, veinée de reflets bleutés qui coulent lentement, comme des souvenirs liquides qui auraient oublié leur propre sens. Je fixe ces veines pendant un long moment. Elles boug







