LOGINDéesse
Lyra.
Le nom flotte dans l'air du couloir comme une plume dans le vent, léger et lourd à la fois, doux et tranchant comme une lame. Lyra. Notre fille. Ma fille.
Je recule d'un pas. Mes jambes heurtent le mur derrière moi, et je m'y adosse pour ne pas tomber. Ma main serre convulsivement la fleur noire contre ma poitrine, si fort que les pétales s'écrasent entre mes doigts, libérant leur parfum de miel e
Il sourit à peine. Un sourire sombre.— Toute ma vie, on m’a dit que je ne serais jamais assez pour toi. Trop humain. Trop mortel. Trop simple. À côté de la Déesse.Il tourne légèrement la tête vers moi.— Demain, ce ne sera plus vraiJe le regarde longuement.Il y a de la douleur dans ses yeux. Il y a aussi, à côté, quelque chose que je ne saurais nommer autrement que par de la reconnaissance.Il continue.— Je ne t’ai pas aimée parce que tu étais la Déesse. Je t’ai aimée parce que tu étais toi. Peut-être même malgré la Déesse.Il baisse un instant les yeux.— Que tu perdes cela ne me prive de rien. Ça me rapproche.Je ferme les yeux.Ces mots-là, je les attendais sans le savoir.Je murmure :— Je ne voulais pas que ce soit toi qui m’en libèresIl incline la tête.— Ce n’est pas moi qui te libèreIl pose sa main sur la mienne.— Tu te libères toi-même. Je regarde. Je reste.Le silence dure longtemps.Puis je me redresse, doucement. Je pose un baiser sur sa tempe.— Reste ainsi jusqu’
DéesseJe ne dors pas.Je reste assise contre le pilier, dos à la pierre, face au cristal et au bâton, pendant la plus grande partie de la nuit. La salle du conseil intérieur est silencieuse. Les scellés bourdonnent à peine autour du cristal, comme un essaim endormi. La lumière violette pulse doucement, presque à mon rythme. Le bâton, sur son socle, semble respirer avec moi.Je choisis de méditer.Ce n’est pas la méditation apaisée des maîtres de l’Ordre du Nord. Ce n’est pas non plus la transe brûlante des Élus. C’est quelque chose de plus modeste. Je m’assieds droite. Je ferme les yeux. Je respire lentement. Et je me laisse descendre.Je descends dans ma propre magie comme on descend dans un puits que l’on connaît trop bien.Sous ma peau, la première couche : ma volonté quotidienne. Celle qui me fait tenir debout, parler, décider. Rien d’extraordinaire. Une braise ordinaire.En dessous, une seconde couche : ma tendresse. Ce qui, en moi, veut protéger Kael, Eryon malgré tout, la vill
DéesseLa cité entière retient son souffle.Elle ne sait pas exactement ce qui se prépare. Elle sait seulement que quelque chose de grave se rapproche. Les gardes ont resserré leurs patrouilles autour du palais. Les mages traversent les couloirs à toute heure, chargés de rouleaux, de fioles, d’objets rituels. Les servantes murmurent. Les enfants ne rêvent plus autant de la dame qui pleure : je l’ai fait couvrir chaque foyer d’un scellé personnel d’Eryon dès qu’un signalement m’est parvenu.Le silence de Maëva, dans le cristal, s’est fait plus lourd depuis deux jours.Elle sent.Je m’attendais à ce qu’elle sente.Le rituel ne peut plus attendre longtemps.À la fin de la deuxième journée, je réunis les principaux acteurs dans la salle du conseil intérieur, autour
Je sors sans répondre.Dans le couloir, la lumière bleutée pulse doucement. Elle est un peu plus vive qu’elle ne l’était il y a une semaine. Les mages ont commencé à réactiver certaines veines minérales que l’on croyait mortes. Le peuple, à sa manière, commence à croire à quelque chose d’autre que sa propre peur.Je porte tout cela.Dans trois jours, je dois entrer dans une salle circulaire et tenir un bâton noir dans une main, pendant que je consumerai une partie de moi-même pour tenter de guérir la femme qui a détruit ma cité.Et il faudra que, cette fois, il n’y ait pas d’effacement.Aucun refuge.Aucune amnésie de secours.Rien que la vérité en face.Je hoche la tête, seule dans le couloir, avec une gravité que personne ne voi
DéesseJe suis debout depuis l’aube.Depuis qu’Eryon m’a envoyée dormir quelques heures après le combat de Kael, je n’ai pas vraiment fermé les yeux. J’ai gardé ma main sur le fil ténu qui reliait mon pouvoir à celui de Kael, à travers Eryon, tout au long de son affrontement avec le dragon. Quand j’ai senti le monstre s’effondrer, j’ai su que Kael respirait encore. J’ai relâché la magie très lentement, à contrecœur, en veillant à ne pas rompre trop vite le lien pour ne pas le faire vaciller sur ses jambes.Puis j’ai gardé une main tendue vers lui à distance jusqu’à ce que la lumière bleutée signale à Eryon que la troupe remontait.Ils sont enfin arrivés cette nuit.Kael a monté les derniers escaliers du palais lui-même. Ma
Ses runes brillent faiblement, comme si elles n’avaient jamais tout à fait cessé d’attendre.Je fais signe à mes hommes de rester derrière.— Personne ne s’approcheLe guide fronce les sourcils.— Capitaine, on n’est pas venus jusqu’ici pour—— Personne ne s’approche.Je m’avance seul.Chaque pas fait trembler quelque chose sous la pierre. Je le sens dans mes bottes. Je le sens dans les runes. Le bâton n’est pas seul.Autour de lui, à mesure que j’approche, la pierre commence à se soulever.Un premier bloc. Un deuxième. Un troisième. Ils se rejoignent. Ils s’assemblent. Ils forment un cou. Un dos. Des pattes. Une tête.Un dragon de pierre.De taille modeste comparée aux monstres des vieilles légendes, mais suffisamment grand
Elyndor.La Cité Haute s'étend à perte de vue, majestueuse, impossible, irréelle. Des tours de pierre noire s'élèvent vers un ciel sans étoiles, reliées par des ponts de lumière bleutée qui vibrent doucemen
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseAprès le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.Longtemps.Très longtemps.Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, p







