Beranda / Romance / Aime-moi, détruis moi ! / CHAPITRE 54 — La mémoire de l'enfant 2

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CHAPITRE 54 — La mémoire de l'enfant 2

last update Tanggal publikasi: 2026-07-02 08:13:00

Je ferme les yeux. Je cherche dans le vide blanc de ma tête, dans le chaos des fragments qui s'entrechoquent. Un souvenir de Lyra. Un vrai souvenir. Pas une vision. Pas un rêve. Un souvenir.

Et puis je la vois.

Pas dans le jardin. Dans la chambre chaude et dorée de mes visions, celle où j'aimais Kael avant que tout ne brûle. Elle est là, Lyra, assise sur le lit, les cheveux emmêlés, les yeux pétillants de m

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    Je lui dis les marches. Il y avait cent quarante marches derrière chez moi et je les ai montées avec elle la première fois, à la nuit, et à la moitié elle a dit qu'elle avait mal au pied, et j'ai fait mine de ne pas comprendre et j'ai continué, et en haut elle m'a dit, d'un ton très calme, que la bête la plus stupide du monde c'était l'homme qui fait semblant de ne pas comprendre pour faire durer une marche. Et je l'ai embrassée là-haut, contre la porte, avec les genoux qui tremblaient comme un homme qui a monté cent quarante marches, et sa bouche sentait le poivre. Elle a ri contre ma bouche. Ce son-là, ce son de rire dans la bouche, je l'ai encore dans l'oreille, je l'ai entendu toute ma vie, je l'ai entendu dans les nuits de veille sur les navires, quand on est seul dans le noir et qu'il y a du vent dans les cordages.— Ne t'arrête pas, elle dit.— Je n

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    KaelJe m'agenouille devant elle.Les genoux dans l'herbe haute, les fleurs noires derrière moi qui me touchent le dos, et les deux mains de Déesse dans les miennes. Elles sont chaudes, ses mains. C'est la seule chose chaude de son corps maintenant, les mains et le front. Le reste est froid, froid et humide comme la pierre du bassin. Je les tiens à deux mains, comme on tient un oiseau qui ne peut plus voler mais qui n'est pas encore mort. Je les retourne. Je regarde les paumes, ces paumes que je connais par cœur, la ligne du haut, la ligne du milieu, la petite cicatrice dans le creux, celle d'une lame mal tenue, il y a très longtemps, avant tout.Je ne pleure pas. Je me suis promis ça à l'entrée de l'allée, au moment où j'ai vu les fleurs tête basse, et je tiens. Je ne sais pas par quoi je tiens. Je tiens.— Il faut que je te dise des choses, je dis.— Je t'&eacu

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    — Pourquoi.Je mets un temps. Pas par hésitation, je veux trouver les mots justes et je n'en trouve pas, alors je prends les mots maladroits, je les prends exprès.— Quand j'y suis allée, c'était un jour où j'entrais dans tout le monde, je guérissais tout, je touchais les gens et ça marchait, et je marchais dans cette ville comme si j'avais le monde dans la main. Et ce jour-là, au bout de l'allée, entre les fleurs noires, il y avait quelqu'un.Il ne bouge pas.— Je ne l'ai pas suivie, je dis. Je suis restée au bout de l'allée. Je n'ai pas fait un pas, je n'ai pas dit son nom, je n'ai rien fait du tout, j'ai regardé et je suis partie, et je me suis dit, plus tard. On dit toujours plus tard. Maintenant il n'y a plus de plus tard.Il se lève. Il ne discute pas. Il met le temps d'aller chercher une couverture et une écharpe, et il revient

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    DéesseLe lendemain, je me réveille avec la lumière du matin de côté, cette lumière basse d'Elyndor qui passe sous les toits et qui vient toujours du même endroit, et je me réveille lucide. C'est ça que je remarque avant tout le reste. Lucide. Depuis des semaines je me réveillais embrouillée, avec un voile, des mains trop lentes, une langue lourde. Là, tout est net. Je vois chaque poil de la couverture. J'entends, depuis la rue, quelqu'un qui scie du bois et qui s'arrête et qui reprend. Je sens la lavande, l'encre, la poussière chaude d'Eryon qui chauffe toujours ses pierres.Mon corps, lui, n'est pas de la fête. Je le teste avec méthode, comme on teste une barque avant de la mettre à l'eau. Je remue les doigts. Oui. Je tourne la tête. Oui, mais avec cette lenteur de tout ce qui est en haut. Je respire à fond. Non. Je m'arrête à m

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    Alors elle ouvre les yeux.Je ne m'attendais pas à ce qui se passe après. Je m'attendais à un cri, à une scène. Il ne se passe rien de tout ça. Il y a deux personnes qui se regardent, une couchée dans les bras d'un homme sur un quai, l'autre debout dans des vêtements tachés, et il y a un long moment où personne ne bouge, et Maëva derrière met son poing devant sa bouche et le tient là.— Ta tour, dit Déesse. Tu as mis des draps.— Trois cent quarante-deux, dit Eryon. J'ai compté.— Tu es ridicule.— Je sais.Il se retourne, il parle aux gens, il dit des choses que je n'écoute pas, des choses d'organisation, et la foule s'ouvre et on passe, et je porte ma femme dans les rues d'Elyndor entre les draps qui pendent, et tout le monde se tait sur notre passage, et il y a des vieilles femmes qui posent la main sur leur

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    KaelElyndor, de loin, c'est un empilement de pierres grises devant une eau qui n'a pas de vague. Ce n'est pas une belle ville. Des murs bas, des toits de pierre, une grande tour au milieu qui a l'air d'un doigt, la rivière qui passe dessous avec cette couleur de plomb qu'elle a toujours, même au printemps. Je l'ai vue mille fois. Aujourd'hui je la vois comme on voit une chose qu'on a promis à quelqu'un.Et quand on approche, il y a les draps.Aux fenêtres, aux balcons, aux piquets, aux crochets des cordes, il y a des draps. Des blancs, des gris, des jaunes, une ville entière habillée de linge, et ça fait un flottement partout, ça fait un bruit de linge, ce bruit qu'on n'entend jamais en mer et qui est le bruit du monde habité. Je regarde ça et je me dis qu'il a tenu sa promesse, le petit savant, il a mis les draps, et il en a mis beaucoup plus qu'un calcul ne demandait.Le port est plein

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