تسجيل الدخولElle sourit faiblement, puis tourne la tête vers Kael, qui s'est assis à côté de nous, son épée posée sur les genoux.
— Papa, tu saignes, dit-elle.
— Ce n'est rien, ma puce. Des égratignures.
— Tu mens. Tu mens toujours quand tu es blessé.
Kael émet un rire faible, presque un sanglot.
— Tu me connais trop bien.
— Je suis ta fille. C'est norm
Une part de moi le voudrait presque. Ce serait plus simple. Plus net. Mais la réalité n’est pas nette. Eryon n’est pas Maëva. Il n’a pas manipulé par appétit de pouvoir, ni par jouissance du contrôle. Il a aimé. Mal. Douloureusement. Dangereusement. Il a voulu protéger en mutilant. C’est précisément pour cela que sa faute est si difficile à juger.Je détourne le regard vers la ville.— J’ai vécu plusieurs vies incomplètes, dis-je. Dans certaines, je t’ai fait confiance sans savoir pourquoi. Dans d’autres, j’ai eu peur de toi sans comprendre la source de cette peur. Dans toutes, quelque chose en moi luttait pour revenir.Je pose une main sur ma poitrine.— Tu n’as pas effacé seulement ma douleur, Eryon. Tu as aussi effacé mes joies. Mon enfant. Mon amour. Ma chute, oui,
— Déesse —Kael dort enfin.Eryon l’a forcé à boire une décoction amère qu’il a insultée avec sa ferveur habituelle, puis la fatigue l’a emporté avant même qu’il n’achève sa dernière menace. Je suis restée jusqu’à ce que son souffle trouve un rythme stable. Jusqu’à ce que la crispation de sa mâchoire se desserre. Jusqu’à ce que je sois certaine qu’aucune ombre, aucune flamme, aucune main du passé ne viendrait l’arracher encore à moi.Maintenant, la salle des soins est presque vide. La lumière bleutée d’Elyndor glisse le long des colonnes noires et des bassins d’eau calme. Les assistants se sont retirés sur un signe d’Eryon. Il ne reste plus que lui et moi, séparés par une distance qui n’est pas seulement celle de
Sa voix m’arrive comme un choc plus intime que je ne veux l’admettre. Elle n’a pas besoin d’élever le ton. Toute la salle s’ordonne naturellement autour d’elle.Je ferme les yeux un bref instant pour me ressaisir.— Oui. Je le vois. Sans cela, il serait déjà mort.Le silence qui suit est dense. Il contient tout ce que je ne dis pas : tu l’as sauvé, tu as survécu, tu as triomphé là où j’ai échoué, tu es devenue plus que tout ce que j’avais redouté et espéré à la fois.Je commence les soins.La magie obéit à mes gestes avec une précision fébrile. Des fils de lumière argentée s’enroulent autour du bras de Kael, sondent les tissus brûlés, apaisent l’inflammation, referment les vaisseaux éclatés, reconstr
Mon nom pour lui suffit à le briser.Il fait un pas, puis s’arrête, comme s’il n’était pas certain d’avoir le droit d’approcher.Ses yeux glissent sur moi, sur ma lumière, sur Kael blessé dans mes bras, puis reviennent à mon visage. Je vois dans ce regard le vertige d’un savant devant une vérité qu’il a cherchée trop longtemps et qu’il redoute enfin de toucher.— Par les cendres... murmure-t-il.Sa voix tremble.— Tu... es revenue.Je ne réponds pas tout de suite.Parce que oui, je suis revenue.Mais pas seule.Je suis revenue avec mes fautes, mes morts, mes amours, ma colère, ma compassion, mon passé entier planté dans le cœur comme une forêt de lames et de racines mêlées.Je suis revenue avec la mémoire.Avec Kae
Je jette un dernier regard au cristal.Maëva demeure là, enfermée dans son éternité de pierre noire.— Ceci n’est pas une victoire, murmuré-je. C’est un jugement.Puis je tourne le dos aux profondeurs.Et j’emporte avec moi l’homme que je refuse de perdre.— Déesse —Porter Kael à travers les tunnels d’Elyndor me donne l’impression de traverser le cadavre vivant d’un monde qui hésite encore entre la ruine et la renaissance.Les galeries qui m’avaient aspirée plus tôt ne sont plus tout à fait les mêmes. La chaleur organique qui collait aux murs s’atténue à mesure que nous avançons. Par endroits, la pierre noire reprend sa netteté ancienne, presque noble. Ailleurs, des veines d’ombre se retirent dans les fissures comme des serp
La prison prend forme autour d’elle, facette après facette, comme si la nuit elle-même se pétrifiait. Un cristal de pierre noire, pur et sans fissure, grandit autour de son corps.— J’ai fait tout cela pour toi ! hurle-t-elle soudain. Pour que tu reviennes ! Pour que tu sois entière !La douleur dans sa voix me traverse malgré moi. Pas parce qu’elle est juste. Parce qu’elle est sincère dans sa folie.— Non, Maëva. Tu as fait tout cela pour ne jamais être seule.Ses mains frappent la paroi naissante.— Ne me laisse pas dans le silence !Je sens mon cœur vaciller. Le silence. Voilà donc ce qu’elle redoute le plus. Elle, la Silencieuse, a toujours rempli le monde de murmures pour ne jamais entendre le vide en elle.Je ferme les doigts.Le cristal se scelle.Dans le dernier instant avant que son visage disparaisse derrière la pierre noire, je vois la terreur nue de Maëva. Puis plus rien. Elle demeure là, figée, les yeux grands ouverts, prisonnière de son propre royaume, ni morte ni vivant
DéesseIl n'entre pas par la porte.Il n'entre par rien.Un battement de cils. Une respiration. Une seconde où je regarde le mur et la seconde suivante où je regarde autre chose et soudain il est là.Debout au milieu de ma chambre.Comme s'il avait toujours été là. Comme si c'était moi qui venais d
Une tristesse si vieille qu'elle a poussé des racines dans mes os. Une tristesse qui n'a pas besoin de cause, parce qu'elle est la cause elle-même. Une tristesse qui a traversé des vies, des morts, des résurrections, et qui est toujours là, fidèle au poste, comme une amie qu'on n'a pas invitée mais
DéesseAprès le départ de la Silencieuse, je reste assise sur le lit sans bouger.Longtemps.Très longtemps.Le temps passe — je ne sais pas combien. Les heures n'ont pas de sens, ici. La lumière bleutée ne change pas d'intensité. La pierre noire ne se réchauffe ni ne refroidit. Le monde, dehors, p
Déesse Sa réponse est immédiate. Presque blessée.— Je les envie.Le mot résonne dans la petite pièce. L'envie. La Silencieuse envie les simples, ceux qui ne savent pas, ceux qui ne voient pas, ceux qui n'ont pas à porter le poids de ce qu'ils savent.— Pourquoi suis-je ici, moi ?Je repose le pai







