تسجيل الدخول— Pas tout de suite. Mais c’est là que la fissure est apparue. La première fissure. Avant, ils étaient unis, soudés, inséparables. Après, ils ont commencé à se regarder en chiens de faïence. À se soupçonner. À s’éviter. Vincent n’avait plus qu’à souffler sur les braises.— Et l’affaire ?— Elle a capoté. Le contrat était bidon, l’usine n’existait pas, les investisseurs étaient des prête-noms. Vincent avait tout manigancé. Il avait falsifié les comptes, détourné l’argent, et fait porter la responsabilité sur ton père.— Mon père n’a rien vu venir ?— Il se méfiait. Mais il ne pouvait rien prouver. Vincent était trop fort, trop malin. Il avait des années d’avance sur eux. Et Armand, aveuglé par son ambition, refusait d’écouter les avertissements d’Étienne.— Et après le procès ?— Après le procès, Vincent a disparu. Il a quitté la région, emportant avec lui l’argent, les preuves, la vérité. On n’a plus jamais entendu parler de lui. Jusqu’à il y a dix ans.Gabriel se pencha en avant, les
Hélène avait relevé la tête, avait vu le visage de son fils, et avait compris que ce n’était pas une conversation ordinaire. Elle avait posé son sécateur, s’était essuyé les mains sur son tablier, et l’avait suivi dans la cuisine sans poser de questions.Maintenant, ils étaient assis face à face, de chaque côté de la table en formica. Hélène avait préparé du thé, plus par habitude que par envie, et elle tenait sa tasse entre ses deux mains comme pour se réchauffer, bien qu’il ne fît pas froid dans la cuisine.— C’est à propos de Vincent Delorme, dit Gabriel.Hélène ne sursauta pas. Elle s’y attendait. Depuis que Rebecca était venue la voir, depuis qu’elle avait laissé échapper ce nom qu’elle n’avait pas prononcé depuis trente ans, elle savait que ce moment viendrait. Que son fils lui poserait des questions. Qu’il faudrait bien, un jour, répondre.— Qu’est-ce que tu veux savoir ? demanda-t-elle d’une voix calme.— Tout. Depuis le début. Qui il était, ce qu’il faisait, comment il est en
L’écriture était celle de Vincent Delorme.« Armand,Tu dois être en train de savourer ta victoire. Tu as gagné. Tu as tout pris. L’atelier, l’argent, la réputation. Mais tu t’es trompé de coupable. Étienne n’a jamais rien fait. C’est moi qui ai falsifié les comptes, moi qui ai détourné les fonds, moi qui ai monté cette petite comédie judiciaire dont tu as été la marionnette consentante.Tu veux savoir pourquoi ? Parce que tu avais tout. La réussite, la fortune, la femme. Catherine, que j’avais convoitée avant toi, et qui m’a repoussé pour choisir ton ami. Oui, ton ami. Pas toi. Étienne. Elle l’a choisi lui, avant de se rabattre sur toi quand il l’a repoussée. Tu ne le savais pas, n’est-ce pas ?Alors voilà. J’ai détruit Étienne pour me venger de Catherine. Je t’ai manipulé pour me venger de toi. Vous avez tous perdu. Moi, j’ai gagné.Ne cherche pas à me retrouver. Tu ne me trouveras pas. Et si tu montres cette lettre à quiconque, je nierai l’avoir écrite.Adieu, Armand. Pense à moi,
Tout était tel qu’elle l’avait toujours connu. Le sous-main de cuir, les stylos alignés, le téléphone à l’ancienne, le cendrier vide – Armand ne fumait plus, mais il gardait le cendrier par habitude, par nostalgie peut-être. Les dossiers empilés, les bilans, les registres. Et derrière le bureau, contre le mur du fond, le vieux coffre en bois.Il était là, sous la fenêtre, à moitié caché par le rideau de velours grenat. Élise s’en approcha, le cœur battant. Elle ne l’avait pas revu depuis son enfance, depuis ce jour de pluie où elle avait joué à cache-cache et où elle était tombée sur la photo déchirée. Elle s’agenouilla devant le coffre, posa la lampe torche sur le sol, et souleva le couvercle.L’odeur du passé lui monta aux narines : un mélange de papier ancien, de cuir, de poussière, de bois ciré. Le coffre était plein à ras bord. Des dossiers, des chemises cartonnées, des enveloppes jaunies attachées par des rubans de soie. Et des photos. Beaucoup de photos.Elle fouilla méthodique
Rebecca prit une grande feuille de papier, la déplia sur la caisse en bois. Elle y avait tracé trois colonnes, une pour chacun d’eux.— Voilà le plan, dit-elle. Chacun de nous trois suit sa piste. On se retrouve ici, dans trois jours, pour faire le point. Si l’un de nous ne peut pas venir, il envoie un message par Catherine. Elle est notre agent de liaison.— Et si quelqu’un nous suit ? demanda Gabriel.— On prendra des précautions. Pas de trajets directs, pas d’habitudes repérables. Changez d’itinéraire chaque fois, empruntez les chemins de traverse.— Tu penses que Vincent Delorme nous surveille ?— Je pense qu’il surveille les Moreau et les Fortier depuis trente ans. Qu’il a des informateurs, des gens à sa solde. La berline noire, les appels anonymes, les photographes. Tout ça, c’était lui. Alors oui, il faut être prudents.— Mais pas paralysés, dit Élise.— Non. Pas paralysés.Gabriel se leva, s’approcha du mur du fond, passa ses doigts sur les initiales gravées dans le bois. E +
— Ensuite, il faut retrouver Vincent Delorme. Le comptable m’a donné le nom qu’il utilise maintenant. Un faux nom. Philippe Vernon. Il vit dans une villa sur la côte, près de Menton. Retiré, mais pas isolé. Il a encore des contacts, de l’influence, de l’argent.— Et la troisième piste ?— La troisième, c’est vous. Vos familles. Vos pères. Il faut les faire parler, leur arracher des souvenirs, des documents, tout ce qui pourrait nous aider à reconstituer la vérité. Chaque détail compte. Chaque nom, chaque date, chaque lieu.Élise hocha la tête, les bras croisés sur la poitrine. Elle portait un manteau de laine jeté sur ses épaules, et ses cheveux dénoués tombaient en cascade sur son dos. Elle avait maigri, ses joues s’étaient creusées, mais ses yeux brillaient d’une intensité nouvelle.— On se répartit les tâches, dit-elle. Comme à la fac, quand on préparait un exposé.— Exactement, sourit Rebecca. Sauf que cette fois, l’exposé, c’est la vérité. Et la note, c’est votre avenir.— Je pre







