تسجيل الدخولIl cracha ces mots comme s’ils avaient un goût amer. Puis il se retourna, le visage fermé, les yeux durs.— Non, dit-il. Je n’irai pas.— Étienne...— Je n’irai pas manger à la table de l’homme qui a détruit ma vie. Je n’irai pas lui serrer la main, lui sourire, faire comme si de rien n’était. Je ne peux pas.— Personne ne te demande de sourire. Personne ne te demande de faire comme si de rien n’était. On te demande juste d’écouter.— Écouter quoi ? Ses excuses ? Ses justifications ? Il a eu trente ans pour s’excuser, Hélène. Trente ans. Et il ne l’a jamais fait.— Parce qu’il avait peur. Comme toi. Comme nous tous.— Je n’ai pas peur.— Alors pourquoi tu refuses d’y aller ?Étienne ne répondit pas. Il détourna le regard, fixa de nouveau les champs, les corbeaux, les nuages.— J’ai honte, dit-il enfin, d’une voix à peine audible. Honte de ce que je suis devenu. Un vieil homme aigri, brisé, qui a passé sa vie à ruminer sa haine. Je ne veux pas qu’il me voie comme ça.— Il te verra comm
— Oui. Élise. Notre fille. Souviens-toi de ce que tu as dit, le jour où elle est née. Tu l’as prise dans tes bras, tu l’as regardée, et tu as dit : « Je lui donnerai tout. Tout ce que j’ai. Tout ce que je suis. »— Je m’en souviens.— Alors donne-lui ça. Donne-lui la paix. Donne-lui la vérité. Donne-lui la permission d’aimer sans culpabilité.Armand baissa la tête, les épaules affaissées. Il semblait soudain plus vieux, plus fragile, comme si chaque mot de sa femme lui enlevait une couche de cette armure qu’il portait depuis des décennies.— D’accord, dit-il enfin. Un dîner. Ici. Demain soir.— Demain soir, répéta Catherine.— Mais je ne promets rien. Je ne promets pas de m’excuser, je ne promets pas de pardonner. Je promets juste d’écouter.— C’est tout ce que je demande.— Et je veux que tu sois là. Toi, Élise, et le garçon.— Gabriel. Il s’appelle Gabriel.— Gabriel, répéta Armand, comme si le nom lui brûlait encore la bouche. Et sa mère. Hélène.— Oui. Nous serons tous là. Tous le
Ils restèrent un moment silencieux, dans l’appartement baigné par la lumière pâle de cette fin d’après-midi. Dehors, le vent s’était calmé, et le soleil perçait les nuages, illuminant les toits de la ville.Quelque part, à des centaines de kilomètres de là, dans une villa luxueuse sur la côte, un vieil homme regardait la mer par la fenêtre de son bureau. Il ne savait pas encore que cinq personnes s’apprêtaient à faire irruption dans sa vie. Il ne savait pas que la vérité qu’il avait passé trente ans à fuir était sur le point de le rattraper.Mais il le saurait bientôt. Très bientôt.***Catherine était entrée dans le bureau d’Armand sans frapper. Ce n’était plus un geste de défi, ni même de courage. C’était devenu une habitude, une nécessité. Depuis qu’elle avait décidé de ne plus se taire, elle entrait dans cette pièce comme on entre dans une arène, prête à tout, sans plus rien à perdre.Armand était assis derrière son bureau, les coudes sur le sous-main de cuir, le visage enfoui dan
— Le confronter ? répéta Catherine. Vous voulez dire... aller chez lui ?— Oui. Dans sa villa, près de Menton. On a son adresse, on sait sous quel faux nom il vit. On y va, on lui met les preuves sous le nez, et on lui dit que s’il ne se rend pas, on rend tout public.— C’est dangereux, dit Hélène.— Oui. Mais c’est notre meilleure chance. Si on attend que la justice agisse, il aura le temps de disparaître, de détruire les preuves, de s’enfuir à l’étranger. Si on y va maintenant, on le prend par surprise.— Et s’il refuse de nous écouter ?— Alors on passera au plan B. On déposera le dossier au tribunal, on alertera la presse, on rendra tout public. Mais au moins, on aura essayé.Gabriel se pencha en avant, les coudes sur les genoux.— Je suis d’accord, dit-il. Il faut y aller. Mais pas tout seuls.— Non, dit Rebecca. Pas tout seuls. On y va tous les cinq.— Tous les cinq ? répéta Élise.— Oui. Toi, Gabriel, moi, et vos mères. C’est notre force. Il a détruit vos pères en les isolant,
Élise regarda les photos étalées sur la table, son visage avec celui de Gabriel, leurs sourires, leurs baisers, leurs moments volés. Elle sentit une boule se former dans sa gorge.— Il nous a volé notre intimité, murmura-t-elle. Nos souvenirs. Tout ce qui était à nous.— Non, dit Gabriel en s’approchant d’elle. Il a volé des images. Mais il n’a pas volé ce qu’elles représentent. Notre amour, notre histoire, nos promesses. Ça, il ne peut pas le toucher.— Comment tu peux être aussi calme ?— Je ne suis pas calme. Je suis en colère. Mais je ne veux pas lui donner ce qu’il cherche. Il veut nous faire peur. Il veut qu’on arrête. Si on arrête, il a gagné.— On n’arrêtera pas, dit Rebecca.— On n’arrêtera pas, répéta Élise.Gabriel ramassa les photos, les rangea dans l’enveloppe kraft, et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.— Je les garde, dit-il. Comme preuve. Quand tout sera fini, je les brûlerai.— En attendant, dit Rebecca, il faut qu’on parle de la rencontre.— La rencontre
Sous les photos, il y avait un mot. Un simple feuillet plié en quatre, écrit de la même main, avec la même encre.Je vous observe depuis le premier jour. Je sais tout de vous. Où vous allez, ce que vous faites, qui vous aimez. Vous croyez m’avoir démasqué, mais vous ne savez rien. Vous ne trouverez rien. Arrêtez vos recherches, ou la prochaine fois, ce ne seront pas des photos que vous recevrez.V.Gabriel resta un long moment immobile, la lettre entre les doigts, les photos éparpillées sur l’établi. Puis il prit son téléphone, appela Rebecca.— Il faut qu’on se voie. Tout de suite. Tous les trois.— Qu’est-ce qui se passe ?— Vincent. Il a envoyé des photos. Des photos de nous. Depuis le début.— Mon Dieu. J’arrive.Une heure plus tard, ils étaient réunis dans l’appartement de Rebecca. Élise était venue aussi, prétextant une visite chez le médecin – un mensonge de plus, un de ceux qu’elle détestait, mais qui étaient devenus nécessaires. Elle tenait les photos entre ses mains, le visa







