MasukChapitre 80: La retenue douloureuseLe téléphone vibra pour la quatrième fois en une heure. Un bourdonnement entêtant, presque suppliant, qui s'élevait du manteau de la cheminée où Miguel l'avait posé en arrivant.Christiane, qui lisait à sa place habituelle sur le canapé de velours grenat, leva discrètement les yeux de son livre. Elle vit Miguel jeter un regard noir à l'écran lumineux, puis détourner la tête avec une obstination butée.Le nom de Madison clignotait dans la pénombre comme un appel au secours, ou comme une menace.Il ne décrocha pas. Ni cette fois, ni la suivante.Le feu crépitait dans l'âtre, et le vent de novembre gémissait contre les vitres. Christiane feignit de replonger dans sa lecture, mais son esprit était ailleurs, prisonnier de ce téléphone qui ne cessait de vibrer. Pourquoi Madison appelait-elle avec une telle insistance ? Et surtout, pourquoi Miguel refusait-il de répondre, lui qui, autrefois, s'enfermait dans la bibliothèque pour lui parler pendant des h
Chapitre 79: Le code silencieuxLes jours se succédèrent, puis les semaines, et la villa Perrin, sans que nul ne l'eût décidé, entra dans une danse nouvelle. Les domestiques furent les premiers à remarquer le changement. Monsieur Miguel, qui jadis rentrait au petit matin ou pas du tout, franchissait désormais le seuil chaque soir aux alentours de sept heures. Il posait sa mallette dans le hall, défaisait sa cravate d'un geste devenu rituel, et se dirigeait sans hésitation vers le petit salon où crépitait un feu et où l'attendait, sans qu'elle l'avouât, Christiane.Elle, de son côté, avait pris l'habitude de s'installer dans le canapé de velours grenat sitôt le dîner achevé. Un livre à la main, une tasse de thé fumante à portée de doigts, elle écoutait le pas de son époux dans le couloir, et son cœur s'apaisait quand la porte s'ouvrait.Ni l'un ni l'autre ne parlait de cette étrange ponctualité.Ils n'en avaient pas besoin. Les mots, entre eux, commençaient à céder le pas à un langa
Chapitre 78: Les nuits qui changentLe crépuscule déversait sur la ville des flots d’ambre et de pourpre lorsque le téléphone de Miguel vibra sur le cuir froid de la banquette arrière.La limousine filait à travers les artères encombrées, ramenant vers la villa un homme que rien ne semblait pouvoir distraire de ses pensées. Miguel jeta un regard absent à l’écran. Le nom de Raphaël, un compagnon de débauche des années sombres, clignotait avec une insistance presque agressive. Il hésita, le pouce suspendu au-dessus du refus d’appel, puis, avec un soupir las, il décrocha.« Miguel ! Enfin ! On t’attend au Mirage, tout est prêt. Champagne, musique, et une surprise qui va te plaire. Ne fais pas ta mauvaise tête, cela fait des siècles qu’on ne t’a pas vu. »La voix de Raphaël charriait cette excitation artificielle des nuits sans lendemain, ce vernis de gaieté qui masquait si mal le vide. Miguel ferma les yeux, et dans l’obscurité de ses paupières closes, ce ne fut pas l’image d’une piste
Chapitre 77: Le déni furieuxLa porte de la bibliothèque claqua derrière Darius avec un bruit mat, et le silence retomba sur la pièce comme un couvercle de plomb.Miguel demeura quelques secondes immobile, le front appuyé contre la vitre froide, les yeux rivés sur le jardin où la silhouette de Christiane s’éloignait parmi les roses. Les paroles de Darius résonnaient encore à ses oreilles, vrillantes, insupportables : « Tu es en train de tomber amoureux de ta propre femme. » Chaque mot était un coup de marteau sur l’armure qu’il s’était forgée, et cette armure, il la sentait se fissurer dangereusement.Puis une colère sourde, immense, monta des tréfonds de son être. Une colère qui n’était pas dirigée contre Darius, ni contre Christiane, mais contre lui-même, contre cette vérité qu’il refusait de toutes ses forces. Il se redressa brusquement, les poings serrés, et traversa la pièce en quelques enjambées furieuses. Il ouvrit la porte à la volée et s’élança dans le couloir.« Darius !
Chapitre 76: La mise en garde de DariusLe lendemain du bal s’étirait sur la villa Perrin dans une torpeur soyeuse. Les domestiques allaient et venaient sur la pointe des pieds, respectant le sommeil tardif des maîtres. Les derniers pétales des roses qui avaient orné la demeure pour l’occasion jonchaient encore les couloirs, fragiles vestiges d’une nuit qui avait changé bien des choses. Le soleil de midi, haut dans un ciel lavé de tout nuage, déversait par les baies vitrées une lumière blonde et paresseuse.Dans la bibliothèque, Miguel se tenait debout devant la cheminée où achevaient de se consumer deux bûches. Il n’avait pas dormi. Sa chemise froissée de la veille pendait hors de son pantalon, ses cheveux en bataille retombaient sur son front, et une ombre de barbe assombrissait ses mâchoires. Sur la table basse, une tasse de café refroidi témoignait d’une tentative avortée de retrouver un semblant de normalité. Mais rien n’était normal. Il avait passé la nuit à arpenter cette
Chapitre 75: Retour sous tensionLe Bal des Roses s’achevait dans une apothéose de feux d’artifice. Les gerbes de lumière explosaient au-dessus du Palais d’Orsay, criblant le ciel nocturne de paillettes d’or et d’argent. Mais Miguel et Christiane ne virent rien de ce spectacle.Ils franchirent le grand escalier de pierre sans un regard pour les photographes qui mitraillaient leur sortie, le visage fermé, les gestes mécaniques. La main de Miguel n’avait pas quitté la taille de Christiane, ancrage silencieux qui disait à la fois la protection et la possession.La limousine noire les attendait au bas des marches, moteur ronronnant, carrosserie luisante sous les lanternes. Un valet s’empressa d’ouvrir la portière.Christiane s’engouffra la première, et le froissement de sa robe de mousseline emplit l’habitacle d’un bruit soyeux. Miguel la suivit, s’assit à ses côtés, et la portière claqua avec un bruit mat qui les isola du monde.Le chauffeur démarra en douceur. Le palais, les cyprès ill
Chapitre 2 : Le face-à-face glacialLe lendemain, Christiane se présente à dix-sept heures précises devant l'ascenseur qui mène à l'étage exécutif. Elle a passé une nuit blanche à retourner dans sa tête chaque mot échangé avec Xavier Perrin, à disséquer ses expressions, à chercher un indice, une pi
Chapitre 1 : Christiane au bord du gouffre La pluie frappe contre les vitres du dix-septième étage avec une insistance presque menaçante. Dehors, la ville étend ses lumières troubles dans le crépuscule de novembre, mais Christiane Bennett ne voit rien du panorama qui s'offre habituellement aux vis
Chapitre 28: À l'ombre de l'exPenthouse de Madison Lombardie Minuit, cinq jours avant le mariage, elle ne dormait pas. Allongée sur son lit king-size, drapée dans un nuage de satin ivoire, elle faisait défiler son téléphone d'un pouce nerveux.La lueur bleutée de l'écran découpait son visage dans
Chapitre 26: Dans l'appartement de ChristianeChristiane sortit des essayages et vit que Miguel l'avait abandonné. Elle ne laissa pas son. geste diminuer sa paix intérieure. Elle avait sur elle, la carte bancaire que monsieur Perrin lui avait confié en cas de besoin. Elle regla sagement les frais d







