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Chapitre 2

Autor: Erna Arden
last update Fecha de publicación: 2026-08-21 15:00:14

Nicole hoche la tête avec reconnaissance et laisse son regard parcourir la salle à la recherche d'une place libre.

La classe est pleine. Chaque chaise semble occupée, chaque bureau envahi de cahiers, de trousses, de sacs. Son angoisse grandit à mesure qu'elle balaie les rangées sans succès.

C'est alors qu'elle la voit.

Tout au fond, près de la fenêtre qui donne sur la forêt bordant le lycée, une chaise est vide. Vide, mais entourée. Trois sacs en cuir noir sont posés sur le bureau adjacent, débordant sur l'espace libre comme pour en interdire l'accès.

La chaise semble abandonnée dans un no man's land, un territoire contesté entre deux forces obscures.

Nicole hésite. Son instinct lui murmure de chercher ailleurs, de demander au professeur d'ajouter une chaise supplémentaire quelque part, n'importe où sauf là. Mais le professeur a déjà repris son cours, et les élèves se sont pour la plupart détournés d'elle, l'oubliant déjà. Elle ne veut pas attirer davantage l'attention.

Elle avance dans l'allée centrale.

Le bruit de ses pas lui paraît assourdissant. Les têtes se relèvent sur son passage, des visages curieux ou indifférents, parfois hostiles.

Une fille blonde assise au troisième rang lui jette un regard mauvais tandis qu'elle passe. Nicole l'ignore, garde les yeux fixés sur son objectif : la chaise vide au fond de la classe.

Elle distingue maintenant les occupants des bureaux qui encadrent sa destination.

Deux garçons.

Deux garçons qui ne se ressemblent pas tout à fait, mais qui partagent quelque chose d'indéfinissable. Une aura. Une présence. Comme deux faces d'une même médaille frappée dans un métal sombre et ancien.

Le premier est assis près de la fenêtre. Ses cheveux noir corbeau retombent en mèches désordonnées sur son front.

Ses yeux sont d'un gris orageux, presque argenté, et ils fixent le paysage extérieur avec une intensité absente. Sa mâchoire est carrée, tendue, comme s'il serrait les dents en permanence.

Il porte un blouson en cuir malgré la chaleur relative de la salle, et ses mains sont posées à plat sur le bureau, immobiles. Tout en lui respire la tension contenue, la violence domptée, l'orage prêt à éclater.

Le second est légèrement incliné sur son siège, les bras croisés. Ses cheveux sont du même noir profond, mais coupés plus courts, presque militaires. Ses yeux sont d'un brun si foncé qu'ils en paraissent noirs, et ils ne fixent pas la fenêtre. Ils fixent Nicole.

Il la regarde approcher avec une expression indéchiffrable, ni hostile ni accueillante. Simplement... attentive. Comme un prédateur qui observe une proie potentielle sans avoir encore décidé si elle vaut la peine d'être chassée.

Les frères Lycan.

Nicole a déjà entendu ce nom, murmuré dans les couloirs pendant qu'elle visitait le lycée avec sa mère la semaine précédente.

Des bribes de conversations surprises ici et là, des avertissements à demi-mot, des regards entendus échangés entre élèves.

Elle n'a pas prêté attention alors. Les rumeurs de lycée ne l'ont jamais intéressée.

Mais maintenant qu'elle se tient devant eux, elle comprend.

Elle comprend que ces garçons ne sont pas ordinaires. Qu'ils ne sont pas simplement les élèves populaires ou les sportifs admirés ou les rebelles craints. Ils sont autre chose.

Quelque chose d'ancien et de sauvage qui n'a pas sa place dans une salle de classe, entre des murs de pierre et sous des néons blafards.

« Excusez-moi... »

Sa voix lui paraît étrangère, trop faible, trop hésitante. Le garçon près de la fenêtre ne tourne pas la tête. Ses yeux restent fixés sur la ligne sombre de la forêt, au-delà des vitres embuées. Mais ses doigts se crispent imperceptiblement sur le bois du bureau.

L'autre, celui aux yeux noirs, incline légèrement la tête.

Un mouvement presque imperceptible, mais qui contient une intensité troublante.

Ses lèvres s'entrouvrent, mais il ne parle pas. Il la regarde comme si elle était une énigme qu'il cherche à résoudre, une pièce de puzzle qui ne correspond à aucune case connue.

« La chaise. Est-ce qu'elle est... libre ? »

La question flotte dans l'air, absurde et pourtant chargée d'une signification qui dépasse Nicole.

Elle en a conscience sans pouvoir l'expliquer. Comme si demander la permission de s'asseoir à cette place précise était un acte lourd de conséquences, une transgression qui pourrait faire basculer un équilibre invisible.

Le garçon aux yeux gris tourne enfin la tête.

Le mouvement est lent, presque fluide, comme celui d'un animal qui daigne enfin accorder son attention. Ses yeux rencontrent ceux de Nicole, et le monde s'arrête.

Ce n'est pas une métaphore. Le monde s'arrête véritablement.

Les bruits de la classe s'évanouissent. La voix du professeur devient un bourdonnement lointain et incompréhensible.

Les autres élèves disparaissent, s'effacent, se dissolvent dans une brume périphérique.

Il n'y a plus que ces yeux gris, orageux, insondables, qui plongent dans les siens comme des lames.

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