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Chapitre 11— Selene, la chamane

last update Veröffentlichungsdatum: 13.07.2026 18:15:52

Ivara

Je reviens chez Selene le lendemain, à la même heure. La routine s'installe déjà, comme si nous nous étions vues chaque matin à l'aube pendant vingt ans. C'est peut-être le cas dans une autre vie. Nyx me murmure parfois des choses de ce genre , des bouts d'existences précédentes, comme des morceaux de rêves d'autrui qui traînent dans mon crâne. Je ne les crois pas encore. Bientôt, je les croirai.

Selene m'attend, encore. Elle a préparé deux tasses.

— Assieds-toi, ma fille.

Je m'assieds. J
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    IvaraLes premiers jours, je crois que ça passera, comme passent les rhumes, les migraines, les choses qu'on attrape et qu'on secoue, je me dis que dans une semaine, deux semaines, je n'y penserai plus, que le corps oublie, que la peau oublie, que la mémoire se lave ; mais ça ne passe pas, ça s'installe, ça s'infiltre, ça me creuse un trou dans la poitrine et je porte ce trou partout, dans les couloirs, dans les cuisines, dans la salle du conseil, dans mon lit, et il ne se referme pas ; le manque n'est pas une idée, c'est une chose physique, c'est une main qui me serre l'estomac, c'est un vertige quand je me lève trop vite, c'est une chaleur qui me monte au visage sans raison, c'est cette façon que j'ai de tourner la tête vers la fenêtre chaque fois que le vent se lève, comme si une silhouette allait apparaître au bord de l'abîme ; je le sens dans mes mains, une envie de toucher,

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    IvaraL'aube me crache dans les rues comme un noyau qu'on recrache, et je marche vite, la tête baissée, les épaules remontées contre le froid qui me mord la nuque ; l'odeur de Draven est encore sur moi, dans mes cheveux, sur ma peau, dans le creux de mes coudes, cette odeur de résine et de sueur et de fumée qui me colle aux vêtements et que je sens à chaque inspiration comme une brûlure douce ; je longe le ruisseau, l'eau charrie des reflets gris, des bouts de bois, une plume d'oiseau qui tourne sur elle-même, et je regarde mes pieds, mes bottes qui s'enfoncent dans la boue, et je compte les pas pour ne pas penser ; je passe la petite porte de service, celle qui grince et que personne n'utilise, je monte l'escalier dérobé, les marches inégales, la rampe rugueuse sous ma main, et à chaque pas je me répète rentre, rentre, rentre, comme un tambour dans ma tête, c

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    Il lève la main, il touche ma joue, ses doigts sont chauds, un peu rêches, ils suivent la ligne de ma mâchoire, ils s'enroulent dans mes cheveux— Je devrais te laisser partir, je devrais te dire de rentrer chez toi et de ne plus jamais revenir, parce que si on nous surprend, on nous tuera tous les deux, peut-être que je suis un lâche de ne pas le faire— Non, ne sois pas raisonnable, ne sois pas sage, pas ce soir, je ne veux pas de ta sagesse, je veux juste toiEt quelque chose dans son regard se déchire, une digue qui cède, et il m'embrasse, pas doucement, pas tendrement, non, il m'embrasse comme un homme qui se noie, ses lèvres sur les miennes, sa langue, ses dents, ses mains qui se referment sur ma taille, qui me plaquent contre lui, et je sens chaque centimètre de son corps contre le mien, la chaleur, la dureté, le tremblement ; je m'accroche à lui, mes doigts dans sa chemise, me

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    MiraJe sens tout me glisser entre les doigts, comme de l'eau, comme du sable, comme ces rêves qu'on essaie de retenir au réveil ; la maison est devenue un piège, un labyrinthe de couloirs où je ne croise plus que des visages fermés, des chuchotements qui s'arrêtent quand je passe ; Ryven n'est plus le même, il ne me regarde plus, il ne me parle plus, sauf pour me demander si j'ai vu quelque chose, si j'ai entendu quelque chose, et chaque fois je mens, je mens avec un sourire, je mens parce que c'est la seule chose qui me reste ; l'enfant, mon enfant, celui que je porte depuis bientôt cinq mois, celui qui grandit dans mon ventre comme une promesse, je ne veux pas qu'il grandisse dans l'ombre d'un monstre ; un soir, je descends à la cuisine chercher de l'eau chaude pour mes jambes qui enflent, et je tombe sur une servante que je connais, une fille maigre aux yeux trop grands, qui pleure silencieusement en ép

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    IvaraLa nouvelle arrive avec le courrier du matin, glissée dans une liasse de rapports que je feuillette sans y penser, et soudain mes yeux s'arrêtent sur une ligne, une seule, et le monde autour de moi se fige ; une patrouille de la Lune d'Argent a été retrouvée à la frontière nord, désarmée, ligotée, humiliée, et sur leurs fronts, tracés au charbon, un seul mot, le nom de Draven ; je repose la feuille, mes doigts tremblent, pas de peur, non, d'une excitation malsaine que je ne veux pas nommer, parce que c'est ce que j'attendais, la guérilla qui s'organise, mais en même temps je sais ce qui va suivre ; Ryven convoque son conseil dans l'heure, je me glisse dans la salle par la porte de service, je me tiens dans l'ombre d'une colonne, assez près pour entendre— Ils ont osé, dit-il, et sa voix est basse, dangereuse, ils ont osé toucher à me

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    IvaraLe crépuscule saigne sur les toits, cette lumière d'écorchure qui glisse le long des gouttières, et je marche vite, le capuchon rabattu, l'odeur de pain brûlé qui me colle à la peau ; Kael ne sait rien encore, il croit que je viens pour les comptes, pour les rations, et mon ventre se noue à l'idée de ce que je vais lui jeter à la figure ; la porte de l'atelier grince, l'huile de lin et le métal chaud me sautent au visage, il est là, penché sur une lame, la chemise collée aux omoplates par la sueur— Assieds-toi, dit-il en posant son marteau, tu as une tête de quelqu'un qui a avalé du verre pilé, qu'est-ce qui se passeJe ne m'assois pas, je reste debout contre l'établi, les doigts crispés sur le rebord, le bois gras sous mes paumes— Ryven a tué mon père, je dis, et sa main s'arrête au milie

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