ログインSophia Bennett
Les mots résonnaient dans ma tête comme un refrain que je n’arrivais pas à faire taire : j’allais faire une erreur. J’étais à genoux sur le lit, vêtue uniquement de mon débardeur fin, qui avait remonté le long de mes hanches, les bras enroulés autour de la taille d’un inconnu. En toute autre circonstance, je n’aurais jamais fait une chose pareille. Ni l’alcool ni le désespoir, aussi profond soit-il, n’auraient pu me pousser à me comporter ainsi dans la vraie vie. Même avec Ethan — lorsqu’il refusait de me toucher et me laissait avec le sentiment de ne pas être désirée —, je n’avais jamais supplié. Je m’étais simplement détournée, avais ravalé ma frustration et fait semblant que cela n’avait aucune importance. J’avais ma fierté. J’avais mes limites. Mais ce n’était pas la vraie vie. C’était un rêve, et tout mon être semblait réclamer cette expérience. Ma peau me paraissait trop tendue, mon pouls s’accélérait et chaque respiration devenait plus lourde que la précédente. Ce soir, je n’avais pas soif. Je cherchais à me libérer de ma douleur. J’avais besoin de me sentir désirée, d’oublier le désordre dans lequel ma vie éveillée s’était transformée. Quelque chose n’allait vraiment pas chez moi pour que je le désire autant. Ou peut-être que, pour la première fois depuis des mois, quelque chose allait enfin bien. Il était plus âgé que moi. Même à travers le brouillard de ce rêve, je le remarquais. Grand, les épaules larges et une présence intimidante, il ressemblait à ces hommes issus de fantasmes que je n’avais jamais osé reconnaître. Sa présence remplissait la pièce, imposante et autoritaire. La façon dont il me regardait me nouait l’estomac. Dans la vraie vie, je n’avais connu qu’un seul homme : Ethan. Cet inconnu n’avait rien à voir avec lui. « Waouh… » Le mot m’échappa avant que je puisse le retenir, à peine plus fort qu’un murmure. Pourvu que je ne me réveille pas tout de suite. J’avais besoin de ça. J’avais besoin de me sentir désirée. J’avais besoin d’oublier cette douleur qui me rongeait. Mes doigts tremblaient tandis que je tendais la main vers lui. Il bougea. Le mouvement fut subtil, maîtrisé, mais il me surprit. Puis, sans prévenir, il recula. Je perdis l’équilibre. Nous tombâmes ensemble sur le matelas, et il prit rapidement appui au-dessus de moi. Je levai les yeux vers lui, le cœur battant à tout rompre contre mes côtes. Il étudiait mon visage avec une telle intensité que j’en oubliai ce que je voulais dire. Sa voix grave et rauque trancha le silence chargé de tension. « Quel âge as-tu ? » La question me déstabilisa. J’essayai de détourner le regard, mais sa main attrapa mon menton, avec une douceur qui ne laissait pourtant aucune place à la désobéissance. « Je ne me répéterai pas, dit-il. Réponds à la question. » Quelque chose en moi réagit immédiatement à ce ton : calme, autoritaire et impossible à ignorer. Ma peau picotait. Ma voix sortit toute petite, presque essoufflée. « Vingt-trois ans. » Il se redressa légèrement et relâcha mon menton. Ses doigts passèrent dans ses cheveux sombres tandis qu’il expirait. « Vingt-trois ans », marmonna-t-il pour lui-même. Ses paroles portaient une pointe d’amusement sombre, presque d’indifférence, comme si ce nombre le surprenait autant qu’il l’intriguait. Pendant un instant, le rêve sembla sur le point de se briser. Je sentais la réalité planer dangereusement à la périphérie de mon esprit, prête à me ramener à elle. Mais je ne voulais pas partir. Pas encore. Je me sentais plus vivante que je ne l’avais été depuis des années, et chaque partie de mon être avait douloureusement conscience de sa présence. Je tendis de nouveau la main vers lui, avec davantage d’assurance. Il ne m’arrêta pas. Au contraire, son regard s’assombrit et descendit vers mes lèvres. L’atmosphère entre nous s’épaissit, chargée de promesses inexprimées. Je sentais la tension qui l’habitait, semblable au besoin désespéré qui me tourmentait. Des souvenirs d’Ethan traversèrent mon esprit malgré moi : ses gestes hésitants, son indifférence et toutes ces fois où j’avais prétendu être satisfaite simplement pour ménager son ego. Cet homme n’avait rien à voir avec lui. Même dans un rêve, je pouvais sentir qu’il saurait me faire me sentir désirée, et je voulais profiter de chaque seconde. Il m’observait, les paupières mi-closes, un léger sourire moqueur au coin des lèvres. « Tu es sûre de pouvoir supporter ça, petite fille ? » Le défi dans sa voix fit courir un nouveau frisson le long de ma colonne vertébrale. Je ne répondis pas. Je me contentai de le regarder, partagée entre la nervosité et le désir irréfléchi d’oublier tout ce qui s’était passé avant cette nuit. Je voulais me perdre ici. Dans ce rêve. Avec lui. Oublier l’appartement vide qui m’attendait, ma relation ratée et toutes ces longues nuits passées à me demander ce qui n’allait pas chez moi. Ici, je n’étais plus la Sophia Bennett prudente et posée qui faisait toujours ce qu’il fallait. J’étais une femme qui voulait faire ses propres choix, même si ces choix n’avaient plus aucun sens au petit matin. Sa main se posa brièvement dans mes cheveux, et mon cœur fit un bond d’anticipation. Chaque seconde s’étirait, me laissant dans l’incertitude quant à ce qui allait se passer ensuite. Je levai une dernière fois les yeux vers lui et rencontrai ce regard intense qui semblait voir à travers moi. À cet instant, toute hésitation s’évanouit. Je suppose que j’allais me laisser porter par ce rêve, même si je n’avais aucune idée de ce qui allait se passer ensuite.### Point de vue de SophiaJ'ai vu la photo avant même que quelqu'un ne prenne la peine de m'en parler.J'étais encore au lit chez Eleanor, faisant défiler mon fil d'actualité sans vraiment chercher quelque chose de précis, comme je le faisais parfois lorsque les nausées m'empêchaient de me lever immédiatement.Le titre apparut au milieu de mon fil, comme s'il m'attendait.Les anciennes fiançailles de Blackwood refont surface.Juste en dessous se trouvait une photographie.Damien et Isabella. Plus jeunes. Habillés pour un événement officiel. Sa main reposait au bas du dos de la jeune femme. Elle était tournée vers lui, affichant ce genre de sourire qui appartenait à une femme sachant déjà qu'elle avait gagné.Une bague était visible à son doigt.Ce n'était pas le même modèle que la bague provisoire que je portais. Celle-ci était différente. Plus ancienne. Plus authentique, d'une manière qui me noua immédiatement l'estomac.Je fixai la photo si longtemps que l'écran s'assombrit. Je dus
### Point de vue de DamienLes articles ont commencé à paraître avant même que les lumières du gala ne soient complètement éteintes.Au matin, mon téléphone était rempli de liens.Les fiançailles sont confirmées.Blackwood officialise sa relation.Qui est Sophia et depuis combien de temps cette histoire dure-t-elle ?La plupart de ces articles n'étaient que du bruit auquel je m'attendais. Ce à quoi je ne m'étais pas entièrement préparé, c'était l'attention soudaine et incessante portée à une seule question.Quand aura lieu le mariage ?La question apparaissait dans les gros titres, dans les petites rubriques des journaux et dans les messages soigneusement formulés qui commençaient à arriver de la part de personnes qui ne me contactaient que lorsqu'elles y voyaient un intérêt social.Quelques membres du conseil d'administration me posèrent la question d'un ton léger et décontracté, tout en s'attendant clairement à obtenir une réponse. Quelqu'un du service des relations publiques m'envo
Point de vue de SophiaJ'aurais dû savoir que la soirée ne resterait pas aussi calme.Le gala était plus important que les précédents. Il y avait davantage de journalistes, de membres du conseil d'administration et de personnes qui scrutaient chacun des gestes publics de Damien. J'avais porté la robe qu'il m'avait fait envoyer sans discuter et je l'avais laissé passer à mon doigt la bague provisoire avant que nous quittions la voiture. Elle me semblait toujours aussi étrange. Comme une promesse à laquelle je n'avais pas encore totalement consenti.Pendant la première heure, tout s'était plutôt bien passé. Damien me gardait près de lui. Les présentations étaient brèves. Je souriais quand il le fallait et répondais aux questions discrètes sur la manière dont je m'adaptais à cette facette publique de sa vie. Toujours le même mélange de curiosité et de politesse calculée. Rien que je n'avais pas déjà appris à supporter.Puis l'animateur l'appela sur scène pour prononcer quelques mots au s
Point de vue de DamienLa soirée avait commencé dans un calme inhabituel.Nous avions de nouveau dîné dans la maison située à l'extérieur de la ville, celle où je l'avais emmenée lorsque je voulais être entouré de murs et de silence plutôt que de spectateurs. Pas de personnel. Pas d'emploi du temps. Juste nous deux et cette tranquillité qui rendait plus difficile de se cacher derrière le travail ou nos rôles en public.Elle était plus douce depuis notre conversation sur la jalousie, moins sur la défensive dans ces petits gestes qui avaient de l'importance. Je l'avais remarqué à sa façon de s'asseoir plus près de moi pendant le trajet, au fait qu'elle n'avait pas consulté son téléphone une seule fois et à la manière dont elle me regardait de l'autre côté de la table, comme si elle était réellement présente au lieu de se préparer à affronter la prochaine complication.Après le dîner, nous nous étions retrouvés sur le canapé, près des fenêtres. Les lumières étaient tamisées. La pluie ava
Point de vue de SophiaJ’ai laissé les choses en suspens pendant presque toute la matinée suivante.Une partie de moi voulait faire comme si la conversation dans son bureau n’avait jamais eu lieu. Une autre ne cessait de repenser à l’expression de son visage lorsqu’il avait refusé de répondre directement à ma question.Damien Blackwood, jaloux à cause d’un analyste junior et d’une pile de documents de conformité.Cela n’aurait pas dû me trouver attendrissant.Et pourtant, c’était un peu le cas.Je l’ai retrouvé en fin de journée dans la petite salle de conférence du quarante-deuxième étage. Il examinait quelque chose sur une tablette. La porte était ouverte. Je suis entrée avant de la refermer derrière moi.Il a levé les yeux.— Tu as cette expression, a-t-il dit.— Quelle expression ?— Celle qui signifie que je vais bientôt en prendre pour mon grade.Je me suis approchée et j’ai posé les mains sur le dossier de la chaise en face de lui.— Tu étais jaloux hier.— J’ai déjà reconnu ce
Point de vue de DamienJe les ai vus avant même de m’en rendre compte.Je sortais d’un appel avec l’équipe de la côte Est, l’esprit encore occupé par les chiffres, lorsque mon regard a glissé vers l’espace de travail ouvert et que je me suis arrêté.Sophia se trouvait à l’autre bout de la longue table près des fenêtres, une pile de documents étalée devant elle. L’un des analystes juniors — Tom, je crois, un employé sérieux, sans rien de particulièrement remarquable — se penchait au-dessus de la table en désignant une page.Elle a dit quelque chose que je n’ai pas entendu. Il a ri. Elle a souri en secouant la tête, puis elle a ri à son tour, doucement, d’un rire sincère.Cela a duré trois secondes, peut-être.C’est tout ce qu’il a fallu.Une sensation désagréable et oppressante s’est glissée sous mes côtes. Je suis resté là plus longtemps que je n’aurais dû, à observer la facilité avec laquelle ils examinaient les documents, la manière dont elle ne se crispait pas en sa présence comme







