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Chapitre 3 : Rencontre 

Autor: Eternel
last update Fecha de publicación: 2025-11-01 20:39:42

Lilith 

Il incline la tête, amusé. 

— Azazel, dit‑il enfin, et le nom roulé sur sa langue a quelque chose de rauque, comme une promesse et une menace. 

— J’ai entendu parler d’une femme qui gouverne par le sang. Je voulais voir si la légende vivait à la hauteur de sa réputation.

Mon sang se glace et bout en même temps. Azazel. Ce nom sonne presque familier, comme une histoire qu’on chuchote pour intimider les enfants. Je ne suis pas une enfant, je suis l’enfant brisée qui a appris à faire mal pour survivre. Pourtant, l’écho de ce nom m’atteint. Il porte avec lui une ancestralité qui me dépasse.

— Tu sais te présenter avec élégance , je concède, réponds‑je. Mais la courtoisie ne te sauvera pas si tu joues au curieux. Pourquoi es‑tu venu ?

Il s’approche encore, et je sens la chaleur d’un souffle qui n’a rien d’humain. Ses mots tombent comme une pluie douce et tranchante. 

— Pour observer. Pour proposer. Pour… goûter.

Goûter. Le mot est un couperet. Il m’affecte d’un désir que je n’attendais pas, un désir sale et affamé qui se mêle à ma rébellion. Mes doigts cherchent instinctivement le manche de mon couteau. Les battements de mon cœur se resserrent. Je veux le tuer ; je veux qu’il m’embrasse ; je veux le voir tomber à genoux. Tout en même temps.

— Proposer quoi ? dis‑je, lentement, comme si je marchais sur une lame.

Azazel sourit, et son sourire dissout une part d’air entre nous. Il ne me touche pas, et pourtant, chaque fibre de mon être se tend. 

— Un marché. Un accord entre deux solitudes. Tu connais le prix du pouvoir ici, n’est‑ce pas ? dit‑il. Tu l’as payé en chair et en cendres. Mais il y a d’autres monnaies que la violence simple.

Je ris, court et amer. 

— Les monnaies me plaisent, mais je les choisis. Qui es‑tu pour me proposer d’économiser ?

— Qui je suis importe moins que ce que je fais, murmure‑t‑il. Je suis quelqu’un qui offre ce que tu cherches sans savoir si tu peux le supporter. Je peux t’apporter un toit de cendres sous lequel ton nom sera sculpté à l’éternité. Mais tout accord exige un versement.

Il laisse la phrase en suspens comme un piège appâté. J’ai été forgée au feu des trahisons, mais l’idée d’une puissance qui ne s’épuise pas me fait vaciller. Je veux tout et je veux le plus vite possible. C’est là ma faiblesse, et aussi ma force : je connais le coût et parfois je le paie, parce que le prix me permet d’écraser ce qui me résiste.

— Et quel est ce prix ? demandé‑je, la voix rugueuse.

Ses yeux se creusent. Il tient mon regard comme on tient une proie récalcitrante. 

— Ton nom, ou ton secret. Une pièce simple, pour le moment. Une promesse. À la fin, tout sera plus… définitif.

Les rues autour de nous reprennent timidement leurs sons habituels, comme si la ville se remettait à respirer. Je sens l’heure tourner. Le pacte est une idée dangereuse, comme une lame qui coupe en deux les chemins : le pouvoir d’un côté, la perte de soi de l’autre. J’hésite. J’ai passé ma vie à choisir la violence au lieu de l’oubli. Et là, debout sous la pluie, face à cette silhouette qui n’appartient pas à la race des vivants, j’éprouve pour la première fois un vertige d’option.

— Donne‑moi une raison de te croire, dis‑je enfin. Donne‑moi quelque chose que les balles ne peuvent pas m’offrir.

Azazel sourit comme si j’avais répondu à devinette. 

— Je t’en offrirai plusieurs, murmure‑t‑il. Des choses que la peur ne peut acheter. Des réponses. Du potentiel. Et peut‑être… quelque chose de plus doux, si tu savais l’atteindre.

Je sens le sol vaciller sous mes certitudes. Une part de moi est prête à accepter , pour le pouvoir, pour la revanche, pour l’extase que promet implicitement sa voix. L’autre part est vieille, blessée, et elle crie de fuir. Mais fuir ne m’a jamais sauvé. Alors je tends la main, juste assez, vers ce que je ne peux encore nommer.

— Très bien, dis‑je, en enfermant ma peur sous un sourire. Montre‑moi ce que tu proposes. Mais si tu joues, je briserai plus que tes promesses.

Il incline la tête, comme un roi qui accepte un défi. 

— C’est tout ce que je demande, dit‑il. Et la nuit nous observe, satisfaite.

La pluie continue de tomber. Le monde paraît moins net qu’avant. Dans la ville qui m’appartient, une nouvelle force vient d’ouvrir un compte à découvert avec mon nom. Je ne sais pas encore si je m’enrichis ou si je me ruine. Mais je sais une chose : rien, désormais, ne gardera la promesse d’innocence.

Et quelque part au creux de ma poitrine, une braise que je croyais morte se réveille, affamée.

Il revient. Pas comme une tempête, mais comme une promesse qui s’infiltre : lente, insistante, impossible à ignorer. J’aurais pu l’éviter, faire ce que je fais d’habitude , écraser la curiosité sous une botte, fermer la porte, laisser le monde se débrouiller. Mais je sens que quelque chose se joue et je n’abandonne jamais une partie qui peut me rapporter plus que des morceaux de territoire.

Il m’a donné une heure. « Viens là où le béton sent encore la sueur », a‑t‑il dit. Pas de rituels, pas de sang répandu , du moins pas tout de suite. Simplement un échange d’énergies, de regards, de mots qui pèsent. J’arrive en retard volontairement. Lancer l’attente, c’est déjà faire plier l’autre.

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