로그인Chapitre 103SophiaJe les regarde à travers l'écran de surveillance, dans la petite pièce qui me sert de quartier général. Rodrigo a installé des caméras partout dans la bâtisse, des petits boîtiers noirs fixés aux murs, qui transmettent en direct les images sur mon ordinateur portable. Je les vois, lui et elle, attachés dans le salon décrépit, impuissants, terrifiés. Et cette vision me procure une joie si intense, si profonde, que j'en tremble de plaisir.Lucas n'a pas changé. Il est toujours aussi beau, avec ses cheveux grisonnants, ses yeux gris-vert, sa mâchoire carrée. Même attaché, même prisonnier, il dégage cette autorité naturelle, cette présence magnétique qui m'a toujours fascinée. Il est à moi, maintenant. Enfin. Il ne peut plus m'&eac
Chapitre 102LucasLe noir. Un noir épais, cotonneux, qui m'enveloppe comme un linceul. Je flotte dans un néant sans forme, sans bruit, sans douleur. Mon corps n'existe plus. Mes pensées sont lentes, éparpillées, des fragments de rêves qui se défont dès que j'essaie de les saisir.Puis, une lumière.Faible d'abord, vacillante, comme une bougie qu'on allume au fond d'un tunnel. Elle grandit, s'étend, devient un éclat doré qui chasse les ténèbres. Et dans cette lumière, une silhouette. Petite. Menue. Un enfant.Lucien.Il est là, debout devant moi, vêtu d'un pyjama bleu clair que je ne lui ai jamais acheté, mais que je reconnais. Ses cheveux bruns sont en bataille, une mèche rebelle tombe sur son front. Ses yeux, mes y
Chapitre 101IsabelleLe fourgon roule dans la nuit, et chaque secousse de la suspension me rappelle que je suis prisonnière. Les parois métalliques vibrent autour de moi, froides, implacables, et l'odeur du gazole se mêle à celle, plus âcre, de ma propre peur. Mes poignets sont liés dans mon dos par des liens en plastique qui mordent ma chair à chaque mouvement. Le bâillon sur ma bouche est un chiffon humide qui a le goût de l'essence et de la poussière. Je ne peux pas crier. Je ne peux pas bouger. Je ne peux que regarder.Lucas est affalé contre moi, sa tête reposant sur mon épaule, son corps inerte abandonné au balancement du véhicule. Ses yeux sont clos, ses cils sombres immobiles sur ses joues pâles. Sa respiration est lente, régulière, trop régulière. Le sédatif
Chapitre 100IsabelleLa lumière orangée du couchant laque les feuilles des oliviers, leur donnant des reflets d'or et de cuivre, comme si l'arbre lui-même prenait feu sous la caresse du soleil. Le ciel, au-dessus de la villa, est un tableau de fin du monde des bandes pourpres, roses, orangées, qui s'étirent à l'infini avant de s'éteindre dans le bleu nuit qui monte lentement de l'horizon. Des nuages légers, teintés de lie-de-vin, flottent comme des îles lointaines. Les glycines, dépouillées de leurs fleurs, balancent leurs branches nues au rythme d'un vent doux, presque tiède, un vent d'automne qui annonce l'hiver.Le jardin est calme. Paisible. Comme un tableau figé, une photographie trop parfaite. Les lavandes que j'ai plantées il y a des semaines des semaines qui ressemblent à des années ont repris vie
Chapitre 99IsabelleLes mois ont passé. L'été a cédé la place à l'automne, l'automne à l'hiver. Les feuilles sont tombées, les arbres se sont dénudés, le jardin a perdu ses couleurs. Les glycines, dépouillées de leurs fleurs violettes, ressemblent à des squelettes gris, leurs branches noueuses griffant le ciel pâle. Le magnolia, immobile, ses feuilles brunes accrochées encore par endroits, attend le printemps comme un dormeur attend le réveil. Les guirlandes lumineuses que Victoria avait installées pour mon retour sont éteintes, leurs ampoules voilées par la poussière et les toiles d'araignée. Le banc de pierre, sous l'arbre, est couvert de mousse. Les lavandes que j'ai plantées ont survécu, leurs tiges grises portant encore quelques épis séchés que le vent dispe
Chapitre 98LucasLa villa toscane est une vieille bâtisse en pierre, entourée de cyprès et d'oliviers centenaires, lovée au creux d'une colline que le soleil couchant embrase de teintes orangées et pourpres. Le vent charrie des senteurs de terre sèche, de romarin sauvage, de résine de pin. La route, étroite, défoncée par les ornières, s'arrête à quelques centaines de mètres de la propriété, obligeant à poursuivre à pied sur un chemin caillouteux bordé de buissons épineux. Le silence est pesant, seulement troublé par le chant des grillons et le froissement des herbes hautes sous nos semelles.Mes hommes se sont déployés autour du périmètre, en tenue de combat noire, armes pointées vers la bâtisse. Leurs visages sont enduits de peinture so
Chapitre 96RodrigoLa lumière de l'ordinateur, dans cette cave humide où je me terre depuis des semaines, éclaire mon visage d'une lueur blafarde. Les murs de pierre suintent l'humidité, des toiles d'araignée pendent du
Chapitre 95AgathaLa voiture roule sur la route côtière, le vent marin fouette les vitres, le ciel est bas, chargé de nuages gris. Je conduis seule, sans Hubert, il est resté à la villa, occupé &agra
Chapitre 94IsabelleLes jours ont passé, lents, incertains, marqués par le rythme monotone des visites médicales, des séances de kinésithérapie, des repas pris sans faim, des nuits peuplées de cauchemars.
Chapitre 93LucasLa villa est silencieuse. Trop silencieuse. Les volets sont clos, les rideaux tirés, les lumières éteintes. Seule la lueur blafarde de la lune, lorsqu'elle parvient à percer les nuages, dessine d







