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Embrasse-moi 4
Embrasse-moi 4
Penulis: Déesse

Chapitre 1 : La maison du deuil

Penulis: Déesse
last update Tanggal publikasi: 2026-07-24 03:27:04

Camille

Je pose ma valise dans l'entrée, le cœur lourd, les jambes molles après cinq heures de route. Le taxi s'éloigne dans un crissement de gravier. Je reste plantée là, devant cette bâtisse de pierre grise où j'ai passé tous mes étés d'enfance, et qui est devenue aujourd'hui un tombeau. Ma sœur est morte il y a six mois d'un cancer. Le mot est laid, la maladie l'était encore plus. Elle a fondu en trois mois, comme une bougie qu'on aurait oubliée près d'une fenêtre ouverte. À la fin, elle ne pesait pas plus lourd que Manon, sa propre fille de trois ans. Je chasse cette image. Pas aujourd'hui. Aujourd'hui, je dois être forte.

La porte s'ouvre avant que j'aie eu le temps de frapper. Vincent se tient dans l'encadrement, et mon souffle se bloque dans ma gorge. Je l'ai toujours connu beau, mais là, c'est autre chose. Le deuil l'a sculpté à la serpe. Ses traits se sont creusés, sa mâchoire est plus dure, ses yeux plus sombres. Il porte une barbe de trois jours qui lui mange le visage et un tee-shirt blanc qui tend sur ses épaules larges, sur ses pectoraux que je devine sous le coton. Il est pieds nus. Je baisse les yeux sur ses pieds, comme une idiote, parce que je ne sais pas où regarder. Il y a quelque chose dans sa présence qui me met mal à l'aise. Une tension que je ne comprends pas, une chaleur qui irradie de lui et qui m'enveloppe malgré moi.

— Camille.

Il dit mon nom comme on constate un fait. Pas de chaleur, pas d'accueil. Juste un constat. Mais sa voix, cette voix grave et rauque, glisse sur ma peau comme une caresse interdite.

— Vincent.

Je ne sais pas si je dois l'embrasser, lui serrer la main, lui poser une main sur l'épaule. Nous ne nous sommes jamais touchés. Même à l'enterrement, il est resté de l'autre côté de la tombe, les yeux secs, la mâchoire crispée, pendant que je pleurais toutes les larmes de mon corps. Nous avons fait semblant de ne pas nous voir. Mais aujourd'hui, quelque chose est différent. Aujourd'hui, il me regarde, et ce regard s'attarde une seconde de trop sur ma bouche, sur ma gorge, sur la naissance de mes seins que ma robe d'été ne cache qu'à moitié.

— Entre, dit-il en s'effaçant.

Je saisis ma valise et franchis le seuil. Le vestibule est sombre. Sur le buffet, une photo de ma sœur trône au milieu de roses blanches dont les pétales racornis jonchent le bois ciré. Personne n'a nettoyé. Personne n'a osé toucher. Elle est là, figée dans son cadre doré, avec son sourire lumineux et ses yeux noisette, les mêmes que ceux de Manon. Je détourne le regard, mais trop tard. La brûlure est là, derrière mes paupières.

— Tata !

Une tornade de boucles brunes se jette sur mes jambes. Manon, ma nièce de trois ans, des joues rondes, un sourire édenté. Je me penche pour la prendre dans mes bras et je l'écrase contre moi, le nez dans ses cheveux qui sentent le shampoing pour bébé. Elle est la seule chose qui me rattache à la vie, la seule raison pour laquelle j'ai accepté de tout quitter pour venir m'enterrer ici.

— Je t'ai préparé un dessin, dit-elle en se tortillant pour descendre.

Elle court vers le salon, ses petits pieds nus claquant sur le parquet. Je me redresse, et c'est là que je la vois. Elle se tient dans l'encadrement de la cuisine, un torchon à la main, un sourire doux aux lèvres. Elle est jeune, vingt-deux ans peut-être, jolie, avec des formes généreuses moulées dans un jean et un chemisier blanc. Ses cheveux blonds sont attachés en queue-de-cheval. Elle a l'air à l'aise. Trop à l'aise. Ses seins lourds tendent le tissu du chemisier, et je remarque qu'elle ne porte pas de soutien-gorge. Ses tétons pointent, visibles à travers le coton léger.

— Vous devez être Camille, dit-elle en s'avançant. Moi, c'est Ludivine. La nounou.

La nounou. Je ne sais pas pourquoi ce mot me fait l'effet d'une lame. Peut-être parce que personne ne m'a prévenue. Peut-être parce que je pensais que c'était moi qui m'occuperais de Manon, moi la tante, moi la sœur. J'imaginais une maison vide, silencieuse, où je serais le seul pilier sur lequel Vincent pourrait s'appuyer. Et voilà qu'il y a déjà quelqu'un. Une étrangère. Une jolie étrangère aux formes provocantes.

— Camille, oui, dis-je en lui serrant la main.

Sa poigne est douce, un peu humide. Elle sent la lessive et le citron. Rien d'agressif, rien de hostile. Et pourtant, quelque chose en elle me hérisse. La façon dont elle se tient, comme si elle était chez elle. La façon dont elle regarde Vincent quand il passe derrière elle. La façon dont elle pose sa main sur son bras en riant.

Le dîner se passe dans un silence pesant. Manon babille, raconte sa journée au parc, un oiseau blessé qu'elle a vu, une glace à la fraise. Ludivine rit, lui répond, lui coupe sa viande. Vincent mange sans rien dire, les yeux fixés sur son assiette. Je fais semblant de trouver mon gratin appétissant, alors que chaque bouchée me reste en travers de la gorge. Et puis il y a ce moment. Ce moment où je lève les yeux et où je croise son regard. Lui. Vincent. Il me fixe. Ses yeux sont d'un brun presque noir, et ils plongent dans les miens avec une intensité qui me cloue sur place. Une seconde. Deux secondes. Trois. Je détourne la tête la première, le cœur battant. Mais avant de baisser les yeux, j'ai vu. J'ai vu ses pupilles se dilater. J'ai vu sa langue passer sur sa lèvre inférieure. J'ai vu son regard glisser sur ma gorge, s'attarder sur la naissance de mes seins, puis descendre, plus bas, comme s'il pouvait voir à travers la table, à travers ma robe, jusqu'à l'endroit le plus secret de mon être.

— Vous voulez du dessert ? demande Ludivine.

— Non merci.

Je me lève trop vite, ma chaise racle le sol.

— Je vais me coucher. La route m'a fatiguée.

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