Se connecterLuna Le jour se lève sur le jardin comme une promesse. Le ciel est clair, d’un bleu tendre presque irréel, traversé de quelques nuages blancs qui ressemblent à des flocons de laine. L'air est doux, chargé de l'odeur des roses trémières et du chèvrefeuille qui grimpe le long du mur de pierre. Les oiseaux chantent à tue-tête, ivres de printemps, comme s'ils célébraient eux aussi cette journée hors du commun. L'aube a d'abord embrasé l'horizon de rose et d'orange, puis s'est muée en cette lumière dorée qui caresse chaque feuille, chaque brin d'herbe, chaque pétale. La rosée scintille sur la pelouse, des milliers de petits diamants jetés en offrande. Le vieux tilleul centenaire, témoin silencieux de nos drames et de nos joies, déploie ses branches protectrices au-dessus du cercle de pétales rouges qu'il a disposé. Alex m’attend sur la pelouse, au milieu d’un grand cercle de pétales de roses rouges qu'il a disposés avant l'aube
Luna La nuit est profonde, opaque, sans lune. Assise sur le rebord de la fenêtre de la chambre d'amis, les jambes repliées contre ma poitrine, le front appuyé contre la vitre froide, je regarde le jardin sans le voir. La demande d'Alex tourne en boucle dans ma tête, une ritournelle qui m'empêche de trouver le sommeil, qui me tient éveillée alors que la maison s'est endormie depuis des heures. Le saphir brille à mon doigt, lourd de promesses, de doutes, d'avenirs possibles. La pierre bleue semble absorber la lumière de la nuit, scintiller d'un éclat intérieur qui répond aux battements de mon cœur. Mes doigts caressent machinalement l'anneau, tournent le saphir dans un sens puis dans l'autre, le font basculer entre mes phalanges. Je n'ose pas l'enlever, je n'ose pas le garder. Il est là, posé sur ma peau comme une marque indélébile, comme un engagement que je n'ai pas encore prononcé mais que mon corps a déjà accepté. Je ne
Luna Un soir, Alex m’emmène dans le jardin. Le crépuscule embrase le ciel de rose et d'orange, les dernières lueurs du jour se reflètent dans les vitres de la maison. Les lampions sont allumés, suspendus aux branches du tilleul, leurs ampoules tamisées qui éclairent la pelouse d'une lumière douce et irréelle. Des bougies vacillent sur le banc, sur la table en bois, sur les marches de pierre. Thomas est assis sur le banc sous le tilleul, un verre à la main, un verre de vin rouge qui reflète la lumière comme un rubis. Il ne dit rien. Il regarde. Il attend. — Qu’est-ce qu’il y a ? je demande. — Assieds-toi. Il me prend la main. Ses doigts tremblent — Alex qui tremble, Alex qui n'a jamais tremblé devant moi, qui a toujours affiché cette assurance calme de l'homme qui contrôle tout.
Luna Les premiers temps sont difficiles. Il y a des regards de travers, des silences lourds, des gestes retenus, des paroles qu'on ravalé au bord des lèvres. Nous apprenons à nous connaître autrement, à nous partager, à nous tolérer. Chaque matin est un pari, chaque soir une délivrance. Nous avançons à tâtons, dans un territoire inconnu dont nous n'avons pas la carte. Thomas est parfois jaloux. Pas de façon violente, non , Thomas n'a jamais été violent, jamais. Mais d’une jalousie sourde, qui s’exprime par des mots brefs, des retraits soudains, des humeurs changeantes. Ce n'est pas contre Alex, ni contre moi. C'est contre lui-même, contre la partie de lui qui n'arrive pas à accepter ce qu'il a choisi. Quand Alex et moi nous embrassons devant lui, il détourne la tête. Puis se force à regarder. Puis détourne encore, comme si un aim
Luna Le samedi suivant, nous avons décidé de tenter la première nuit à trois. La journée avait été longue, étrangement calme. Thomas était sorti courir, Alex avait travaillé dans son bureau. Moi, j'avais erré dans la maison, incapable de fixer mon attention sur quoi que ce soit. Je préparais un plat, je l'abandonnais. Je lisais une page, je la relisais sans la comprendre. Le temps s'étirait, dense et chargé d'électricité. Alex a préparé la chambre principale , la sienne, dans l’aile Ouest. Je l'ai regardé faire, appuyée au chambranle de la porte, les bras croisés. Il a changé les draps pour des draps blancs en lin, ceux qu'il gardait pour les grandes occasions, tout doux, tout frais. Il a disposé des bougies sur toutes les surfaces disponibles , le manteau de la cheminée, les tables de chevet, le rebord de la fenêtre , des bougies parfumées à la vanille et à l'ambre qu'il avait a
Luna Les jours qui suivent notre pacte sont étranges, suspendus entre l'incrédulité et l'espoir comme un bateau pris au large entre deux courants contraires. Thomas a sorti un grand cahier, celui qu'il utilisait pour ses enquêtes , un cahier à spirales, couverture cartonnée noire, les pages pleines de notes serrées et l'a posé sur la table de la véranda. Des pages blanches, vierges, prêtes à recevoir les règles de notre nouvelle vie. Il a rangé son carnet noir, celui des douleurs, au fond d'un tiroir, et a ouvert ce livre vierge, celui des commencements. Ce geste m'a serré le cœur : il tournait la page, littéralement, physiquement, symboliquement. La véranda baignait dans la lumière dorée de fin d'après-midi. Les carreaux anciens, gondolés par les années, laissaient entrer ce soleil printanier qui faisait briller les poussières en suspension. Le jardin, au-delà des vitres, explosait de vie : les tulipes rouges et jaunes