登入Sa voix se brise sur les derniers mots, et je vois ses yeux se remplir de larmes. Augustin, le grand séducteur, le conquérant impénitent, le vainqueur de tous les duels, est en train de pleurer devant moi. Et je ne ressens rien. Ou presque rien. Juste une vague pitié, lointaine et impersonnelle, comme celle qu'on éprouve pour un animal blessé.— Il est trop tard pour les excuses, Augustin. Ce qui est fait est fait.— Je sais. Mais je veux que tu saches que je regrette. Je regrette tout ce que je t'ai fait. Et si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. Je te traiterais différemment. Je serais doux, patient, respectueux. Je mériterais ton amour.— Mais tu ne l'as pas fait. Et maintenant, il est trop tard.Il hoche la tête, lentement, comme un condamné qui accepte sa sentence. Il serre la robe de velours contre lui, et je vois ses doigts trembler.— Je sais, murmure-t-il. Je le sais.Il baisse la tête, il serre la robe un
IsadoraCe que j'ai fait avec Augustin ne me hante pas. Je pensais que cela me hanterait — que je me sentirais sale, souillée, avilie, que je passerais la nuit à pleurer dans mon oreiller, que je regretterais amèrement de m'être ainsi compromise. Mais non. Je ne ressens rien. Rien qu'une satisfaction froide et amère, une satisfaction de vengeance assouvie qui coule dans mes veines comme un poison délicieux. Je me suis donnée à lui pour mieux le détruire, et j'ai réussi. Son visage défait, ses yeux écarquillés de stupeur, son sourire triomphant qui s'est effacé d'un seul coup , cette image restera gravée dans ma mémoire comme un trésor, comme une médaille de guerre.Mais mon plan ne s'arrête pas là. Augustin n'est que le premier. Il y a encore Cyprien, le manipulateur fragile qui se cache derrière des airs de poète incompris. Il y a encore Hadrien, le maître de maison prisonnier de ses fantômes et de ses secrets. Et il y a Sébastien, l'oncle mielleux qui t
Il s'approche encore, il pose ses mains sur mes épaules, et il m'embrasse. Un baiser lent, profond, passionné. Ses lèvres sont douces, plus douces que je ne l'aurais cru, et sa langue caresse la mienne avec une expertise qui me fait frissonner malgré moi. Ses mains descendent le long de mes bras, de mes hanches, de mes reins, et il me serre contre lui.— Déshabille-toi, murmure-t-il contre ma bouche. Je veux te voir. Je veux te contempler tout entière.Je recule d'un pas, je défais lentement les lacets de ma robe, et je la laisse glisser à mes pieds. Le velours s'affaisse sur le tapis avec un bruissement doux, et je suis nue devant lui, entièrement nue. La lumière du matin entre par les fenêtres, projetant des reflets dorés sur ma peau pâle, et je le regarde me regarder.— Tu es magnifique, murmure-t-il, la voix rauque. La plus belle femme que j'aie jamais vue.Il s'approche, il me prend dans ses bras, et il me porte sur le lit. Les draps sont frais contre ma peau, et je m'enfonce dan
Isadora Je ne suis plus une victime. Cette pensée résonne en moi comme un mantra, comme une prière, comme une promesse que je me fais à moi-même chaque matin en me regardant dans le miroir. Je ne suis plus la petite orpheline fragile qu'ils ont accueillie par charité, la jeune fille effarouchée qu'ils pouvaient manipuler, séduire, briser à leur guise. Je suis devenue autre chose. Quelque chose de plus sombre, de plus dur, de plus dangereux. Une femme qui a appris à souffrir, et qui a décidé de faire souffrir à son tour. Le retour à la maison, après ma fugue avortée, s'est fait dans un silence glacial. Mon oncle Sébastien m'a accueillie avec ce sourire mielleux qui me révulse, ce sourire qui semble dire qu'il savait que je reviendrais, qu'il savait que je ne pouvais pas lui échapper. Hadrien n'a rien dit — il s'est contenté de me regarder, de ce regard gris qui me brûle et me glace à la fois, un regard empli de tout ce qu'il ne peut pas exprimer, et il est remonté dans sa chambre
IsadoraMa valise est bouclée. Je l'ai remplie de quelques robes, de quelques sous-vêtements, de mes maigres économies cachées au fond d'un tiroir. Je ne prends rien de ce qu'ils m'ont offert , pas les bijoux de Sébastien, pas les livres d'Hadrien, pas les fleurs séchées de Cyprien. Je ne veux rien emporter de cette maison maudite, rien qui me rappelle ces semaines de souffrance et de manipulation.La pluie tombe sur le toit, une pluie fine et glaciale d'automne. La maison est silencieuse, plongée dans l'obscurité. Il est cinq heures du matin, le premier train pour la capitale part à six heures, et je serai dedans. Je serai libre.Je descends l'escalier sur la pointe des pieds, ma valise à la main, le cœur battant. Chaque craquement du parquet me fait sursauter, chaque ombre me semble une menace. Mais personne ne m'arrête, personne ne m'entend. La maison dort, l
IsadoraDeux jours ont passé depuis la confrontation entre les frères. Augustin a quitté la maison, il est parti pour la capitale sans prévenir personne. Cyprien, lui, est redevenu l'ange fragile que je connaissais, me suivant partout, me couvant d'un regard adorateur. Mais je ne peux plus le regarder de la même façon. Les mots que j'ai entendus dans le salon résonnent en moi comme un écho qui ne s'éteint jamais.Hadrien n'est toujours pas revenu. Personne ne parle de lui, personne ne prononce son nom. Il est parti sans explication, sans mot, sans promesse de retour. Et son absence est une blessure qui ne guérit pas.Cet après-midi, je descends à la bibliothèque pour y chercher un livre. La maison est silencieuse, plongée dans cette torpeur des jours de pluie. Le vent souffle au-dehors, les volets claquent doucement contre les murs, et le parquet craque
IsadoraLa convocation arrive sur un plateau d'argent, portée par une domestique au visage impassible. Un simple carton blanc, gravé aux armes de la famille, avec ces quelques mots tracés d'une écriture fine et acérée : "Mademoiselle Moreau est attendue dans le bureau de M. Hadrien Delacroix à dix-
IsadoraLe jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arboresc
IsadoraLe lendemain, le soleil brille sur la ville comme si la nuit précédente n'avait été qu'un rêve. Le vent est tombé, les nuages se sont dispersés, et un ciel d'un bleu limpide s'étend au-dessus des toits. C'est une journée magnifique, une journée d'automne comme on en voit rarement, chaude et
IsadoraJe n'arrive pas à dormir. Le lit est trop grand, trop moelleux, trop étranger. Les draps sentent la lavande et l'amidon, le matelas s'enfonce sous mon poids comme un ventre mou, et les rideaux de velours grenat frémissent à chaque courant d'air comme des spectres. Chaque fois que je ferme l







