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Chapitre 5 — Le Jardin d'Hiver

Author: Déesse
last update publish date: 2026-06-16 04:16:59

Isadora

Le jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arborescentes, des orchidées aux couleurs incroyables, des roses qui embaument l'air de leur parfum sucré.

C'est Cyprien qui m'y invite, le lendemain de mon escapade à la plage. Il vient frapper à ma porte en fin d'après-midi, timide comme toujours, les yeux baissés, les mains derrière le dos.

— Isadora ? Je me demandais... si vous vouliez visiter le jardin d'hiver. C'est mon refuge, mon sanctuaire. Et j'aimerais vous le montrer. Si vous voulez, bien sûr.

— Avec plaisir, Cyprien.

Il sourit, un sourire fragile qui éclaire son visage mélancolique, et il me guide à travers la maison jusqu'à la serre. L'air y est chaud, humide, chargé de senteurs végétales, et la lumière du soleil couchant filtre à travers les vitres, baignant les plantes d'une lueur dorée.

— C'est magnifique, dis-je en regardant autour de moi.

— Merci. C'est ma mère qui a créé ce jardin, avant sa mort. Elle adorait les plantes, elle disait qu'elles étaient plus fidèles que les hommes. Elle m'a appris à m'en occuper. C'est tout ce qui me reste d'elle.

Sa voix se brise sur ces derniers mots, et il baisse la tête, comme pour cacher ses larmes. Je pose une main sur son épaule, et il sursaute.

— Votre mère vous aimait, Cyprien. Elle serait fière de vous.

— Vous croyez ?

— J'en suis sûre.

Il relève la tête, il me regarde avec ses grands yeux bleus, et il pose sa tête sur mon épaule. Ses bras m'entourent, il se serre contre moi, et je sens son corps trembler contre le mien.

— Restez avec moi, murmure-t-il. Restez près de moi. Vous êtes la seule qui me comprenne.

— Cyprien...

— Taisez-vous. Ne dites rien. Contentez-vous d'être là.

Ses mains remontent dans mon dos, s'arrêtent sur ma nuque, et ses doigts caressent ma peau avec une douceur infinie. Il relève la tête, il plonge ses yeux dans les miens, et il approche ses lèvres des miennes.

Le baiser est timide, presque hésitant, comme s'il n'osait pas, comme s'il avait peur de me briser. Ses lèvres sont douces, chaudes, et elles effleurent les miennes avec une délicatesse qui me serre le cœur. Je réponds à son baiser, je caresse ses cheveux, et il gémit contre ma bouche.

— Isadora...

— Cyprien...

Ses mains tremblent sur ma taille, et je sens son désir pressé contre ma hanche. Mais il ne va pas plus loin, il ne force rien, il reste là, à m'embrasser doucement, comme si j'étais un trésor fragile qu'il avait peur de briser.

— Pardonnez-moi, murmure-t-il en s'écartant. Je ne voulais pas... je n'aurais pas dû...

— Ne vous excusez pas, Cyprien. C'était...

— C'était quoi ?

Je ne réponds pas, je ne sais pas quoi répondre. C'était doux, troublant, inattendu. C'était un baiser qui ressemblait à une prière, une supplication, un appel au secours. Un baiser qui me donnait envie de le protéger, de le consoler, de le guérir.

Mais est-ce que c'est de l'amour, ou de la pitié ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Cyprien est une énigme, un mystère, un être blessé qui se cache dans ce jardin comme dans un cocon.

Il s'écarte de moi, il s'éloigne dans l'allée, et il disparaît derrière un massif de fougères. Je reste seule au milieu des plantes, les lèvres encore chaudes de son baiser, le cœur en miettes, et je ne sais plus quoi penser, quoi ressentir, quoi espérer.

Trois hommes. Trois désirs. Trois pièges qui se referment sur moi.

Et je ne sais pas lequel est le plus dangereux.

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