LOGINLa douleur est fulgurante, elle me traverse le ventre comme une lame, et je pousse un cri qui se perd dans le bruit de la maison. Mais très vite, la douleur s'estompe, remplacée par une sensation nouvelle, étrange, presque agréable , une sensation de plénitude, de chaleur, de tension. Augustin bouge en moi, lentement d'abord, puis de plus en plus vite, et son souffle devient court, saccadé, rauque.— Dis-moi que tu es à moi, grogne-t-il en accélérant le rythme. Dis-le, Isadora. Dis-le.— Je suis à toi, murmuré-je, et je ne sais pas si je le pense ou si je le dis pour qu'il arrête.Mais il n'arrête pas, il accélère encore, il me martèle contre la porte, et je sens la jouissance monter en moi , une jouissance arrachée, presque douloureuse, qui explose dans mon ventre comme une grenade. Je jouis entre ses bras, contre cette porte, dans cette chambre, et Augustin jouit en même temps que moi, avec un cri rauque, avant de s'effondrer contre mon épaule, haletant, épuisé, vidé.Le silence ret
IsadoraJe sors du bureau d'Hadrien comme on sort d'un tombeau , tremblante, épuisée, le corps vidé de toute substance. Mes jambes me portent à peine, mes joues sont en feu, mes yeux sont rougis par les larmes, et ma nuque porte encore la marque invisible de ses doigts. Chaque pas que je fais dans le couloir résonne comme un coup de tonnerre, et je n'ai qu'une seule idée en tête : regagner ma chambre, m'enfermer à clé, et disparaître.Mais le destin, ce soir, en a décidé autrement.Au détour du couloir, une silhouette se détache de l'ombre. Augustin. Il est adossé au mur, les bras croisés sur la poitrine, et son visage habituellement souriant est déformé par une expression que je ne lui connais pas. Ses yeux verts ne pétillent plus de malice , ils flamboient, ils brûlent, ils dévorent. Sa mâchoire est contractée, ses poings sont serrés, et tout son corps vibre d'une rage contenue.— Augustin, dis-je en m'arrêtant net. Que fais-tu là ?— Je t'attendais, cousine.Sa voix est douce, trop
La honte me submerge, une vague brûlante qui me monte aux joues, qui me pique les yeux, qui me serre la gorge. Augustin s'est vanté. Augustin a raconté notre escapade à la plage, il l'a déformée, salie, prostituée. Et Cyprien, ce pauvre Cyprien qui tremblait en m'embrassant, il écrit des poèmes, il confie ses secrets à des feuilles de papier que tout le monde peut lire.Je suis perdue. Je suis déshonorée. Je suis salie.— Je... ce n'est pas ce que vous croyez, murmuré-je, les larmes aux yeux.— Ce que je crois n'a aucune importance, Isadora. Ce qui compte, c'est ce que je vois. Et ce que je vois, c'est une jeune fille sans éducation, sans moralité, sans retenue, qui se comporte comme une courtisane alors qu'elle devrait se comporter comme une dame.Il se relève, il retourne derrière son bureau, et il s'assied dans son fauteuil avec la lenteur délibérée d'un juge qui va prononcer sa sentence. Il ouvre un tiroir, il en sort un registre relié de cuir, et il le feuillette d'un air détaché
IsadoraLa convocation arrive sur un plateau d'argent, portée par une domestique au visage impassible. Un simple carton blanc, gravé aux armes de la famille, avec ces quelques mots tracés d'une écriture fine et acérée : "Mademoiselle Moreau est attendue dans le bureau de M. Hadrien Delacroix à dix-sept heures précises. Pour une entrevue de la plus haute importance."Je relis le carton trois fois, le cœur battant. La plus haute importance. Ces mots résonnent en moi comme une menace, comme un présage. Que me veut Hadrien ? Depuis notre rencontre nocturne dans la bibliothèque, il m'évite soigneusement. Aux repas, il ne m'adresse plus la parole, il ne me regarde plus, il fait comme si je n'existais pas. Une ignorance calculée, plus blessante que ses regards glacés, plus cruelle que ses paroles cinglantes. J'ai l'impression d'être redevenue une étrangère, une intruse, une ombre qui erre dans les couloirs sans que personne ne la remarque.Et maintenant, cette convocation. Ce carton qui me b
IsadoraLe jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arborescentes, des orchidées aux couleurs incroyables, des roses qui embaument l'air de leur parfum sucré.C'est Cyprien qui m'y invite, le lendemain de mon escapade à la plage. Il vient frapper à ma porte en fin d'après-midi, timide comme toujours, les yeux baissés, les mains derrière le dos.— Isadora ? Je me demandais... si vous vouliez visiter le jardin d'hiver. C'est mon refuge, mon sanctuaire. Et j'aimerais vous le montrer. Si vous voulez, bien sûr.— Avec plaisir, Cyprien.Il sourit, un sourire fragile qui éclaire son visage mélancolique, et il me guide à travers la maison jusqu'à la serre. L'air y est chaud, humide, chargé de senteurs végétales, et la lumière du soleil couchant filtre à trav
IsadoraLe lendemain, le soleil brille sur la ville comme si la nuit précédente n'avait été qu'un rêve. Le vent est tombé, les nuages se sont dispersés, et un ciel d'un bleu limpide s'étend au-dessus des toits. C'est une journée magnifique, une journée d'automne comme on en voit rarement, chaude et dorée, et je décide d'en profiter pour explorer les environs.Je descends l'escalier, vêtue d'une robe légère en coton blanc, et je tombe sur Augustin dans le hall. Il est en tenue de tennis, une raquette à la main, et il me sourit de toutes ses dents.— Bonjour, cousine ! Vous avez bien dormi ?— Très bien, merci.— Vous mentez. Vous avez des cernes sous les yeux. Mais c'est charmant, les cernes, ça donne un air mystérieux.— Vous êtes toujours aussi impertinent ?— Toujours. C'est mon charme.Il s'approche de moi, il pose sa main sur mon épaule, et il se penche à mon oreille.— J'allais à la plage. Voulez-vous m'accompagner ? La plage est déserte à cette heure, et l'eau est encore chaude.







