LOGINÀ 19 ans, Isadora débarque chez son oncle Sébastien, notaire cossu d'une ville portuaire, pour fuir sa campagne morose. Dans la grande maison bourgeoise aux volets toujours mi-clos, elle est aussitôt happée par un tourbillon de désirs contraires : son oncle par alliance, Hadrien, quadragénaire énigmatique au regard de braise, irradie une sensualité glaciale qui la consume. Il y a aussi Augustin, l'aîné, solaire et audacieux, dont les mains baladeuses et les baisers volés l'embrasent avant de la rejeter cruellement. Et Cyprien, le cadet, mystérieux et mélancolique, qui feint la fragilité pour l'attirer dans son lit et dans ses confidences. Très vite, Isadora sent que chaque homme la manipule à sa façon. Hadrien avive sa passion par des rejets calculés, jouant de son interdit , l'époux de sa tante défunte , pour mieux l'humilier puis la reconquérir dans des étreintes brutales et passionnées. Augustin excelle dans l'art de provoquer la jalousie : il l'attire, la brûle de caresses interdites, la prend contre un mur, puis se retire en riant de sa détresse. Cyprien, sous ses airs de poète fragile, se glisse dans son lit la nuit, réclame sa chaleur, ses baisers, sa protection, tout en savourant de la voir tiraillée entre les trois hommes. Sébastien, l'oncle, semble d'abord aveugle, puis se révèle le plus manipulateur de tous. Il encourage les ambiguïtés, poussant Isadora à la faute pour mieux asseoir son emprise sur elle et humilier son propre sang , ballottée entre attirance brûlante et rejets cinglants, vacille. Elle ne sait plus qui désire vraiment, ni qui la manipule. Son corps s'éveille, s'embrase, se donne et se reprend. Le récit culmine lors d'un dîner où, poussée à bout, elle déchire le voile des non-dits et doit fuir, détruite, ayant compris qu'elle n'était qu'un pion dans une guerre de désirs froids où personne ne gagne jamais
View MoreJe me réveille des heures plus tard, le train s'arrête, une petite gare, un panneau indique le nom de la ville, une ville que je n'ai jamais vue, une ville où personne ne me connaît, une ville où je peux devenir quelqu'un de nouveau, où je peux laisser derrière moi tout ce que j'ai été, tout ce que j'ai fait, tout ce qu'on m'a fait, je descends du train, mes pieds touchent le quai, le sol est solide, réel, je suis là, je suis vivant, je suis libre. La gare est petite, propre, presque vide, un quai, un bâtiment en pierre, des bancs, des arbres, des jardinières, une fontaine où l'eau coule en un filet clair et musical, je m'approche, je bois, l'eau est froide, fraîche, pure, elle coule dans ma gorge comme une bénédiction, elle me lave de l'intérieur, elle me purifie, je me relève, je regarde autour de moi, la ville est jolie, des maisons anciennes, des toits en tuiles, des murs en pierre, des rues pavées, des boutiques aux devantures colorées
Gabriel La maison de Claire est petite, ancienne, pleine de livres, des livres partout, dans la salle de séjour, dans la cuisine, dans le couloir, même dans la salle de bain, des piles de livres sur les tables, sur les chaises, sur le sol, des étagères qui plient sous le poids de la connaissance, de l'imagination, de l'évasion, des livres ouverts, des livres refermés, des livres qui attendent d'être lus, des livres qui ont été lus cent fois, des livres qui sont des amis, des compagnons, des consolateurs, et je me sens chez moi pour la première fois depuis des mois, dans cette maison qui n'est pas la mienne, dans cette vie qui n'est pas la mienne, dans ce monde qui n'est pas le mien, mais qui pourrait le devenir, qui pourrait être à moi si je le veux, si je le mérite, si j'arrive à guérir. Elle me fait asseoir sur un canapé, un canapé de velours vert, usé, confortable, qui a vu des générations de lectures, de siestes, de rêves, elle me donne un verre d'
Je vais à la porte d'entrée, ma main se pose sur la poignée, le métal est froid contre ma paume, froid et solide et réel, une porte, une vraie porte, une porte qui s'ouvre sur l'extérieur, sur le monde, sur la vie, je tourne la poignée, le mécanisme grince, le bois s'ouvre, l'air extérieur me frappe, froid, vif, pur, il entre dans mes poumons comme un coup de poing, comme une gifle, comme une renaissance, je tousse, mes yeux piquent, mais je respire, je respire vraiment, pour la première fois depuis des mois, je respire.Je marche, je marche, je marche, je traverse le jardin, les rosiers fanés, les fleurs mortes, les épines qui accrochent mon jean, la pelouse jaunie, la piscine à l'eau verte, la grille, la grille est ouverte, elle l'a toujours été, je n'avais juste jamais eu le courage de la franchir, mais aujourd'hui je la franchis, je passe, je suis dehors, dehors, vraiment dehors, et je ne regarde pas en arrière, je ne regarde pas cette maison, je ne regarde pas ces
La pensée est faible d'abord, comme une flamme qui vacille dans le vent, comme une voix qui s'étrangle dans une gorge trop serrée, comme un espoir qui a peur de s'avouer parce qu'il sait qu'il pourrait être détruit à nouveau — mais elle grandit, elle s'affirme, elle devient plus forte, plus claire, plus insistante, elle remplit tout l'espace de mon esprit, elle chasse les souvenirs, elle chasse les corps, elle chasse la honte, elle chasse tout, elle ne laisse que cette une vérité, cette une certitude, cette une promesse : je ne veux plus être leur chose, je ne veux plus être leur chose, JE NE VEUX PLUS ÊTRE LEUR CHOSE.Je m'assois sur le lit, le mouvement est lent, douloureux, chaque muscle proteste, chaque articulation crie, mon corps est une ruine, une carcasse, un champ de bataille où tant de guerres ont été livrées, mais je suis assis, mon dos est droit, ma tête est levée, mes yeux sont ouverts, je regarde mes mains, mes poignets bandés, les compresses tachées
IsadoraLa convocation arrive sur un plateau d'argent, portée par une domestique au visage impassible. Un simple carton blanc, gravé aux armes de la famille, avec ces quelques mots tracés d'une écriture fine et acérée : "Mademoiselle Moreau est attendue dans le bureau de M. Hadrien Delacroix à dix-
IsadoraLe jardin d'hiver est une serre immense, adossée à la façade arrière de la maison, que l'on rejoint par un couloir vitré. C'est un lieu magique, un paradis de verdure et de lumière, où poussent des plantes exotiques venues des quatre coins du monde. Des palmiers nains, des fougères arboresc
IsadoraLe lendemain, le soleil brille sur la ville comme si la nuit précédente n'avait été qu'un rêve. Le vent est tombé, les nuages se sont dispersés, et un ciel d'un bleu limpide s'étend au-dessus des toits. C'est une journée magnifique, une journée d'automne comme on en voit rarement, chaude et
IsadoraJe n'arrive pas à dormir. Le lit est trop grand, trop moelleux, trop étranger. Les draps sentent la lavande et l'amidon, le matelas s'enfonce sous mon poids comme un ventre mou, et les rideaux de velours grenat frémissent à chaque courant d'air comme des spectres. Chaque fois que je ferme l












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