Baise-moi encore 5

Baise-moi encore 5

last updateLast Updated : 2026-06-18
By:  DéesseUpdated just now
Language: French
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À 19 ans, Isadora débarque chez son oncle Sébastien, notaire cossu d'une ville portuaire, pour fuir sa campagne morose. Dans la grande maison bourgeoise aux volets toujours mi-clos, elle est aussitôt happée par un tourbillon de désirs contraires : son oncle par alliance, Hadrien, quadragénaire énigmatique au regard de braise, irradie une sensualité glaciale qui la consume. Il y a aussi Augustin, l'aîné, solaire et audacieux, dont les mains baladeuses et les baisers volés l'embrasent avant de la rejeter cruellement. Et Cyprien, le cadet, mystérieux et mélancolique, qui feint la fragilité pour l'attirer dans son lit et dans ses confidences. Très vite, Isadora sent que chaque homme la manipule à sa façon. Hadrien avive sa passion par des rejets calculés, jouant de son interdit , l'époux de sa tante défunte , pour mieux l'humilier puis la reconquérir dans des étreintes brutales et passionnées. Augustin excelle dans l'art de provoquer la jalousie : il l'attire, la brûle de caresses interdites, la prend contre un mur, puis se retire en riant de sa détresse. Cyprien, sous ses airs de poète fragile, se glisse dans son lit la nuit, réclame sa chaleur, ses baisers, sa protection, tout en savourant de la voir tiraillée entre les trois hommes. Sébastien, l'oncle, semble d'abord aveugle, puis se révèle le plus manipulateur de tous. Il encourage les ambiguïtés, poussant Isadora à la faute pour mieux asseoir son emprise sur elle et humilier son propre sang , ballottée entre attirance brûlante et rejets cinglants, vacille. Elle ne sait plus qui désire vraiment, ni qui la manipule. Son corps s'éveille, s'embrase, se donne et se reprend. Le récit culmine lors d'un dîner où, poussée à bout, elle déchire le voile des non-dits et doit fuir, détruite, ayant compris qu'elle n'était qu'un pion dans une guerre de désirs froids où personne ne gagne jamais

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Chapter 1

Chapitre 1 — La Maison aux Volets Clos

Isadora

Le train s'arrête dans un grincement de freins et un sifflement de vapeur qui déchire le silence de cette fin d'après-midi d'octobre. Je colle mon front à la vitre froide, et je regarde la ville qui s'étend devant moi, accrochée aux flancs d'une colline qui descend vers la mer. Une ville portuaire, grise et humide, battue par les vents qui remontent de l'Atlantique et qui font claquer les enseignes des boutiques et les haubans des bateaux amarrés dans le port.

La gare est presque déserte à cette heure. Quelques voyageurs pressés se hâtent vers la sortie, le col relevé contre le vent, les mains enfoncées dans les poches. Un porteur pousse un chariot chargé de malles, un couple se dispute à voix basse près du kiosque à journaux, un chien errant renifle les poubelles. Rien de remarquable, rien de mémorable. Et pourtant, pour moi, c'est le début d'une nouvelle vie.

Je descends du train, ma valise à la main, et le vent s'engouffre aussitôt sous ma jupe, glacial et indiscret. Je frissonne, je resserre mon manteau autour de moi, et je cherche des yeux la voiture qui doit m'attendre. Mon oncle Sébastien a promis d'envoyer quelqu'un pour m'accueillir. Une domestique, sans doute, ou un chauffeur.

Mais ce n'est ni une domestique ni un chauffeur qui m'attend sur le quai.

C'est un homme.

Il est debout près de la sortie, adossé à une voiture noire aux chromes étincelants, les bras croisés sur la poitrine. Il est grand, très grand, avec des épaules larges et une silhouette élancée que le vent plaque contre son costume sombre. Ses cheveux sont noirs, coupés courts sur les côtés, plus longs sur le dessus, et ils ondulent légèrement sous les rafales. Son visage est taillé à la serpe — une mâchoire carrée, des pommettes hautes, un nez droit et fin, une bouche aux lèvres pleines qui ne sourit pas.

Et ses yeux. Ses yeux sont d'un gris si pâle qu'ils en paraissent presque incolores, comme de l'eau glacée, comme un ciel d'hiver. Ils sont fixés sur moi, et je sens leur poids sur ma peau comme une pression physique, comme une main qui se pose sur mon épaule.

Je m'approche, ma valise à la main, le cœur battant un peu plus vite qu'il ne devrait. Je ne sais pas qui est cet homme, je ne l'ai jamais vu, mais je devine qu'il fait partie de la famille. Quelque chose dans sa prestance, dans sa façon d'occuper l'espace, dans l'autorité naturelle qui émane de lui, trahit une familiarité avec le pouvoir et la richesse.

— Isadora ?

Sa voix est un velours grave, profond, qui vibre dans ma poitrine comme une note de violoncelle. Il prononce mon prénom avec une lenteur délibérée, en détachant chaque syllabe, comme s'il goûtait le mot sur sa langue.

— Oui, dis-je en m'arrêtant devant lui. C'est moi. Isadora Moreau.

— Je suis Hadrien. Hadrien Delacroix. Le mari de votre tante.

Le mari de ma tante. Ma tante Éléonore, la sœur de mon père, qui est morte il y a deux ans dans un accident de cheval. Je ne l'ai jamais vraiment connue — elle avait épousé un homme riche et s'était installée dans cette ville portuaire bien avant ma naissance, et nos familles ne se fréquentaient guère. Mais je me souviens d'elle, de ses visites à Noël, de ses robes élégantes et de son rire cristallin. Elle était belle, ma tante, et visiblement, elle avait épousé un homme à sa mesure.

Hadrien me dévisage longuement, sans la moindre gêne, sans la moindre pudeur. Ses yeux gris descendent lentement le long de mon corps, s'attardent sur mon visage, sur ma gorge, sur mes hanches, sur mes jambes, et remontent aussi lentement qu'ils sont descendus. Ce n'est pas un regard de politesse, ni même un regard de curiosité. C'est un regard d'évaluation, comme celui d'un acheteur qui inspecte une marchandise, comme celui d'un prédateur qui jauge sa proie.

— Vous ressemblez à votre tante, dit-il enfin, et sa voix est teintée d'une nuance que je ne sais pas interpréter. Les mêmes yeux noirs, la même bouche, la même façon de tenir la tête. C'est troublant.

— Merci, dis-je, faute de trouver une meilleure réponse.

— Ce n'était pas un compliment. Juste une observation.

Il se détache de la voiture, ouvre la portière arrière, et me fait signe de monter. Je m'exécute, ma valise serrée contre moi, et il referme la portière avec un bruit mat qui résonne dans la gare déserte. Il s'installe au volant, met le contact, et la voiture s'ébranle en silence.

Le trajet se fait sans un mot. Hadrien conduit vite, avec une assurance tranquille, ses mains gantées de noir posées sur le volant, ses yeux fixés sur la route. Je regarde défiler le paysage par la vitre , les rues étroites de la vieille ville, les maisons à colombages, les boutiques aux devantures colorées, le port avec ses bateaux de pêche et ses cargos rouillés. Et puis nous montons vers les hauteurs, vers le quartier bourgeois où se dressent les demeures des notables, et la ville change de visage. Les maisons deviennent plus grandes, plus cossues, entourées de jardins clos et de grilles en fer forgé. Les arbres sont plus nombreux, les rues plus calmes, le silence plus profond.

Enfin, la voiture s'arrête devant une grille monumentale, et Hadrien klaxonne pour qu'on nous ouvre. La grille s'écarte lentement, et nous nous engageons dans une allée bordée de platanes centenaires qui mène à la maison.

La maison. Mon Dieu, la maison.

Je n'ai jamais rien vu d'aussi beau, d'aussi imposant, d'aussi oppressant. C'est une demeure victorienne aux murs de pierre grise, coiffée d'un toit d'ardoises noires hérissé de cheminées et de lucarnes. Les fenêtres sont hautes, étroites, encadrées de volets de bois sombre qui sont tous mi-clos, comme des paupières à demi baissées sur des yeux qui guettent. Un perron de marbre mène à une porte d'entrée massive, surmontée d'un fronton sculpté de guirlandes et de putti. La façade est recouverte de vigne vierge qui a pris ses teintes d'automne, rouge sang et or bruni, et qui palpite sous le vent comme une chose vivante.

— C'est magnifique, dis-je en descendant de voiture.

— C'est une prison, répond Hadrien en claquant sa portière.

Il ne s'explique pas, il ne développe pas, et je n'ose pas lui demander ce qu'il veut dire. Il prend ma valise, la porte jusqu'au perron, et ouvre la porte d'entrée.

Le hall est immense, plongé dans une pénombre que les lustres en cristal ne parviennent pas à dissiper. Un escalier monumental monte vers les étages, ses marches de marbre blanc recouvertes d'un tapis rouge sang. Des portraits sont accrochés aux murs , des hommes en costume sévère, des femmes en robe à crinoline, des enfants au regard triste. La famille Delacroix, sans doute, depuis des générations. Leurs yeux me suivent tandis que je traverse le hall, et je ne peux pas me défaire de l'impression qu'ils me jugent.

— Votre chambre est au deuxième étage, dit Hadrien en me précédant dans l'escalier. Mon beau-frère Sébastien vous recevra demain matin. Pour ce soir, reposez-vous. Le dîner est à vingt heures précises. Ne soyez pas en retard.

— Je n'y manquerai pas.

Il s'arrête devant une porte au fond d'un couloir, l'ouvre, et dépose ma valise sur le seuil.

— La salle de bain est au bout du couloir. Il y a des serviettes dans l'armoire. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, adressez-vous à Mme Morel, la gouvernante.

— Merci.

Il ne répond pas, il me regarde une dernière fois, et il tourne les talons sans un mot de plus. J'écoute ses pas décroître dans le couloir, le bruit sourd de ses semelles sur le tapis rouge, et puis le silence retombe sur la maison comme un couvercle.

Je reste seule sur le seuil de ma chambre, le cœur battant, les mains moites, et je regarde la pièce qui sera la mienne désormais. Elle est vaste, trop vaste pour une seule personne, avec un lit à baldaquin tendu de rideaux de velours grenat, une armoire en acajou massif, un bureau en marqueterie, et une fenêtre qui donne sur le jardin. Les murs sont tapissés d'un papier peint à motifs floraux, fané par le temps, et une odeur de renfermé flotte dans l'air, comme si la pièce n'avait pas été ouverte depuis longtemps.

Je pose ma valise sur le lit, je m'assois à côté, et je regarde autour de moi sans rien voir. Cette maison est belle, luxueuse, confortable. Elle devrait me rassurer, me réconforter, me donner l'impression d'être en sécurité après des mois d'errance et de deuil.

Mais tout ce que je ressens, c'est une peur sourde, irrationnelle, qui me serre la gorge et qui me glace le ventre. Une peur que je ne comprends pas, que je ne m'explique pas, que je ne peux pas nommer.

Comme si la maison m'attendait. Comme si elle savait que j'allais venir, et qu'elle avait préparé mon arrivée depuis longtemps.

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