Se connecterIsadoraJe descends au salon en fin de matinée, après une nuit presque sans sommeil. La confession d'Hadrien résonne encore en moi, ses mots gravés dans ma mémoire comme des inscriptions sur une pierre tombale. Sébastien me fait chanter. Je suis un monstre. Je vous aime. J'ai passé des heures à tourner et retourner ces phrases dans ma tête, allongée dans mon lit, les yeux fixés sur le baldaquin qui se découpait dans l'obscurité. J'ai essayé de comprendre ce qu'elles impliquent, ce qu'elles changent, ce qu'elles rendent possible. Et ce matin, en me regardant dans le miroir de ma coiffeuse, je me suis sentie étrangement légère. Comme si un poids avait été soulevé de mes épaules. Comme si, pour la première fois depuis mon arrivée dans cette maison maudite, j'entrevoyais une issue, une porte de sortie, une lueur au bout du tunnel.Mais mon plan n'est pas terminé. Je ne peux pas m'arrêter maintenant. J'ai brisé Augustin , du moins, je le croyais. J'ai repoussé
IsadoraHadrien m'a fait appeler ce matin. Un domestique est venu frapper à ma porte à l'aube, au moment où les premiers rayons du soleil perçaient à travers les rideaux, m'annonçant que M. Hadrien souhaitait me voir dans la bibliothèque, de toute urgence. J'ai enfilé une robe simple, une robe de coton gris pâle que je portais souvent avant, quand j'étais encore la petite orpheline innocente qui ne savait rien de la noirceur du monde. J'ai relevé mes cheveux en un chignon rapide, sans fard, sans apprêt. Et je suis descendue, le cœur battant, sans savoir à quoi m'attendre.La bibliothèque est baignée de la lumière pâle de l'aube, une lumière grise et froide qui entre par les hautes fenêtres et projette des ombres allongées sur les rayonnages. Hadrien m'attend debout près de la cheminée, les bras croisés, le visage grave. Il n'est pas ivre, pour une fois. Il est sobre, calme, résolu. Il porte une chemise blanche immaculée, un gilet sombre, et ses cheveux no
Isadora Cyprien a changé. Depuis le matin de ma fugue, depuis qu'il est monté dans ce train et qu'il m'a suppliée de rester, depuis qu'il m'a avoué ses mensonges et ses manipulations, quelque chose s'est brisé en lui. Il n'est plus le poète fragile que j'ai soigné pendant sa maladie, le jeune homme timide qui me regardait avec des yeux pleins d'adoration. Il est devenu autre chose. Quelque chose de plus sombre, de plus intense, de plus inquiétant. Il sent que je lui échappe. Il le sent à la façon dont je le regarde, dont je lui parle, dont je m'éloigne de lui. Il a vu les marques sur mes poignets , les marques laissées par Hadrien et il a compris, sans que j'aie besoin de le lui dire. Il a vu le visage défait d'Augustin, et il a deviné ce qui s'était passé entre nous. Il a entendu les bruits, lui aussi, qui filtraient à travers les murs de la bibliothèque. Et chaque jour qui passe, il sent que je m'éloigne de lui, que je lui échappe, que
Je m'avance dans la pièce, lentement, en prenant soin de ne pas montrer de peur. Je sais que c'est ce qu'il attend — qu'il veut me voir trembler, fuir, le supplier. Mais je ne tremblerai pas. Je ne fuirai pas. Je ne supplierai pas. — Ce que j'ai fait ? Et qu'est-ce que j'ai fait, Hadrien ? Il se lève brusquement, et son fauteuil bascule en arrière avec un bruit sourd qui résonne dans la pièce. Il contourne le bureau, il s'approche de moi, et il me plaque contre la porte avec une violence qui me coupe le souffle. — Vous le savez très bien, ce que vous avez fait, grogne-t-il, le visage à quelques centimètres du mien. Je vous ai vue. Je vous ai vue monter dans sa chambre, la main dans la main, comme une catin. Je vous ai entendue , les murs de cette maison sont minces, Isadora, et ma chambre est juste au-dessus de la sienne. J'ai tout entendu. Vos gémissements, vos cris, vos soupirs. Chaque mot, chaque souffle, chaque râle.
Sa voix se brise sur les derniers mots, et je vois ses yeux se remplir de larmes. Augustin, le grand séducteur, le conquérant impénitent, le vainqueur de tous les duels, est en train de pleurer devant moi. Et je ne ressens rien. Ou presque rien. Juste une vague pitié, lointaine et impersonnelle, comme celle qu'on éprouve pour un animal blessé.— Il est trop tard pour les excuses, Augustin. Ce qui est fait est fait.— Je sais. Mais je veux que tu saches que je regrette. Je regrette tout ce que je t'ai fait. Et si je pouvais revenir en arrière, je le ferais. Je te traiterais différemment. Je serais doux, patient, respectueux. Je mériterais ton amour.— Mais tu ne l'as pas fait. Et maintenant, il est trop tard.Il hoche la tête, lentement, comme un condamné qui accepte sa sentence. Il serre la robe de velours contre lui, et je vois ses doigts trembler.— Je sais, murmure-t-il. Je le sais.Il baisse la tête, il serre la robe un
IsadoraCe que j'ai fait avec Augustin ne me hante pas. Je pensais que cela me hanterait — que je me sentirais sale, souillée, avilie, que je passerais la nuit à pleurer dans mon oreiller, que je regretterais amèrement de m'être ainsi compromise. Mais non. Je ne ressens rien. Rien qu'une satisfaction froide et amère, une satisfaction de vengeance assouvie qui coule dans mes veines comme un poison délicieux. Je me suis donnée à lui pour mieux le détruire, et j'ai réussi. Son visage défait, ses yeux écarquillés de stupeur, son sourire triomphant qui s'est effacé d'un seul coup , cette image restera gravée dans ma mémoire comme un trésor, comme une médaille de guerre.Mais mon plan ne s'arrête pas là. Augustin n'est que le premier. Il y a encore Cyprien, le manipulateur fragile qui se cache derrière des airs de poète incompris. Il y a encore Hadrien, le maître de maison prisonnier de ses fantômes et de ses secrets. Et il y a Sébastien, l'oncle mielleux qui t
IsadoraÀ vingt heures précises, je descends l'escalier, vêtue de ma plus belle robe , une robe en velours bleu nuit que ma mère m'a offerte pour mes dix-huit ans, trop élégante pour la campagne, trop modeste pour la ville. Mes cheveux sont relevés en un chignon lâche, mes joues sont légèrement pou
IsadoraLe train s'arrête dans un grincement de freins et un sifflement de vapeur qui déchire le silence de cette fin d'après-midi d'octobre. Je colle mon front à la vitre froide, et je regarde la ville qui s'étend devant moi, accrochée aux flancs d'une colline qui descend vers la mer. Une ville po
Je le guide en moi, lentement, très lentement, et il pousse un cri étouffé quand nos corps s'unissent. Je bouge doucement, à un rythme lent, presque immobile, et il s'agrippe à mes hanches avec des doigts tremblants. Ses yeux sont fermés, se
IsadoraLa pluie frappe contre les vitres avec une insistance désespérée, comme si la nuit elle-même cherchait à entrer dans ma chambre. Je suis allongée dans mon lit, les yeux grands ouverts dans l'obscurité, à éc







