LOGINMara
lendemain matin, je me réveillai doucement, bercée par la lumière du soleil qui filtrait à travers les rideaux. J’étais encore à moitié endormie, mais je me forçai à quitter le lit. Comme chaque jour, je me regardai longuement dans le miroir accroché à la vieille armoire. Mon reflet me semblait plus fatigué que d’habitude. J’avais les traits tirés, les cernes visibles. Je passai une main dans mes cheveux avant de soupirer. Allez, Mara, une nouvelle journée t’attend. Je pris une douche rapide, me laissant un instant envahir par la chaleur de l’eau, comme si elle pouvait laver toutes mes pensées sombres. Une fois propre, j’enfilai des vêtements confortables, rangeai un peu ma chambre — refaire le lit, remettre les chaussures à leur place, plier les vêtements qui traînaient — puis je descendis au salon. Tout le monde était déjà là. Mes cousines , leur mère lisait un journal en sirotant son café, et mon oncle regardait distraitement les infos à la télé. Je ne dis pas grand-chose, comme à mon habitude. Je pris rapidement mon petit déjeuner — une tasse de thé, deux tartines beurrées — tout en gardant un œil sur l’horloge. Je n’avais pas envie de rater le bus. Avant que je ne parte, ma tante me lança d’une voix autoritaire : — Mara, quand tu rentreras du travail, il faudra que tu repasses les chemises de ton oncle. Et n’oublie pas de nettoyer la terrasse, elle est pleine de feuilles. Je hochai la tête silencieusement. J’avais appris à ne pas répondre, ça ne servait à rien. Je quittai la maison quelques minutes plus tard. Une fois dehors, l’air frais me fit du bien. La rue était déjà animée, les enfants jouaient, les voitures passaient en klaxonnant, et quelques voisins discutaient devant leurs portails. J’arrivai au magasin pile à l’heure. — Salut Mara ! s’exclama Josh, mon collègue toujours souriant. — Hey ! répondit Annie, en rangeant des cartons près du comptoir. — Salut vous deux, répondis-je avec un petit sourire. On échangea quelques plaisanteries, des banalités de début de journée. Puis chacun se mit à ses tâches. Je passai les heures suivantes à trier les étagères, vérifier les stocks et encaisser quelques clients. C’était calme aujourd’hui, mais je préférais ça. Moins de monde, moins de stress. Vers la fin de la journée, je rangeai mes affaires dans mon sac à dos, dis au revoir à mes collègues et quittai le magasin. Sur le chemin du retour, je saluai les garçons du quartier qui traînaient près de la petite épicerie. Certains me lancèrent des sourires charmeurs, d'autres des regards insistants, mais je les ignorai poliment. J’étais trop fatiguée pour supporter leur humour déplacé. Une fois à la maison, je posai mes affaires, enfilai un tablier et me mis aux fourneaux. Je préparai un plat simple, mais copieux : du riz, une sauce aux haricots rouges et du poulet frit. L’odeur emplit rapidement la cuisine. Une fois le repas prêt, je fis la vaisselle et rangeai chaque ustensile à sa place, avant de nettoyer les surfaces de la cuisine. Ce n’est qu’une fois tout terminé que je montai dans ma chambre pour prendre une deuxième douche, histoire de me détendre. Je redescendis ensuite pour manger. La maison était plus calme que ce matin. J’allumai la télé, zappant de chaîne en chaîne sans vraiment regarder. Mon esprit vagabondait, comme souvent. Je pensais à mes parents. Encore. Comme chaque soir. Soudain, la porte d’entrée s’ouvrit avec fracas. Kelly et Inès venaient de rentrer, bruyantes comme à leur habitude. Elles parlaient fort, riaient, faisaient exprès de laisser traîner leurs sacs dans le couloir, comme si tout leur appartenait. Je poussai un soupir, éteignis la télé et me levai. — Tu fais la tête ? lança Kelly d’un ton moqueur. Je ne répondis pas. Je montai directement dans ma chambre sans me retourner. En atteignant les escaliers, j’entendis encore sa voix derrière moi : — T’es vraiment bizarre parfois, Mara. Je serrai les dents et montai les marches plus vite. Arrivée dans ma chambre, je fermai la porte à clé. Le silence. Enfin. Je m’approchai de la fenêtre et restai quelques secondes à contempler le ciel qui s'assombrissait. Une étoile brillait faiblement. Juste une. Je pensai à eux. À ma mère, à mon père. Pas un seul jour ne passait sans que leur absence ne me ronge de l’intérieur. Ils me manquaient. Terriblement. Je soufflai longuement, éteignis la lumière et m’allongeai. Je voulais dormir, mais le sommeil tardait à venir. Alors, comme souvent, j’attrapai mon téléphone. C'était Mariam, je souris un peu. Mariam- Ça va ma belle ? Moi - ça peut aller et pour toi ? Mariam -bien , t'as survécu à ta journée ? Moi - peine. J’ai fait le ménage de toute la cuisine ce soir. Mariam : T’es une vraie guerrière. On discuta ainsi quelques minutes. De tout, de rien. Elle me raconta une anecdote drôle de sa journée. Je ris doucement, oubliant un instant mes soucis. Mariam : Tu sais, j’ai rêvé de tes parents cette nuit… Je restai silencieuse un moment. Moi : Raconte. Mariam : Ils étaient là, souriants, comme si rien n’avait changé. Ta mère m’a même demandé si je veillais bien sur toi. Mes yeux se remplirent de larmes. Ce genre de phrase me touchait toujours plus que je ne l’admettais. Moi : Merci de me le dire. Mariam : Toujours là pour toi, ma belle. Après quelques derniers échanges, je posai enfin le téléphone sur ma table de nuit. Je fixai le plafond dans le noir, écoutant le silence. Le flashback quand j'étais petite avec mon père me revient en tête, on était à la rivière on pêchait des petits poissons on riait,on était tout heureux. Mais la vie en a décidé autrement. Maman, papa j'espère que vous me surveillez là haut. Puis, petit à petit, mes paupières se fermèrent. Et je m’endormis, le cœur un peu plus léger.Inès Mes genoux me brûlent encore. Chaque fois que je ferme les yeux, je revois le reflet de mon propre visage dans l'eau sale du seau, alors que Maria me surplombait avec ses chaussures à mille euros. L’odeur de l’eau de Javel semble s'être incrustée sous mes ongles, un rappel permanent de mon humiliation. Elle m'a tout pris : ma fierté, mon autorité dans cette maison, et même le respect de ma mère qui, maintenant, tremble dès qu'on prononce le nom de sa nièce. Je marche dans les rues de Marseille sans but précis, le regard vide. Je n'ai plus d'argent, plus de voiture, et mon nom ne vaut plus rien. Les créanciers de ma mère, sentant l'odeur du sang et la fin de notre protection, ont commencé à se montrer plus insistants. C’est arrivé au coin d'une ruelle sombre, près du Vieux-Port. Trois types, le genre de brutes que mon père employait autrefois, m'ont barré la route. — Alors, la petite princesse déchue ? Il paraît que ta maman nous doit trois mois d'intérêts, a ricané le plus g
Elias Le soir même, nous franchissons les portes de la galerie. À mon bras, Maria est une vision de puissance dans sa robe de soie. Julian s'avance, un sourire carnassier aux lèvres. — Elias. Maria. Quel plaisir de voir que le port n'a pas encore sombré sous votre... administration. — On ne sombre pas quand on sait diriger, Julian, rétorquai-je d'une voix glaciale. On s'élève. Tes tableaux sont jolis, mais ils manquent de relief. Un peu comme tes ambitions. Julian laisse échapper un petit rire, faisant tourner son verre. — Toujours aussi direct. Et Maria... impressionnante. Passer de l'ombre à la lumière d'un tel lustre, c'est un tour de force. Mais la lumière finit souvent par brûler ceux qui n'y sont pas nés. Maria ne cille pas. Elle le fixe avec un mépris souverain. — La lumière ne brûle que ceux qui ont des choses à cacher, Julian. Pour ma part, je n'ai jamais été aussi lucide. Le jeu de piques dure toute la soirée. Varga tente de nous diviser par des allusions subtiles. O
Maria Le soleil de la Côte d'Azur traverse les grandes baies vitrées de la salle à manger, découpant des rectangles de lumière dorée sur la nappe en lin blanc. C’est un matin paisible, du moins en apparence. Elias est assis en face de moi, parcourant les rapports financiers des docks tout en sirotant son café noir. Je me sens encore enveloppée par la douceur de la nuit passée, une sérénité nouvelle qui semble ancrée au plus profond de moi depuis que j’ai vu Inès s'effondrer. Le silence est rompu par l'entrée d'Anton. Il ne marche pas avec sa nonchalance habituelle ; son pas est militaire, son visage, une pierre taillée. Dans ses mains gantées, il tient un plateau d'argent sur lequel repose une enveloppe noire, épaisse, scellée d'une cire rouge sombre. — Patron. Madame. Ceci a été déposé à la grille il y a dix minutes. Par un homme en costume, dans une voiture que nous ne connaissons pas. Il a simplement dit que c'était pour "la Reine du port". Elias lève les yeux, ses sourcils se
JulianLe rapport était sur mon bureau, épais et détaillé. Chaque ligne était une fenêtre ouverte sur le passé de Maria, une révélation glaçante. Elle n'était pas juste une orpheline. Elle était une esclave moderne, brisée, humiliée par sa propre famille. La vengeance n'était pas un caprice pour elle ; c'était un besoin viscéral, le carburant qui la faisait avancer.— Alors, patron ? dit mon assistant, Dante, un homme loyal et efficace, mais qui manquait cruellement de mon flair pour le drame. Qu'est-ce qu'on fait de tout ça ? On la frappe avant qu'elle ne prenne trop de puissance ?Je levai les yeux de la pile de documents, un sourire lent et calculé étirant mes lèvres.— Non, Dante. On ne la frappe pas. On l'invite à dîner.Dante me regarda comme si j'avais perdu l'esprit.— L'inviter ? Le bras droit d'Elias ? C'est une folie ! Elle est dangereuse.— C'est justement ça qui la rend intéressante. Et elle n'est pas "le bras droit d'Elias". Elle est bien plus que ça. Elle est son œil, s
Maria La route vers la villa n’a jamais semblé aussi courte. À l’arrière de la berline, je regarde le paysage défiler, mais mon esprit est encore dans ce bureau, savourant l’image d’Inès s’enfuyant comme un rat pris au piège. Une satisfaction sourde, presque physique, pulse au rythme de mon cœur. Quand je franchis le seuil de la maison, l’atmosphère change. Ici, l’odeur du cuir, du tabac de luxe et du parfum boisé d’Elias remplace la froideur stérile des gratte-ciels. Je retire mes talons aiguilles, sentant le contact frais du marbre sous mes pieds fatigués. Je n'ai qu'une envie : tout oublier, le temps d'une soirée. Je trouve Elias sur la terrasse, face à la mer qui s'assombrit sous un ciel de velours étoilé. Il a retiré sa veste, les manches de sa chemise blanche sont retroussées sur ses avant-bras puissants. Il tient un verre de cristal à la main. En m'entendant approcher, il se tourne et son regard s’éclaire d'une lueur que lui seul possède pour moi. — Ma reine est de retour,
Tante Margot Le salon n'est plus ce qu'il était. La poussière semble s'accumuler plus vite que mon courage, et les rideaux de velours, autrefois symbole de notre prestige, sont désormais lourds d’une odeur de déclin que je m’efforce d’ignorer. Je siffle nerveusement mon thé, les yeux fixés sur l’horloge. Inès devrait être de retour. Si elle décroche ce poste chez E.M. Holdings, nous pourrons enfin éponger les dettes qui s'accumulent et faire taire ces créanciers qui osent nous appeler à l'heure du dîner. — Maman ! Tu as vu mon nouveau sac ? Je lève les yeux vers Kelly. Ma seconde fille entre dans la pièce avec cette démarche provocante qui me fait grincer des dents. Elle porte une robe en cuir synthétique si courte qu'on dirait une ceinture, et ses talons compensés claquent vulgairement sur le parquet. Son maquillage est trop lourd, ses cils sont des brosses à mascara, et elle dégage un parfum bon marché qui m'écœure. — Kelly, je t’ai déjà dit de ne pas t'habiller comme... comme






