LOGINCHAPITRE 4 : La Première Nuit
La porte de la salle à manger se referma dans un bruit sourd. Camila resta seule, assise à la table, les doigts encore crispés sur le bord de la nappe en dentelle. La pièce était silencieuse, presque irréelle. Les rayons du matin filtraient à travers les grands vitraux, projetant des taches de lumière colorée sur le sol de marbre.
Elle n'avait pas touché à son assiette. Les œufs brouillés, les fruits frais, le pain chaud... tout semblait appartenir à un autre monde, une vie qu'elle ne connaissait plus. Son estomac était noué, sa gorge serrée.
Elle se leva et quitta la salle à manger sans un regard en arrière. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle ne pouvait pas rester là. Les murs semblaient se refermer sur elle, les souvenirs de la conversation avec James tournant en boucle dans sa tête.
Ils ont fait disparaître tous les témoins. C'est pour ça que je suis revenu. Pour le venger.
Elle longea le couloir sans but, ses pas résonnant sur le sol de pierre. La demeure était immense, un labyrinthe de couloirs, de salons, de pièces oubliées. Elle passa devant une bibliothèque aux étagères ployant sous le poids des livres, une salle de musique avec un piano à queue recouvert de poussière, une petite chapelle privée dont les vitraux représentaient des saints aux regards accusateurs.
Chaque pas lui rappelait qu'elle était une intruse. Une prisonnière.
Elle s'arrêta devant une fenêtre donnant sur les jardins. Les arbres étaient couverts de givre, leurs branches nues se découpant contre le ciel gris. Elle aperçut deux gardes en train de faire le tour de la propriété, leur souffle formant des nuages de vapeur dans l'air froid.
Elle posa son front contre la vitre. La surface était glacée, mais elle avait besoin de cette sensation, de cette morsure du froid pour se rappeler qu'elle était encore vivante, encore elle-même.
— Tu vas attraper froid.
La voix la fit sursauter. Elle se retourna brusquement et se trouva face à face avec Térésa. La sœur de James était immobile dans l'embrasure de la porte, une tasse de thé à la main. Son regard gris était aussi impénétrable que la glace.
— Je suis bien comme ça, répondit Camila, la voix plus sèche qu'elle ne l'avait voulu.
Térésa haussa un sourcil, puis s'approcha lentement. Elle portait une robe en laine noire, ses cheveux blonds parfaitement coiffés. Elle avait l'air de sortir tout droit d'un magazine, mais ses yeux trahissaient une méfiance qui ne la quittait jamais.
— James m'a dit que tu avais accepté de collaborer.
— Je n'ai pas accepté. Je n'ai pas dit non.
Un sourire mince et acéré aux lèvres.
— Toujours la même, à ce que je vois. Tu aimes jouer avec les mots. Mais ici, les mots ne suffisent pas. Ici, les actes comptent.
Camila croisa les bras, défiant le regard de Térésa.
— Et toi, tu es la sœur protectrice ? La gardienne du temple ?
— Non. Je suis la seule personne qui voit James tel qu'il est vraiment. Pas à travers le prisme de vos souvenirs communs, pas à travers cette romance tragique que tu as construite dans ta tête. Moi, je vois l'homme qu'il est devenu. Et cet homme ne s'arrêtera devant rien pour obtenir ce qu'il veut.
— Même à me faire du mal ?
Térésa rit. Un rire bref, sans chaleur.
— À te faire du mal ? Ma chère Camila, si James voulait te faire du mal, tu serais déjà morte. Ce qu'il veut, c'est bien pire. Il veut la vérité. Et il est prêt à tout pour l'obtenir. Même à briser celle qu'il a aimée.
La phrase resta suspendue dans l'air comme une menace. Camila sentit un frisson glacé parcourir son échine, mais elle ne baissa pas les yeux.
— Alors laisse-nous, tous les deux. Je n'ai pas besoin de ta protection.
— Tu n'as pas le choix, Camila. Ici, personne n'a le choix.
Térésa tourna les talons et s'éloigna, sa robe noire ondulant derrière elle. Camila resta seule, les poings serrés, la colère montant en elle.
Elle détestait cette maison. Elle détestait cette famille. Et elle détestait surtout la façon dont James avait réussi à la déstabiliser en quelques phrases.
Elle retourna dans sa chambre, ferma la porte à clé, et s'effondra sur le lit. Les draps de soie l'enveloppèrent comme un cocon. Elle ferma les yeux, mais les images affluèrent.
Le passé. Leur passé.
Elle avait dix-neuf ans quand elle avait rencontré James. Un étudiant en droit, déjà marqué par une vie plus dure que la sienne. Elle l'avait vu dans un café, assis seul dans un coin, les doigts enroulés autour d'une tasse de café noir. Il ne souriait pas. Il regardait le monde avec une intensité qui l'avait immédiatement attirée.
Il lui avait parlé le premier. Une question banale, un prétexte, un sourire timide. Et elle était tombée. Tomber, c'était le mot juste. Comme dans un gouffre. La passion avait été immédiate, dévorante, presque sauvage.
Ils s'étaient aimés dans des chambres d'hôtel louées à l'heure, dans sa petite voiture, sur la plage au coucher du soleil. Il lui avait appris à lâcher prise, à vivre intensément, à ne pas avoir peur. Elle, elle lui avait montré qu'il pouvait être vulnérable, qu'il n'avait pas besoin de porter une armure tout le temps.
Puis il avait disparu.
Un matin, elle s'était réveillée, et il n'était pas là. Pas de message. Pas d'appel. Rien. Elle avait attendu. Un jour. Une semaine. Un mois. Puis elle avait compris qu'il ne reviendrait pas.
La douleur avait été si intense qu'elle avait cru en mourir. Elle avait arrêté de manger, de dormir, de vivre. Elle était devenue une ombre d'elle-même. Puis elle avait lentement reconstruit sa vie, brique par brique. Et maintenant, il réapparaissait, comme un fantôme venu hanter ses nuits.
Camila rouvrit les yeux et regarda le plafond, les larmes coulant silencieusement sur ses joues.
Pourquoi ? Pourquoi lui avait-il fait ça ? Pourquoi était-il parti sans un mot ?
Elle se tourna sur le côté, cherchant une position qui apaiserait le tumulte dans son cœur. Les heures passèrent. La lumière du jour déclina, remplacée par les ombres du soir.
Elle ne dormit pas. Elle ne pouvait pas.
Quand la nuit fut complètement tombée, elle se releva. Ses jambes étaient lourdes, son esprit embrumé. Elle s'approcha de la fenêtre et regarda dehors. Les jardins étaient baignés de clair de lune, une nappe d'argent sur les pelouses gelées.
Elle vit une silhouette. Une ombre noire qui traversait les jardins avec une grâce lente. Elle retint son souffle, l'observant. Elle reconnut James presque immédiatement. Il marchait seul, les mains dans les poches, le regard perdu vers les arbres.
Il s'arrêta. Il leva la tête, et leurs regards se croisèrent.
Même à distance, même dans l'obscurité, elle sentit le poids de ce regard. Il savait qu'elle le regardait. Elle aurait dû se reculer, se cacher. Mais elle resta là, immobile, comme hypnotisée.
Il leva une main, un geste lent, presque tendre. Puis il se détourna et disparut dans l'obscurité.
Camila resta figée, le cœur battant à tout rompre. Elle aurait voulu le haïr. Elle aurait voulu l'oublier. Mais elle savait, avec une certitude douloureuse, que ce n'était pas possible.
Elle retourna s'asseoir sur le lit, ses doigts traçant des motifs sur la soie des draps. Les questions affluaient, pressantes : qui était-il vraiment ? Que cachait-il derrière ses yeux sombres ? Et pourquoi, malgré tout, était-elle encore attirée par lui ?
Elle sentit ses larmes sécher sur ses joues, remplacées par une détermination froide.
Elle allait découvrir la vérité. Même si cela signifiait se rapprocher de l'homme qui l'avait brisée.
Elle allait le confronter, l'interroger, lui arracher ses secrets.
Mais elle savait aussi que chaque instant passé près de lui raviverait la flamme qu'elle avait si soigneusement éteinte.
La première nuit dans cette demeure était terminée. Mais les nuits à venir seraient bien plus dangereuses.
Car James n'était pas seulement son ravisseur.
Il était aussi l'homme qu'elle n'avait jamais cessé d'aimer.
CHAPITRE 5 : L'InterrogatoireCamila n'avait pas dormi. Elle avait passé la nuit à fixer le plafond, à revivre chaque seconde de sa conversation avec James, à analyser chaque mot, chaque regard, chaque silence. Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent assise sur le bord du lit, les yeux rouges, le corps engourdi par l'épuisement.Elle s'habilla mécaniquement. Les vêtements étaient trop grands, trop luxueux pour elle. Une chemise en soie blanche, un pantalon noir qui glissait sur ses hanches. Elle se regarda dans le miroir de la salle de bain et ne reconnut pas la femme qui la regardait. Les traits tirés, les cernes creusés, les lèvres pincées.Elle était prête.À huit heures précises, un garde frappa à sa porte. Pas Térésa, cette fois. Un homme grand, silencieux, dont le visage n'exprimait rien. Il la conduisit à travers les couloirs labyrinthiques jusqu'à une lourde porte de chêne.— Il vous attend, dit-il en s'effaçant.Camila entra.Le bureau de James était baigné d'une lumière
CHAPITRE 4 : La Première NuitLa porte de la salle à manger se referma dans un bruit sourd. Camila resta seule, assise à la table, les doigts encore crispés sur le bord de la nappe en dentelle. La pièce était silencieuse, presque irréelle. Les rayons du matin filtraient à travers les grands vitraux, projetant des taches de lumière colorée sur le sol de marbre.Elle n'avait pas touché à son assiette. Les œufs brouillés, les fruits frais, le pain chaud... tout semblait appartenir à un autre monde, une vie qu'elle ne connaissait plus. Son estomac était noué, sa gorge serrée.Elle se leva et quitta la salle à manger sans un regard en arrière. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle ne pouvait pas rester là. Les murs semblaient se refermer sur elle, les souvenirs de la conversation avec James tournant en boucle dans sa tête.Ils ont fait disparaître tous les témoins. C'est pour ça que je suis revenu. Pour le venger.Elle longea le couloir sans but, ses pas résonnant sur le sol de pier
CHAPITRE 3 : La RévélationCamila resta figée sur le seuil, les doigts encore crispés sur le chambranle de la porte. Le sourire de Toni s'élargit, comme s'il trouvait amusant de la voir ainsi déstabilisée. Elle n'avait pas envie de jouer à ses jeux.— Où est James ? demanda-t-elle, la voix plus ferme qu'elle ne le pensait.— Il arrive. Il voulait que je vous tienne compagnie en attendant. Une petite mise en bouche, si j'ose dire.Elle le fusilla du regard. Jamais elle ne s'était sentie autant traitée comme un objet.— Je n'ai rien à vous dire.— Oh, mais vous vous trompez. Vous avez tout à dire. Et c'est justement ce qui nous intéresse.Avant qu'elle puisse répondre, un bruit de pas résonna dans le couloir. Lourd. Mesuré. Camila reconnut cette démarche avant même de voir apparaître son propriétaire. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.James entra dans la salle à manger comme un roi dans sa cour. Il était vêtu d'une chemise sombre, les manches retroussées sur des avant-bras musclés,
CHAPITRE 2 : La DemeureLa porte claqua, et le silence s'abattit sur Camila comme une chape de plomb.Elle resta immobile sur la chaise, les doigts encore crispés sur l'accoudoir, le souffle court. James avait disparu. Il avait prononcé son nom, l'avait touchée, puis il était parti. Comme s'il n'avait fait que passer. Comme si tout cela n'était qu'une formalité pour lui.Mais pour elle, c'était un séisme.Elle se leva, les jambes tremblantes. La pièce tournait légèrement autour d'elle, et elle dut s'appuyer au bord du bureau pour ne pas tomber. Le bois était froid sous ses doigts. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Une fois. Deux fois.James.Le nom résonnait dans sa tête comme une cloche fêlée. Elle l'avait aimé. Éperdument. Si intensément qu'elle avait cru en mourir quand il avait disparu. Un jour, il était là, ses bras autour d'elle, ses baisers sur sa peau. Le lendemain, plus rien. Pas de message, pas d'appel, pas d'adieu. Elle avait passé des mois à l'attendre, à guette
CHAPITRE 1 : La Nuit où tout basculeLa nuit était froide, mais Camila ne le sentait pas. Elle marchait d'un pas rapide, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le regard fixé sur le trottoir dégradé. Le quartier était calme, trop calme pour une ville comme celle-ci. D'habitude, elle prenait sa voiture, mais le moteur avait rendu l'âme et le garagiste n'aurait pas de pièce avant trois jours. Elle n'avait pas le choix. Et puis, c'était à dix minutes à pied. Dix minutes. Rien de plus.Ses pensées vagabondaient entre le dossier qu'elle n'avait pas fini de traiter et le frigo vide qui l'attendait chez elle. Elle ne pensait plus à lui, pas vraiment. Plus depuis longtemps. Pourtant, ce soir, une inexplicable impression de solitude pesait sur ses épaules, plus lourde que d'habitude.La première chose qu'elle remarqua, ce fut la lumière du lampadaire qui vacillait. Une seconde. Deux secondes. Puis elle s'éteignit complètement. L'obscurité tomba sur la rue comme un rideau de velour







