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Chapitre 5

last update publish date: 2026-09-06 19:40:34

CHAPITRE 5 : L'Interrogatoire

Camila n'avait pas dormi. Elle avait passé la nuit à fixer le plafond, à revivre chaque seconde de sa conversation avec James, à analyser chaque mot, chaque regard, chaque silence. Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent assise sur le bord du lit, les yeux rouges, le corps engourdi par l'épuisement.

Elle s'habilla mécaniquement. Les vêtements étaient trop grands, trop luxueux pour elle. Une chemise en soie blanche, un pantalon noir qui glissait sur ses hanches. Elle se regarda dans le miroir de la salle de bain et ne reconnut pas la femme qui la regardait. Les traits tirés, les cernes creusés, les lèvres pincées.

Elle était prête.

À huit heures précises, un garde frappa à sa porte. Pas Térésa, cette fois. Un homme grand, silencieux, dont le visage n'exprimait rien. Il la conduisit à travers les couloirs labyrinthiques jusqu'à une lourde porte de chêne.

— Il vous attend, dit-il en s'effaçant.

Camila entra.

Le bureau de James était baigné d'une lumière froide. Les volets étaient entrouverts, laissant entrer un filet de jour gris. Il était assis derrière son bureau, ses doigts croisés devant lui. Il portait une veste noire, une chemise blanche ouverte au col. Il avait l'air d'avoir passé une nuit aussi mauvaise qu'elle.

Elle s'arrêta devant le bureau, refusant de s'asseoir.

— Tu veux que je te parle. Alors parle-moi.

Un sourire fugace traversa ses lèvres. Pas un sourire d'amusement, plutôt un sourire de reconnaissance. Comme s'il s'attendait exactement à cette attitude.

— Assieds-toi, Camila.

— Non.

— Tu es plus à l'aise debout ?

— Je suis plus à l'aise quand je ne te suis pas.

Il inclina la tête, les yeux plissés. Il la regarda comme on regarde un problème fascinant.

— Très bien. Reste debout. Mais écoute ce que j'ai à te dire.

Il ouvrit un tiroir et en sortit une liasse de papiers. Des photos, des documents, des rapports. Il les étala sur le bureau devant elle.

— Regarde.

Camila s'approcha, malgré elle. Ses yeux parcoururent les documents. Des relevés bancaires. Des contrats. Des photographies de son père en train de rencontrer des hommes qu'elle ne connaissait pas. Une date. Plusieurs dates. Trois mois avant sa mort.

— Qu'est-ce que c'est que ça ?

— C'est ce que ton père a caché, Camila. Des transactions. Des accords. Des promesses. Ta famille était impliquée dans quelque chose de beaucoup plus grand que toi.

Elle leva les yeux vers lui.

— Et toi ? Tu es impliqué dans quoi, James ?

Il la regarda, un long silence. Elle voyait le conflit dans ses yeux, la lutte entre la méfiance et le désir de se confier.

— Mon père et le tien étaient associés. Pas officiellement. Mais ils faisaient des affaires ensemble. Des affaires douteuses. De l'argent sale, des politiciens achetés, des décisions de justice truquées. Ton père était le cerveau, le mien le bras droit.

Camila sentit son estomac se nouer.

— Ce n'est pas vrai.

— C'est vrai. Ton père était un homme puissant. Mais il voulait se retirer. Il avait peur. Quelqu'un le menaçait. Il est venu voir mon père, il lui a dit qu'il voulait tout arrêter.

— Et qu'est-ce que ton père a fait ?

Les yeux de James s'assombrirent. Il détourna le regard.

— Il a accepté. Il avait aussi des choses à se reprocher. Il voulait se racheter. Alors il a proposé de le protéger, de témoigner contre les autres, de tout faire éclater. Mais quelqu'un a découvert leur plan. Et ils sont morts. Le même jour. Le même soir. Ensemble.

Camila secoua la tête, refusant de croire ce qu'elle entendait.

— C'était un accident. Tout le monde a dit que c'était un accident. La voiture de mon père a fait une sortie de route, il a perdu le contrôle...

— La voiture de ton père a été sabotée. Et mon père est mort dans l'incendie de sa propre maison, la même nuit. On a fait croire à des accidents, mais c'était des meurtres. Des assassinats pour faire taire les témoins.

Elle posa ses mains sur le bord du bureau pour ne pas tomber. Ses doigts tremblaient.

— Qui ?

— Je ne sais pas. Pas encore. Mais je vais le découvrir. Et pour ça, j'ai besoin de toi.

Camila le regarda, cherchant dans ses yeux une preuve de mensonge, une faille. Elle n'en trouva pas.

— Pourquoi moi ? Je ne sais rien de tout ça. Mon père ne m'a jamais rien dit.

— Peut-être pas volontairement. Mais tu as vécu avec lui. Tu as entendu des conversations, vu des hommes, reçu des appels. Des choses qui te semblaient normales à l'époque, mais qui ne le sont pas.

Elle se souvint. Les appels tard dans la nuit. Les réunions à la maison. La façon dont son père verrouillait la porte de son bureau quand il recevait certains visiteurs. Le regard furtif qu'il jetait par-dessus son épaule avant de sortir.

— Il était toujours inquiet, murmura-t-elle. Il faisait des cauchemars. Il se réveillait en hurlant.

— Il avait peur, Camila. Et il avait raison d'avoir peur. Parce que quelqu'un le surveillait. Et quelqu'un d'autre continue de te surveiller, toi.

Elle releva la tête, une lueur de peur dans les yeux.

— C'est pour ça que tu m'as enlevée ?

— C'est pour ça que je te protège.

Il se leva et contourna le bureau. Il s'arrêta devant elle, si proche qu'elle sentait la chaleur de son corps. Il posa une main sur son épaule, un geste presque tendre.

— Tu n'es pas en sécurité là où tu étais, Camila. Ta famille, tes proches... certains sont impliqués. D'autres le savent et se taisent. Je ne voulais pas que tu tombes entre leurs mains.

Elle leva les yeux vers lui. Elle aurait dû avoir peur. Elle aurait dû le repousser. Mais elle restait immobile, prisonnière de son regard.

— Et toi, James ? Est-ce que je peux te faire confiance ?

Il la regarda longuement. Ses doigts s'enfoncèrent dans son épaule, plus fermement.

— Non. Tu ne devrais pas. Mais je suis le seul à pouvoir te protéger.

Elle sentit une larme rouler sur sa joue. Elle ne savait même pas quand elle avait commencé à pleurer.

— Pourquoi es-tu parti ? murmura-t-elle. Pourquoi m'as-tu abandonnée ?

Il ferma les yeux un instant. Quand il les rouvrit, ils étaient brillants d'émotion.

— Parce que je devais te protéger, Camila. Parce que si je restais, j'aurais mis ta vie en danger. Je suis un homme dangereux, avec des ennemis. Je ne voulais pas que tu sois entraînée là-dedans.

— Et maintenant ?

— Maintenant, tu es déjà dedans. Et je vais devoir vivre avec ça.

Il retira sa main et recula d'un pas. La distance entre eux était redevenue ce qu'elle avait toujours été : trop petite pour se détester, trop grande pour s'aimer.

Camila essuya ses larmes du revers de la main.

— Alors dis-moi ce que tu veux savoir.

James inclina la tête, un sourire triste au coin des lèvres.

— Tout. Rien. Ce que tu te rappelles. Les visages, les noms, les lieux. Tout peut être un indice.

Elle réfléchit longtemps. Les souvenirs affluaient, chaotiques, flous.

— Il y avait un homme, dit-elle lentement. Un homme qui venait souvent, le soir. Grand, avec une cicatrice sur la joue. Mon père l'appelait... Poté.

Le visage de James se durcit.

— Poté.

— Tu le connais ?

— Il travaille pour moi. Il fait partie de ma sécurité.

Camila sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.

— Il était là, ce soir-là. La veille de la mort de mon père. Ils se sont disputés.

— De quoi ?

— Je ne sais pas. J'ai juste entendu les cris. Je me suis cachée. Puis mon père est sorti de son bureau, il était livide. Il m'a dit de ne rien dire, de ne raconter à personne ce que j'avais entendu. Le lendemain, il était mort.

James se tourna vers la fenêtre, les mâchoires serrées.

— Poté a tué ton père.

— Ou quelqu'un d'autre. Mais Poté était là.

— Pourquoi ne me l'as-tu pas dit tout de suite ?

Camila le regarda, déchirée entre la peur et le besoin de comprendre.

— Parce que je ne savais pas qui tu étais, James. Et parce que j'avais peur. Peur que tu sois encore un mensonge.

Il se retourna, et ses yeux étaient plus sombres que jamais.

— Je ne suis plus un mensonge, Camila. Mais je vais bientôt te prouver que je suis peut-être pire.

Elle soutint son regard, sentant le poids de leurs secrets communs.

— Alors prouve-le-moi.

Il s'approcha d'elle, si près que leurs souffles se mêlaient.

— Je vais le faire. Et quand tu auras vu tout ce que je suis capable de faire, tu pourras décider si tu veux encore m'aimer.

Il sortit, la laissant seule avec ses doutes, ses peurs et ce terrible constat : elle l'aimait encore, malgré tout.

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