LOGINCHAPITRE 5 : L'Interrogatoire
Camila n'avait pas dormi. Elle avait passé la nuit à fixer le plafond, à revivre chaque seconde de sa conversation avec James, à analyser chaque mot, chaque regard, chaque silence. Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent assise sur le bord du lit, les yeux rouges, le corps engourdi par l'épuisement.
Elle s'habilla mécaniquement. Les vêtements étaient trop grands, trop luxueux pour elle. Une chemise en soie blanche, un pantalon noir qui glissait sur ses hanches. Elle se regarda dans le miroir de la salle de bain et ne reconnut pas la femme qui la regardait. Les traits tirés, les cernes creusés, les lèvres pincées.
Elle était prête.
À huit heures précises, un garde frappa à sa porte. Pas Térésa, cette fois. Un homme grand, silencieux, dont le visage n'exprimait rien. Il la conduisit à travers les couloirs labyrinthiques jusqu'à une lourde porte de chêne.
— Il vous attend, dit-il en s'effaçant.
Camila entra.
Le bureau de James était baigné d'une lumière froide. Les volets étaient entrouverts, laissant entrer un filet de jour gris. Il était assis derrière son bureau, ses doigts croisés devant lui. Il portait une veste noire, une chemise blanche ouverte au col. Il avait l'air d'avoir passé une nuit aussi mauvaise qu'elle.
Elle s'arrêta devant le bureau, refusant de s'asseoir.
— Tu veux que je te parle. Alors parle-moi.
Un sourire fugace traversa ses lèvres. Pas un sourire d'amusement, plutôt un sourire de reconnaissance. Comme s'il s'attendait exactement à cette attitude.
— Assieds-toi, Camila.
— Non.
— Tu es plus à l'aise debout ?
— Je suis plus à l'aise quand je ne te suis pas.
Il inclina la tête, les yeux plissés. Il la regarda comme on regarde un problème fascinant.
— Très bien. Reste debout. Mais écoute ce que j'ai à te dire.
Il ouvrit un tiroir et en sortit une liasse de papiers. Des photos, des documents, des rapports. Il les étala sur le bureau devant elle.
— Regarde.
Camila s'approcha, malgré elle. Ses yeux parcoururent les documents. Des relevés bancaires. Des contrats. Des photographies de son père en train de rencontrer des hommes qu'elle ne connaissait pas. Une date. Plusieurs dates. Trois mois avant sa mort.
— Qu'est-ce que c'est que ça ?
— C'est ce que ton père a caché, Camila. Des transactions. Des accords. Des promesses. Ta famille était impliquée dans quelque chose de beaucoup plus grand que toi.
Elle leva les yeux vers lui.
— Et toi ? Tu es impliqué dans quoi, James ?
Il la regarda, un long silence. Elle voyait le conflit dans ses yeux, la lutte entre la méfiance et le désir de se confier.
— Mon père et le tien étaient associés. Pas officiellement. Mais ils faisaient des affaires ensemble. Des affaires douteuses. De l'argent sale, des politiciens achetés, des décisions de justice truquées. Ton père était le cerveau, le mien le bras droit.
Camila sentit son estomac se nouer.
— Ce n'est pas vrai.
— C'est vrai. Ton père était un homme puissant. Mais il voulait se retirer. Il avait peur. Quelqu'un le menaçait. Il est venu voir mon père, il lui a dit qu'il voulait tout arrêter.
— Et qu'est-ce que ton père a fait ?
Les yeux de James s'assombrirent. Il détourna le regard.
— Il a accepté. Il avait aussi des choses à se reprocher. Il voulait se racheter. Alors il a proposé de le protéger, de témoigner contre les autres, de tout faire éclater. Mais quelqu'un a découvert leur plan. Et ils sont morts. Le même jour. Le même soir. Ensemble.
Camila secoua la tête, refusant de croire ce qu'elle entendait.
— C'était un accident. Tout le monde a dit que c'était un accident. La voiture de mon père a fait une sortie de route, il a perdu le contrôle...
— La voiture de ton père a été sabotée. Et mon père est mort dans l'incendie de sa propre maison, la même nuit. On a fait croire à des accidents, mais c'était des meurtres. Des assassinats pour faire taire les témoins.
Elle posa ses mains sur le bord du bureau pour ne pas tomber. Ses doigts tremblaient.
— Qui ?
— Je ne sais pas. Pas encore. Mais je vais le découvrir. Et pour ça, j'ai besoin de toi.
Camila le regarda, cherchant dans ses yeux une preuve de mensonge, une faille. Elle n'en trouva pas.
— Pourquoi moi ? Je ne sais rien de tout ça. Mon père ne m'a jamais rien dit.
— Peut-être pas volontairement. Mais tu as vécu avec lui. Tu as entendu des conversations, vu des hommes, reçu des appels. Des choses qui te semblaient normales à l'époque, mais qui ne le sont pas.
Elle se souvint. Les appels tard dans la nuit. Les réunions à la maison. La façon dont son père verrouillait la porte de son bureau quand il recevait certains visiteurs. Le regard furtif qu'il jetait par-dessus son épaule avant de sortir.
— Il était toujours inquiet, murmura-t-elle. Il faisait des cauchemars. Il se réveillait en hurlant.
— Il avait peur, Camila. Et il avait raison d'avoir peur. Parce que quelqu'un le surveillait. Et quelqu'un d'autre continue de te surveiller, toi.
Elle releva la tête, une lueur de peur dans les yeux.
— C'est pour ça que tu m'as enlevée ?
— C'est pour ça que je te protège.
Il se leva et contourna le bureau. Il s'arrêta devant elle, si proche qu'elle sentait la chaleur de son corps. Il posa une main sur son épaule, un geste presque tendre.
— Tu n'es pas en sécurité là où tu étais, Camila. Ta famille, tes proches... certains sont impliqués. D'autres le savent et se taisent. Je ne voulais pas que tu tombes entre leurs mains.
Elle leva les yeux vers lui. Elle aurait dû avoir peur. Elle aurait dû le repousser. Mais elle restait immobile, prisonnière de son regard.
— Et toi, James ? Est-ce que je peux te faire confiance ?
Il la regarda longuement. Ses doigts s'enfoncèrent dans son épaule, plus fermement.
— Non. Tu ne devrais pas. Mais je suis le seul à pouvoir te protéger.
Elle sentit une larme rouler sur sa joue. Elle ne savait même pas quand elle avait commencé à pleurer.
— Pourquoi es-tu parti ? murmura-t-elle. Pourquoi m'as-tu abandonnée ?
Il ferma les yeux un instant. Quand il les rouvrit, ils étaient brillants d'émotion.
— Parce que je devais te protéger, Camila. Parce que si je restais, j'aurais mis ta vie en danger. Je suis un homme dangereux, avec des ennemis. Je ne voulais pas que tu sois entraînée là-dedans.
— Et maintenant ?
— Maintenant, tu es déjà dedans. Et je vais devoir vivre avec ça.
Il retira sa main et recula d'un pas. La distance entre eux était redevenue ce qu'elle avait toujours été : trop petite pour se détester, trop grande pour s'aimer.
Camila essuya ses larmes du revers de la main.
— Alors dis-moi ce que tu veux savoir.
James inclina la tête, un sourire triste au coin des lèvres.
— Tout. Rien. Ce que tu te rappelles. Les visages, les noms, les lieux. Tout peut être un indice.
Elle réfléchit longtemps. Les souvenirs affluaient, chaotiques, flous.
— Il y avait un homme, dit-elle lentement. Un homme qui venait souvent, le soir. Grand, avec une cicatrice sur la joue. Mon père l'appelait... Poté.
Le visage de James se durcit.
— Poté.
— Tu le connais ?
— Il travaille pour moi. Il fait partie de ma sécurité.
Camila sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine.
— Il était là, ce soir-là. La veille de la mort de mon père. Ils se sont disputés.
— De quoi ?
— Je ne sais pas. J'ai juste entendu les cris. Je me suis cachée. Puis mon père est sorti de son bureau, il était livide. Il m'a dit de ne rien dire, de ne raconter à personne ce que j'avais entendu. Le lendemain, il était mort.
James se tourna vers la fenêtre, les mâchoires serrées.
— Poté a tué ton père.
— Ou quelqu'un d'autre. Mais Poté était là.
— Pourquoi ne me l'as-tu pas dit tout de suite ?
Camila le regarda, déchirée entre la peur et le besoin de comprendre.
— Parce que je ne savais pas qui tu étais, James. Et parce que j'avais peur. Peur que tu sois encore un mensonge.
Il se retourna, et ses yeux étaient plus sombres que jamais.
— Je ne suis plus un mensonge, Camila. Mais je vais bientôt te prouver que je suis peut-être pire.
Elle soutint son regard, sentant le poids de leurs secrets communs.
— Alors prouve-le-moi.
Il s'approcha d'elle, si près que leurs souffles se mêlaient.
— Je vais le faire. Et quand tu auras vu tout ce que je suis capable de faire, tu pourras décider si tu veux encore m'aimer.
Il sortit, la laissant seule avec ses doutes, ses peurs et ce terrible constat : elle l'aimait encore, malgré tout.
CHAPITRE 5 : L'InterrogatoireCamila n'avait pas dormi. Elle avait passé la nuit à fixer le plafond, à revivre chaque seconde de sa conversation avec James, à analyser chaque mot, chaque regard, chaque silence. Les premières lueurs de l'aube la trouvèrent assise sur le bord du lit, les yeux rouges, le corps engourdi par l'épuisement.Elle s'habilla mécaniquement. Les vêtements étaient trop grands, trop luxueux pour elle. Une chemise en soie blanche, un pantalon noir qui glissait sur ses hanches. Elle se regarda dans le miroir de la salle de bain et ne reconnut pas la femme qui la regardait. Les traits tirés, les cernes creusés, les lèvres pincées.Elle était prête.À huit heures précises, un garde frappa à sa porte. Pas Térésa, cette fois. Un homme grand, silencieux, dont le visage n'exprimait rien. Il la conduisit à travers les couloirs labyrinthiques jusqu'à une lourde porte de chêne.— Il vous attend, dit-il en s'effaçant.Camila entra.Le bureau de James était baigné d'une lumière
CHAPITRE 4 : La Première NuitLa porte de la salle à manger se referma dans un bruit sourd. Camila resta seule, assise à la table, les doigts encore crispés sur le bord de la nappe en dentelle. La pièce était silencieuse, presque irréelle. Les rayons du matin filtraient à travers les grands vitraux, projetant des taches de lumière colorée sur le sol de marbre.Elle n'avait pas touché à son assiette. Les œufs brouillés, les fruits frais, le pain chaud... tout semblait appartenir à un autre monde, une vie qu'elle ne connaissait plus. Son estomac était noué, sa gorge serrée.Elle se leva et quitta la salle à manger sans un regard en arrière. Elle ne savait pas où elle allait, mais elle ne pouvait pas rester là. Les murs semblaient se refermer sur elle, les souvenirs de la conversation avec James tournant en boucle dans sa tête.Ils ont fait disparaître tous les témoins. C'est pour ça que je suis revenu. Pour le venger.Elle longea le couloir sans but, ses pas résonnant sur le sol de pier
CHAPITRE 3 : La RévélationCamila resta figée sur le seuil, les doigts encore crispés sur le chambranle de la porte. Le sourire de Toni s'élargit, comme s'il trouvait amusant de la voir ainsi déstabilisée. Elle n'avait pas envie de jouer à ses jeux.— Où est James ? demanda-t-elle, la voix plus ferme qu'elle ne le pensait.— Il arrive. Il voulait que je vous tienne compagnie en attendant. Une petite mise en bouche, si j'ose dire.Elle le fusilla du regard. Jamais elle ne s'était sentie autant traitée comme un objet.— Je n'ai rien à vous dire.— Oh, mais vous vous trompez. Vous avez tout à dire. Et c'est justement ce qui nous intéresse.Avant qu'elle puisse répondre, un bruit de pas résonna dans le couloir. Lourd. Mesuré. Camila reconnut cette démarche avant même de voir apparaître son propriétaire. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.James entra dans la salle à manger comme un roi dans sa cour. Il était vêtu d'une chemise sombre, les manches retroussées sur des avant-bras musclés,
CHAPITRE 2 : La DemeureLa porte claqua, et le silence s'abattit sur Camila comme une chape de plomb.Elle resta immobile sur la chaise, les doigts encore crispés sur l'accoudoir, le souffle court. James avait disparu. Il avait prononcé son nom, l'avait touchée, puis il était parti. Comme s'il n'avait fait que passer. Comme si tout cela n'était qu'une formalité pour lui.Mais pour elle, c'était un séisme.Elle se leva, les jambes tremblantes. La pièce tournait légèrement autour d'elle, et elle dut s'appuyer au bord du bureau pour ne pas tomber. Le bois était froid sous ses doigts. Elle ferma les yeux et inspira profondément. Une fois. Deux fois.James.Le nom résonnait dans sa tête comme une cloche fêlée. Elle l'avait aimé. Éperdument. Si intensément qu'elle avait cru en mourir quand il avait disparu. Un jour, il était là, ses bras autour d'elle, ses baisers sur sa peau. Le lendemain, plus rien. Pas de message, pas d'appel, pas d'adieu. Elle avait passé des mois à l'attendre, à guette
CHAPITRE 1 : La Nuit où tout basculeLa nuit était froide, mais Camila ne le sentait pas. Elle marchait d'un pas rapide, les mains enfoncées dans les poches de son manteau, le regard fixé sur le trottoir dégradé. Le quartier était calme, trop calme pour une ville comme celle-ci. D'habitude, elle prenait sa voiture, mais le moteur avait rendu l'âme et le garagiste n'aurait pas de pièce avant trois jours. Elle n'avait pas le choix. Et puis, c'était à dix minutes à pied. Dix minutes. Rien de plus.Ses pensées vagabondaient entre le dossier qu'elle n'avait pas fini de traiter et le frigo vide qui l'attendait chez elle. Elle ne pensait plus à lui, pas vraiment. Plus depuis longtemps. Pourtant, ce soir, une inexplicable impression de solitude pesait sur ses épaules, plus lourde que d'habitude.La première chose qu'elle remarqua, ce fut la lumière du lampadaire qui vacillait. Une seconde. Deux secondes. Puis elle s'éteignit complètement. L'obscurité tomba sur la rue comme un rideau de velour







