LOGINCHAPITRE 3 : La Révélation
Camila resta figée sur le seuil, les doigts encore crispés sur le chambranle de la porte. Le sourire de Toni s'élargit, comme s'il trouvait amusant de la voir ainsi déstabilisée. Elle n'avait pas envie de jouer à ses jeux.
— Où est James ? demanda-t-elle, la voix plus ferme qu'elle ne le pensait.
— Il arrive. Il voulait que je vous tienne compagnie en attendant. Une petite mise en bouche, si j'ose dire.
Elle le fusilla du regard. Jamais elle ne s'était sentie autant traitée comme un objet.
— Je n'ai rien à vous dire.
— Oh, mais vous vous trompez. Vous avez tout à dire. Et c'est justement ce qui nous intéresse.
Avant qu'elle puisse répondre, un bruit de pas résonna dans le couloir. Lourd. Mesuré. Camila reconnut cette démarche avant même de voir apparaître son propriétaire. Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
James entra dans la salle à manger comme un roi dans sa cour. Il était vêtu d'une chemise sombre, les manches retroussées sur des avant-bras musclés, une cicatrice blanche courant sur l'un d'eux. Ses cheveux étaient légèrement en désordre, comme s'il avait passé la nuit à travailler. La colère et la fatigue se lisaient sur son visage.
Son regard trouva immédiatement Camila. Elle sentit le poids de ce regard comme une caresse brutale, une pression sur sa poitrine. Il la dévora des yeux, notant chaque détail : la chemise de nuit remplacée par un pantalon et une chemise trop grands, ses cheveux encore humides, les cernes sous ses yeux.
— Assieds-toi, dit-il sans préambule, en désignant la chaise en face de lui.
Elle ne bougea pas.
— Non.
Les sourcils de James se levèrent à peine. Toni émit un petit rire nerveux.
— Je vois que tu n'as pas changé, murmura James. Toujours aussi têtue.
— Et toi, toujours aussi manipulateur.
Il la regarda fixement pendant un long moment. Le silence s'installa, chargé de tension. Puis il fit un geste vers la chaise.
— Ce n'est pas une demande, Camila.
— Ce n'est pas une invitation, James. Tu m'as enlevée. Tu m'as fait mal. Et maintenant tu veux que je m'assoie tranquillement pour prendre mon petit-déjeuner ? Tu es plus fou que je ne le pensais.
Elle s'attendait à de la colère. À une réaction violente, peut-être. Mais James resta calme. Trop calme. Il s'assit lui-même, prenant une gorgée de café noir avant de la regarder de nouveau.
— Très bien. Reste debout. Mais écoute-moi.
Il posa sa tasse et se pencha en avant, les coudes sur la table.
— Je ne t'ai pas enlevée pour me venger de toi, Camila. Si c'était le cas, tu serais dans une cave, pas dans une suite.
— Alors pourquoi ?
Il la regarda longuement. Ses yeux bleu sombre parcoururent son visage comme s'il cherchait quelque chose, une vérité qui se cachait derrière ses mots.
— Parce que tu es la seule personne capable de m'aider à comprendre ce qui s'est réellement passé.
Camila resta figée. Elle sentit le papier froissé dans sa poche, le document qu'elle avait volé. La date. La mort de son père.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
James se leva et contourna la table. Il s'arrêta à un mètre d'elle, la distance précise entre l'intimité et la menace. Il était si proche qu'elle pouvait voir les cils sombres qui ombrageaient ses yeux, le grain de sa peau, la cicatrice qui traversait sa lèvre inférieure.
— Ton père n'est pas mort dans un accident, Camila.
Le souffle de Camila s'arrêta. Elle sentit le monde vaciller autour d'elle.
— Tu mens.
— Je ne mens jamais. Pas à toi. Pas à ce sujet.
Ses doigts se refermèrent sur le document dans sa poche. Elle l'avait volé pour savoir, pour comprendre. Et voilà que James lui offrait la vérité sur un plateau.
— Si tu veux que je te croie, dit-elle d'une voix qui tremblait malgré elle, prouve-le.
Il la regarda, un étrange sourire au coin des lèvres.
— Je vais te prouver beaucoup de choses, Camila. Mais d'abord, dis-moi une chose. Quand ton père est mort, tu étais là ?
La question la frappa comme une gifle. Elle se souvint de ce jour avec une précision douloureuse. Le téléphone qui sonne à trois heures du matin. La voix de sa tante, brisée. L'absence soudaine, le vide.
— Non, murmura-t-elle. Je n'étais pas là. Je l'ai appris le lendemain matin.
James hocha lentement la tête, comme s'il confirmait une hypothèse qu'il avait déjà formulée.
— C'est ce que j'ai pensé. C'est pour ça que tu n'as pas vu ce qu'ils t'ont caché.
— Arrête de parler en énigmes, James. Qu'est-ce que tu veux vraiment ?
Il s'approcha encore plus près. Leurs corps étaient presque en contact. Elle pouvait sentir la chaleur qui émanait de lui, cette odeur de cuir et de bois qu'elle avait tant aimée autrefois. Ses doigts s'élevèrent lentement, effleurant son menton. Elle ne recula pas.
— La vérité, répéta-t-il. Il y a des années, notre père à toi et à moi... enfin, mon père adoptif... ils étaient associés. Dans une affaire que personne ne connaît. Et quand ton père a voulu se retirer, il a découvert qu'il ne pouvait pas. Parce que ce n'était pas juste une affaire. C'était un piège.
Camila le regardait, suspendue à ses lèvres.
— Le jour de sa mort, ton père devait nous rencontrer, moi et mon père. Il avait des preuves. Des documents qui auraient tout fait éclater. Mais il n'est jamais arrivé. Et le lendemain, on a retrouvé sa voiture en bas d'un ravin.
Il posa sa main sur l'épaule de Camila. Sa pression était ferme, presque protectrice.
— Je l'ai aimé, ton père. Il était comme un second père pour moi. Et quelqu'un l'a tué.
Les mots résonnèrent dans le silence. Camila sentit les larmes monter, mais elle les refoula. Elle ne pleurerait pas devant lui. Pas maintenant.
— Pourquoi moi ? demanda-t-elle, la voix rauque. Pourquoi ne pas être venu me voir ?
Le visage de James se durcit. Il retira sa main et recula d'un pas.
— Parce que je ne savais pas à qui faire confiance. Parce que tu fais partie de la famille Epiphanio, et qu'ils sont tous suspectés. Parce que j'avais peur de découvrir que toi aussi, tu étais impliquée.
— Mais je ne le suis pas !
— Je le sais maintenant. C'est pour ça que tu es là.
Il la regarda, et dans ses yeux, elle vit quelque chose qu'elle n'avait pas vu la veille. Une douleur ancienne. Une fatigue infinie.
— Tu es la seule personne en qui j'ai jamais vraiment confiance, Camila. C'est pour ça que je t'ai enlevée. Pour te protéger, même si tu ne veux pas le voir.
Le souffle de Camila s'arrêta. Elle le regarda, cherchant une faille dans sa déclaration, un mensonge, une exagération. Mais elle ne trouva rien. Il était sincère.
Et c'était la chose la plus terrifiante de toutes.
— Tu aurais pu me le dire autrement, murmura-t-elle. Sans les hommes, sans les menaces, sans...
— Sans que tu sois attachée ? coupa-t-il. Tu n'aurais jamais écouté. Tu n'as jamais écouté.
Elle voulut répondre, lui dire qu'il se trompait, qu'elle aurait écouté. Mais elle savait qu'il avait raison. Elle aurait fui. Elle se serait cachée. Elle n'aurait pas voulu entendre la vérité.
Alors qu'elle le regardait, elle réalisa une chose avec une clarté douloureuse : elle ne le détestait pas. Elle avait essayé, Dieu sait qu'elle avait essayé, mais elle ne le détestait pas. Il était toujours là, gravé dans son cœur comme une cicatrice qui refusait de guérir.
— Et maintenant ? demanda-t-elle. Qu'est-ce qui va se passer ?
James la regarda longtemps. Puis il tendit la main vers elle, ouvrant sa paume comme une offre.
— Maintenant, tu vas t'asseoir, tu vas manger, et tu vas me raconter tout ce que tu sais. Sur ta famille. Sur ses affaires. Sur qui ton père voyait, qui il craignait, qui il protégeait. Et ensemble, on va découvrir la vérité.
Camila regarda sa main. Elle ne la prit pas.
Mais elle s'assit.
Le silence s'installa entre eux. Toni, qui avait observé toute la scène avec un sourire amusé, s'était discrètement éclipsé. Ils étaient seuls.
— James, dit-elle doucement. Une chose. Qu'est-il arrivé à ton père ? Pourquoi n'est-il plus là ?
James la regarda. Son visage se ferma comme une porte qu'on claque.
— Il est mort, Camila. Le même jour que le tien.
Le choc la traversa comme un éclair.
— Quoi ?
— Ils ont fait disparaître tous les témoins. C'est pour ça que je suis revenu. Pour le venger.
Il se leva et se dirigea vers la porte.
— Finis de manger. Dans deux heures, je veux que tu me retrouves dans mon bureau. On a du travail.
Il sortit, laissant Camila seule avec la révélation qui venait de faire exploser son monde.
Son père. Le père de James. Morts le même jour. Par la même main.
Elle n'était pas seulement une prisonnière.
Elle était le dernier maillon d'une chaîne de mensonges qui menait à la mort.
Et elle savait, avec une certitude glaciale, que James était prêt à tout pour la briser.
Même à utiliser son ancien amour comme arme.
CHAPITRE 68 : Épilogue - Une Nouvelle CaptivitéDeux ans s'étaient écoulés depuis la naissance d'Antonio. Deux années de paix, de rires, de nuits blanches et de joies simples. La maison au bord du lac était devenue un véritable foyer, rempli de jouets éparpillés, de dessins d'enfants accrochés au réfrigérateur, et de rires qui résonnaient du matin au soir.Camila se tenait dans la cuisine, un tablier noué autour de la taille, en train de préparer le petit-déjeuner. Eléna, maintenant âgée de trois ans, était assise sur le comptoir, ses petites jambes se balançant dans le vide, les doigts couverts de confiture.— Maman, pourquoi les fraises sont rouges ?— Parce que la nature a décidé de les rendre belles, ma chérie.— Et pourquoi Antonio il pleure tout le temps ?— Parce qu'il est petit. Il apprend à parler.— Moi je parlais pas, je criais.Camila rit, déposant un baiser sur le front de sa fille.— Tu criais très fort, c'est vrai.Antonio, justement, se manifesta depuis son parc, un cr
CHAPITRE 67 : La RéactionJames était rentré de la montagne avec une blessure à l'épaule et une fatigue profonde, mais aussi avec une paix qu'il n'avait pas ressentie depuis des années. Vargas était mort. La menace qui planait sur leur famille s'était enfin dissipée. Il pouvait rentrer chez lui, embrasser sa femme, serrer sa fille dans ses bras, et commencer à vivre.Mais il y avait autre chose. Quelque chose que Camila lui avait dit avant son départ, quelque chose qui l'avait porté pendant les jours sombres passés loin d'elle. Elle était enceinte. Un deuxième enfant. Une nouvelle vie.Il passa les premiers jours à se reposer, à soigner sa blessure, à rattraper le temps perdu avec Eléna. La petite fille avait grandi pendant son absence, avait appris de nouveaux mots, de nouveaux gestes. Elle lui souriait, tendait les bras, gazouillait. Il la serrait contre lui, les larmes aux yeux, réalisant à quel point il avait failli tout perdre.Camila, de son côté, veillait sur lui avec une tendr
CHAPITRE 66 : Le Dernier SecretEléna avait six mois lorsque Camila découvrit qu'elle était de nouveau enceinte. Une grossesse surprise, non planifiée, qui la remplit d'une joie mêlée de terreur. Elle se souvenait de l'accouchement difficile d'Eléna, des nuits sans sommeil, de l'épuisement. Mais elle se souvenait aussi de la première fois qu'elle avait tenu sa fille dans ses bras, de la vague d'amour qui l'avait submergée.Cette fois, cependant, une peur sourde s'installait en elle. Une peur qu'elle n'osait pas nommer. James serait-il heureux ? Était-il prêt pour un deuxième enfant ? Leur vie venait à peine de se stabiliser, à peine de trouver un équilibre. Et Vargas était toujours en fuite, quelque part, une menace latente qui planait sur leur bonheur.Elle garda le secret pendant des jours, observant James, guettant ses réactions, cherchant le moment propice. Mais le moment ne venait jamais. Il y avait toujours quelque chose : une affaire urgente, un appel de Toni, une nuit difficil
CHAPITRE 65 : La Nouvelle VieLe mariage eut lieu au printemps, dans la petite chapelle de la propriété. Une cérémonie intime, loin des fastes et des mondanités. Juste les proches, ceux qui avaient partagé leurs épreuves et leurs victoires. Camila portait une robe simple, en soie ivoire, et James un costume sombre. Ils se dirent oui sous les yeux de Térésa, d'Élise, de Toni, et de Maïa, venue spécialement pour l'occasion.Quand ils s'embrassèrent, Camila sentit une paix profonde l'envahir. Ce baiser scellait bien plus qu'une union. Il scellait une promesse de reconstruire, de pardonner, d'aimer malgré tout.Les mois qui suivirent furent consacrés à leur nouvelle vie. Ils quittèrent la grande demeure pour une maison plus petite, nichée au bord d'un lac. Une maison lumineuse, aux murs blancs et aux fenêtres immenses, où le soleil entrait à flots. Ils la meublèrent ensemble, choisissant chaque objet, chaque couleur, chaque détail. Ce fut un lent apprentissage de la vie à deux, faite de c
CHAPITRE 64 : Le RetourLa demeure n'avait jamais paru aussi accueillante. Camila franchit le seuil, et une vague de chaleur l'enveloppa, pas celle des cheminées, mais celle des visages familiers qui l'attendaient. Térésa, Élise, Toni, tous étaient là, le sourire aux lèvres, les yeux brillants. Et James, à ses côtés, sa main dans la sienne, comme s'il craignait qu'elle ne s'envole.— Bienvenue à la maison, dit Térésa en s'approchant pour l'embrasser.Camila la serra contre elle, les larmes aux yeux.— Merci, Térésa. Merci d'avoir veillé sur lui pendant mon absence.— C'était la moindre des choses, dit Térésa en souriant. Et puis, il est insupportable quand tu n'es pas là.James protesta, mais Camila rit, un rire léger, libérateur.— Je vois que tu n'as pas changé, Térésa.— Jamais.Élise s'approcha à son tour, un peu timide.— Camila, je suis si heureuse de te revoir. J'espère que tu ne m'en veux pas trop.Camila la prit dans ses bras.— Je ne t'en veux pas, Élise. Tu as fait des erre
CHAPITRE 63 : La SolitudeL'absence de Camila avait laissé un vide béant dans la demeure. James errait dans les couloirs comme une âme en peine, incapable de trouver le sommeil, incapable de se concentrer. Chaque pièce lui rappelait Camila. La bibliothèque où elle aimait lire, la terrasse où ils regardaient le coucher de soleil, la chambre où ils s'aimaient. Tout n'était que souvenirs, et les souvenirs le hantaient.Il passait ses journées à travailler, à gérer les affaires courantes, à traquer Vargas. Mais rien ne parvenait à combler le vide. Il avait beau essayer de se convaincre que Camila avait besoin de temps, que c'était pour son bien, il ne pouvait s'empêcher de craindre qu'elle ne revienne jamais.Il se surprenait à regarder son téléphone toutes les cinq minutes, guettant un appel, un message. Quand elle appelait, il sentait son cœur s'emballer, sa voix le ramenant à la vie. Mais les appels étaient brefs, impersonnels. Camila semblait distante, comme si elle était ailleurs.Il







