LOGINIris ne dormit pas cette nuit-là.Elle resta assise sur le lit, les genoux repliés, la couette ramenée sur ses épaules comme si elle pouvait empêcher le froid de la vérité de l'atteindre. Les mots tournaient dans sa tête : la dette n'existait pas. Un piège pour l'attirer au casino. Pour m'atteindre à travers elle. Elle les entendait encore, prononcés par la voix de cet inconnu, et elle voyait le profil de Dante, figé près de la cheminée, le verre à la main, les mâchoires serrées.À l'aube, elle se leva. Le corps raide, les yeux secs. Elle se passa de l'eau sur le visage, se regarda dans le miroir de la salle de bain. Son reflet avait quelque chose de changé. Une dureté nouvelle, à peine perceptible, au coin des lèvres et dans le pli du regard. La peur n'avait pas disparu. Mais elle était recouverte par autre chose. Un besoin de comprendre.Elle descendit au rez-de-chaussée avant que la maison ne s'éveille tout à fait. Les couloirs étaient vides, les cuisines encore silencieuses. Elle
Iris plaqua une main sur sa bouche pour ne pas faire de bruit. Son esprit refusait d'admettre ce qu'elle venait d'entendre. Les dettes, les lettres, les appels, la peur qui l'avait rongée pendant des semaines. Tout cela n'était qu'une mise en scène. Un décor planté pour la conduire, pas après pas, jusqu'à cette estrade.— Qui ? demanda Dante. Qui a orchestré ça ?— On ne sait pas encore. Mais une chose est sûre : ce n'était pas pour la vendre. Personne ne monte une opération pareille pour une simple vente aux enchères. C'était pour toi. Pour te la mettre dans les mains, ou pour te la prendre ensuite.— Pour m'atteindre à travers elle.— Pour faire de toi un homme qui a peur de perdre quelque chose.La voix de Dante changea. Elle devint plus dure, plus tranchante, comme une lame qu'on dégaine.— Ils ont réussi, dit-il lentement. Je ne laisserai personne la toucher.— Alors tu devras la garder près de toi. Plus près encore qu'avant.Iris n'entendit pas la suite. Elle se laissa glisser l
Le retour au manoir fut silencieux.La berline noire franchit le portail, remonta l'allée, s'arrêta devant le perron. Dante descendit le premier, sans un regard pour les gardes qui accouraient. Il aboya quelques ordres en italien, une langue qu'Iris ne comprenait pas mais dont la dureté n'avait pas besoin de traduction. Puis il se tourna vers elle.— Montez dans votre chambre. Ne restez pas près des fenêtres.— Qui étaient ces hommes ?— Plus tard.Ce fut tout. Il s'éloigna vers le manoir, son manteau sombre flottant derrière lui, entouré de ses hommes qui parlaient à voix basse. Iris demeura un instant immobile, les bras serrés autour d'elle. L'image des corps sur la route ne la quittait pas. L'odeur de la poudre imprégnait ses vêtements, ses cheveux, sa peau.Elle finit par obéir. Elle traversa le hall, monta l'escalier, entra dans sa chambre. Le silence y était presque intolérable après le vacarme de l'embuscade. Elle referma la porte à clé, s'assit sur le lit, et attendit. Elle ne
Dante avait déjà ouvert sa portière. Il s'accroupit derrière la carrosserie, tira un pistolet de sous sa veste, répliqua d'une main ferme. Chaque coup claquait dans l'air glacé, ponctué d'un recul bref qu'il absorbait sans broncher.Les hommes de la première voiture ripostaient. Ceux de la seconde aussi. La route n'était plus une route, mais un corridor de feu et de fumée. Les balles sifflaient, ricochaient sur la tôle, traversaient les vitres, mordaient les platanes. L'odeur de la poudre prenait à la gorge, mêlée à celle du caoutchouc brûlé.Iris plaquait les mains sur sa tête, incapable de bouger, incapable de penser. Elle entendait des bruits qu'elle ne connaissait pas : des cris rauques, des chocs sourds, des bruits de cartouches éjectées qui tintent sur l'asphalte. Tout était trop rapide, trop violent, trop réel.Un corps tomba contre la voiture. Elle le vit à travers la vitre brisée, un visage à quelques centimètres du sien, les yeux ouverts, la bouche tordue, du sang qui coulai
Trois semaines s'étaient écoulées depuis la nuit du pardon.00Trois semaines de silence prudent, de repas partagés sans mots inutiles, de corridors traversés sous le regard des gardes qui ne s'écartaient plus sur son passage. Iris avait appris à connaître les rythmes du manoir, les heures où la lumière entrait dans la bibliothèque, les coins du parc où le vent tournait, les visages des domestiques qui ne la fuyaient plus tout à fait. Elle n'était pas heureuse. Elle n'était plus en alerte. C'était déjà quelque chose.Dante restait distant. Il était souvent absent, parti avant l'aube, rentré après minuit, le visage plus fermé que jamais. Parfois il lui adressait un signe de tête à travers la table, parfois il demandait si la nuit avait été bonne. Rien de plus. Rien qui laisse deviner ce qu'il pensait de sa présence, de sa promesse, de ce lien fragile qui s'était tissé dans le bureau de l'aile est.Ce matin-là, pourtant, il apparut dans la salle à manger alors qu'Iris terminait son café.
Le silence qui suivit était absolu. Même le feu dans la cheminée semblait retenir son crépitement.Dante ne bougea pas. Il la regarda, et son visage, un instant plus tôt traversé par quelque chose qui ressemblait à du désir, se referma. La mâchoire se crispa. Les yeux se durcirent. La colère revenait, non pas la fureur explosive de la veille, mais quelque chose de plus froid, de plus coupant.Il se détacha du bureau, se baissa, ramassa la robe à ses pieds. Il la lui tendit sans un mot.— Rhabillez-vous.Sa voix était basse, contrôlée, et chaque syllabe portait une violence contenue qui valait tous les cris.Iris ne prit pas la robe tout de suite. Elle resta figée, les bras ballants, les joues brûlantes de honte.— Rhabillez-vous, répéta-t-il.Elle obéit. Ses doigts tremblaient tellement qu'elle mit plusieurs secondes à enfiler la robe, à remonter les bretelles sur ses épaules. Le tissu était glacé. Elle n'osait plus lever les yeux.Dante s'éloigna de quelques pas. Il se passa une main







