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Chapitre 91— La rupture

مؤلف: Dledition
last update تاريخ النشر: 2026-10-21 01:33:56

Isadora

Il ouvre le sixième soir.

Je suis venue frapper comme chaque jour, sans espoir, par entêtement, parce que l'entêtement est la seule chose que personne ne m'a jamais prise. Et cette fois, la clé tourne, et la porte s'entrouvre, et il est là.

Il est méconnaissable. Pâle, défait, la barbe de six jours, les cheveux en désordre, le bandeau de travers comme la nuit de la crise. Derrière lui, la chambre est un désordre que je ne lui connaissais pas : des cartes éparses, des bouteilles, un feu
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  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 96— La prière

    IsadoraLa lettre de mon père me tient éveillée deux nuits. La troisième, à l'aube, je ne peux plus.Je descends. Le château dort encore, la brume colle aux fenêtres, et mes pas me portent où ils veulent : vers l'aile ouest, vers la chapelle. La chapelle où l'on m'a mariée, un jour de pluie, entre un prêtre tremblant et un homme au bandeau noir. Je ne l'ai pas rouverte depuis. Je la pousse aujourd'hui, et elle gémit comme je m'y attendais, et l'odeur m'enveloppe : la cire, l'encens oublié, la terre humide, l'odeur de tous les siècles où des femmes sont venues ici demander ce qu'on ne leur donnait pas ailleurs.Je m'assois sur le premier banc. La poussière m'accueille sans étonnement. Les cierges sont morts depuis longtemps, mais il y en a un, près de l'autel, que quelqu'un a rallumé, récemment peut-être, qui sait qui prie ici quand je n'y suis pas.Je n'ai pas prié depuis l'enfance. Ma mère m'apprenait ses prières le soir, et après sa mo

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 95 — L'aveu du baron

    IsadoraJ'écris à mon père le soir même, et cette fois je ne dose rien, je ne prépare rien, je n'ai plus la patience des hameçons :Mon père,J'ai trouvé les lettres. Celles de la serre. Vous savez lesquelles, je crois que vous avez toujours su qu'elles existaient, quelque part.Je ne vous demande plus si vous saviez. Je vous demande depuis quand, et pourquoi le silence, et ce que vous comptiez faire de moi quand vous m'avez envoyée dans cette maison. Répondez à tout, cette fois. Pas de proverbe, pas de puits, pas d'affaires d'hommes. Votre fille n'est plus une affaire d'hommes.Isadora.La réponse met neuf jours. Neuf jours pendant lesquels le château vit sa vie de forteresse blessée : Amaury dans son aile, moi dans la mienne, Corbin qui fait la ronde, et le mot brûler qui flotte sur nous tous comme une fumée qui ne se dissipe pas. Neuf jours, et puis Gaspard monte, un matin, avec une lettre épaisse, une lettre de six

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 94 — Le silence du baron

    IsadoraJe remonte au château avec le coffret serré contre moi, et je m'enferme dans ma chambre de l'aile ouest, et je fais ce que je fais toujours : je range les pièces.Sur le lit, en ligne : les lettres de Montbrun à ma mère. Le mot sous ma porte, la première menace, celle de la main déguisée de mon père. La deuxième menace, l'écriture nue. La liste des sept noms. Mes notes sur les lettres codées. Et tout au bout, dans ma tête, la lettre de mon père, la seule vraie : affaires d'hommes, soldées entre hommes, rumeurs infondées, le passé est un puits.Et soudain, sans crier gare, au milieu de ce désordre de papier, les pièces s'emboîtent.Mon père savait.Je le tiens. Je le sais, avec la certitude glacée des évidences qu'on a refusé de voir : mon père a su, depuis le début, depuis la falaise, que Montbrun avait tué Bastien. Pas par le réseau : par les lettres. Par ces lettres-là, ou d'autres pareilles. Mon père, qui connaissait

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 93— Le coffret de la serre

    IsadoraJ'y retourne une semaine plus tard, par un matin de brume, à l'heure où le château dort encore.La serre n'a pas changé. Elle ne changera jamais : les plantes mortes, la carcasse noire, la rose séchée sur son étagère, le banc de pierre avec sa dalle descellée où Corbin a fouillé pour rien. Le monde entier peut brûler, la serre demeure, avec son odeur de terre et de verre mort.Je ne viens pas pour le banc. Je viens pour le reste.Car j'ai repassé dans ma tête, des dizaines de fois, tout ce que je sais de ce lieu : la lettre parlait d'une cachette dans la serre, la fausse, celle du piège. Mais nous avions choisi la serre parce qu'elle me portait mon parfum, avait dit Amaury. Et si la serre portait un autre parfum, plus ancien ? Si quelqu'un, avant nous, avait eu la même idée que nous : cacher dans une ruine ce qu'on ne peut garder sur soi ? Ma mère courait ici, enfant, moi j'y ai couru aussi, et Montbrun y venait, et Bastien y ven

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 92 — La résolution d'Isadora

    Isadora Ma nouvelle chambre donne sur la chapelle. Elle est plus petite, plus froide, et personne n'y a dormi depuis des années : le lit sent la naphtaline, les rideaux sentent la poussière, et la meurtrière n'existe pas ici, ce qui est la seule grâce de l'endroit. Pour la première fois depuis mon arrivée à Clairval, personne ne peut me regarder dormir. J'y passe la première nuit sans fermer l'œil, et le lendemain soir, assise au petit bureau bancal que Gaspard m'a monté, j'ouvre le carnet à soufflet et j'écris : Il croit me protéger en me repoussant. Mais il me tue à petit feu. Je relis la phrase. Elle est vraie et elle est insuffisante, alors j'écris la suite, la suite que je n'ai dite à personne, pas même à la porte fermée : Il a vu ma mère mourir d'être tenue à distance de la vérité, et il me fait exactement la même chose, en croyant faire le contraire. Les hommes de cette côte croient que protéger une femme, c'est l'asseoir loin du feu. Ils ne comprennent pas que certaines

  • CONTRAT AVEC LE DUC AVEUGLE    Chapitre 91— La rupture

    IsadoraIl ouvre le sixième soir.Je suis venue frapper comme chaque jour, sans espoir, par entêtement, parce que l'entêtement est la seule chose que personne ne m'a jamais prise. Et cette fois, la clé tourne, et la porte s'entrouvre, et il est là.Il est méconnaissable. Pâle, défait, la barbe de six jours, les cheveux en désordre, le bandeau de travers comme la nuit de la crise. Derrière lui, la chambre est un désordre que je ne lui connaissais pas : des cartes éparses, des bouteilles, un feu mourant. L'homme qui tenait chaque chose à sa place a laissé tout tomber.— Isadora.— Vous avez ouvert.— Vous avez dit que mon silence avait mon visage. — Il s'efface pour me laisser entrer. — Je ne supporte pas que vous ayez raison de cette façon-là.Je n'entre pas. Je reste sur le seuil, parce qu'il faut que ce soit dit ici, à la frontière, avant que la chaleur de la pièce ne nous rende faibles :— Alors parlez. Dites-moi pourquoi six jours de mur.— Parce que je préfère vous savoir loin du

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