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— Eden ! Eden, réveille-toi bon sang !
Le cri de ma tante me tire de mon sommeil. Je me redresse en sursaut, le cœur battant à tout rompre, comme chaque matin. Je lève mes yeux fatigués vers Lucie. Elle m'observe, l’expression neutre, mais je devine l'inquiétude qui pointe derrière son regard. — Tu as encore fait cet horrible cauchemar... murmure-t-elle. — Oui... Mais je n'ai toujours pas envie d'en parler, tranchai-je en m'extirpant du lit. Je me dirige vers la salle de bain sans attendre de réponse. Sous la douche, l'eau chaude qui ruisselle sur ma peau agit comme un rempart. Elle m'aide à oublier. Oublier mon passé, ce que j'ai vécu, ces souvenirs qui me hantent. Pour ne pas sombrer, je me répète mon identité comme un mantra : je m’appelle Eden McKraft, j’ai dix-sept ans. Mon père est mort, ma mère aussi. C’est pour cela que je vis avec ma tante. Ils me manquent à en crever. Je reste là jusqu'à ce que l'eau devienne glaciale. Une fois séchée, j’opte pour un pantalon blanc ajusté et un large pull vert foncé dont je rentre le pan dans ma ceinture. J’enfile mes bottines noires à talons et termine par une touche de mascara et de rouge à lèvres. Le contraste fait ressortir mes yeux bleus et mes cheveux d’un blond si clair qu’ils paraissent presque blancs. En bas, je saisis une pomme dans la cuisine. L'appétit n'est jamais au rendez-vous le matin. — Tu es magnifique ! me complimente ma tante. — Merci, répondis-je en l'enlaçant brièvement. — Prête pour ton premier jour dans ton nouveau lycée ? Je feins un sourire. En réalité, je suis terrifiée. Le déménagement de New York à Los Angeles, la mutation de Lucie, la nouvelle ville... Tout est trop grand, trop bruyant. Et je déteste être le centre de l'attention. — Oui, je... enfin, je ne sais pas trop, balbutiai-je. — Je suis sûre que ça va très bien se passer, Eden. Appelle-moi s’il y a le moindre souci. — Promis. Je quitte la maison, mes écouteurs vissés sur les oreilles pour m'isoler du monde. Sur le chemin du lycée, une bande de types sur des motos me siffle au passage. Je lève les yeux au ciel. Les garçons sont d'une stupidité affligeante. À mon arrivée, les couloirs sont déjà déserts. La sonnerie a retenti depuis plusieurs minutes. Je frappe au bureau du proviseur et entre avec hésitation. — Ah, vous devez être Eden McKraft, la nouvelle ? — Oui, c'est moi. Il me tend une liasse de documents. — Voici votre emploi du temps, la liste des clubs et le code de votre casier. — Mer... La porte s'ouvre avec fracas, me coupant la parole. Un garçon entre sans même frapper. Il est d'une beauté insolente : des yeux aussi bleus que les miens, des cheveux d'ébène et un sourire en coin qui creuse de légères fossettes. — Monsieur Lewis... Je ne vous attendais pas si tôt, soupire le proviseur. — Et pourtant, me voilà ! Je reste en retrait, invisible, tandis que le directeur l'interroge d'un ton lassé. — Quel est le motif du renvoi, cette fois ? — Britney a essayé de me frapper parce que je l'ai larguée vendredi. Je l'en ai empêchée et je lui ai juste mis un peu de super-glue dans les cheveux. Le proviseur se prend la tête entre les mains. — Vous êtes irrécupérable... Mademoiselle McKraft, dans quelle classe êtes-vous ? Prise de court, je consulte mon papier. — En Terminale 4. Je devrais être en cours de chimie. — Parfait ! Puisque M. Lewis est dans votre classe, il se fera un immense plaisir de vous y accompagner. Le garçon et moi nous figeons, le regard noir. — Et je dois faire la baby-sitter maintenant ? C'est une blague ? s'exclame-t-il. — C’est ça, ou la retenue tous les soirs de dix-huit à dix-neuf heures. Bonne journée ! Lewis fulmine. Il finit par ouvrir la porte et tend le bras vers la sortie avec une galanterie forcée. — Si Mademoiselle veut bien se donner la peine... Je passe devant lui en grognant. — Hé, calme-toi, poupée... — Ne m'appelle pas comme ça ! — Je t'appelle comme je veux. Il me défie du regard. L'arrogance pure. — Non, espèce de connard. Il s'arrête net, le visage assombri. — Comment tu m'as appelé ? Répète pour voir ? — Tu as très bien entendu. Ce n’est pas ma faute si tu es lent à la détente : j'ai dit "connard". Il se rapproche, usant de sa stature pour m'intimider. Je ne recule pas d'un pouce. Autour de nous, la sonnerie de fin de cours retentit et les élèves commencent à s'attrouper, formant un cercle curieux. — Sinon quoi, Lewis ? Tu vas faire quoi ? Ne me sous-estime pas. — Je te sous-estime si je veux. T’es qu’une fille, je te touche et tu te brises comme une brindille. — Alors vas-y ! Frappe-moi ! Tu n'attends que ça, non ? Son poing part, rapide, visant ma joue. D'un geste réflexe, je bloque son poignet en plein vol. Un silence de mort tombe sur le couloir, seulement rompu par quelques chuchotements choqués. Il me fixe, bouche bée, sidéré par ma rapidité. Je relâche sa main doucement, l'expression de marbre. Il me jette un dernier regard furieux avant de tourner les talons et de disparaître dans la foule. Des applaudissements éclatent autour de moi. Gênée, je remonte mon sac sur mon épaule et m'éclipse vers mon prochain cours. La discrétion, c’est officiellement raté.Point de vue Eden :Je me réveille dans les bras de Tayler. Je ne sais pas ce qui m’a pris d’accepter qu’il dorme avec moi, mais c’est la première nuit où je dors autant depuis longtemps.Malgré moi, je me sens rassurée contre lui. Je me dégage doucement, regarde l’heure sur mon téléphone : 7h30. Cours dans trente minutes… et le bus est déjà passé.Je secoue Tayler par l’épaule.— Tayler, debout ! On va être en retard.Il murmure des mots incompréhensibles, attrape mon oreiller et le pose sur sa tête.Je pars me doucher rapidement. Une fois sortie, je m’habille d’une robe fluide noire. Heureusement, la baby-sitter s’occupe de Lilou le matin, sinon nous serions encore plus en retard.Quand je retourne chercher mon sac, Tayler est encore dans mon lit. Il nous reste cinq minutes pour partir.Je tente de le secouer… il grogne. Je file dans la salle de bain et reviens avec un verre d’eau que je lui verse dessus. Surpris, il sursaute et me fixe avec des yeux si noirs que j’ai l’impression q
Je reste là, assise en boule à côté de ma bibliothèque, le regard perdu dans le soleil qui se couche derrière les collines.Tayler me rappelle quelqu’un… une vieille connaissance. Ce n’est pas sa faute, pourtant je n’arrive pas à le regarder dans les yeux à cause de ce qu’il s’est passé. Il lui ressemble trop. Cela fait trois jours que je reste enfermée dans ma chambre. Je ne sors que pour aller en cours ou pour accéder à la salle de bain. Je ne mange presque plus.On frappe à ma porte. Je n’y réponds pas.— Eden, c’est Lucie… Tu peux m’ouvrir ? Il faut que je te parle.Je reste immobile, silencieuse.— Allez, ma puce, s’il te plaît… Laisse-moi te dire au revoir. Je pars dans cinq minutes.Cinq minutes… tout est allé si vite. Séparée d’elle pendant deux mois… mon cœur se serre.Je prends mon courage à deux mains et ouvre la porte. Je la serre contre moi.— Tu vas me manquer, tata.— Moi aussi, ma puce… Allez, il faut que j’y aille.Je la laisse partir à contre‑cœur, l’accompagne jusq
Point de vue Eden :J’embrasse ma tante avant de partir pour le lycée.La route me semble plus courte qu’hier, mais mon esprit est en ébullition. Deux personnes que je ne connais absolument pas vont bientôt habiter… ou plutôt squatter chez moi pendant deux mois.Un frisson parcourt mon dos. J’ai toujours été seule, à l’écart, enfermée dans ma bulle, rêvant d’une vie meilleure que celle que je mène aujourd’hui. Et maintenant, tout va changer.Trop de questions me traversent l’esprit : et si je faisais un cauchemar alors qu’ils sont là ? Comment vont-ils réagir ? Que deviendrai-je s’ils découvrent mes secrets enfouis depuis si longtemps ?Je sens la panique monter. Ma cage thoracique brûle, et l’air peine à remplir mes poumons. Il ne faut pas que je craque ici, pas maintenant.Le bus arrive pile à temps. Je cours presque pour monter, respire à pleins poumons et commence à retrouver un semblant de calme.La sonnerie retentit. Je me précipite en classe et me dirige vers mon professeur de
Alors je décide de tout lui dire : ma rencontre avec Monsieur Bad Boy dans le bureau du directeur, mon retour sous la pluie, sans oublier mon altercation assez mouvementée avec Britney.— C’est vrai que cette journée sort de l’ordinaire, dit-elle en riant. Bon allez… repose-toi bien. Essaye de faire de beaux rêves.La façon dont elle a employé le mot essaye me fait doucement sourire.Je me réveille en sursaut, couverte de sueur. Comme à ma merveilleuse habitude.J’ai mal à la gorge. J’ai sûrement dû crier plus que d’habitude cette nuit à cause de ce cauchemar.Je regarde mon téléphone : quatre heures du matin. Il me reste donc deux heures à dormir, mais je sais pertinemment que je ne me rendormirai pas.J’enfile une brassière de sport et un short, puis je sors dehors. Un petit footing à quatre heures du matin ne devrait pas me faire de mal.Je mets mes écouteurs et laisse la musique me guider.Je traverse les champs et les petits sentiers, laissant l’air pur remplir mes poumons. Cela
Le cours de français avec Madame Dubreuil se déroule lentement, dans le calme le plus total.Pourtant, tout au long du cours, j’entends plusieurs discussions d’élèves qui semblent tourner autour de moi.— Tu as vu la nouvelle ? C’est la première qui tient tête à Tayler, tu te rends compte ? chuchote une petite rousse assise au premier rang à sa voisine.— J’suis sûr que j’arrive à mettre la nouvelle dans mon lit ! annonce un blond avec une cicatrice sur l’arcade. J’apprendrai plus tard qu’il s’appelle Kevin.Je me contente d’ignorer ces conversations et de me concentrer sur le paysage que je dessine sur mon cahier.********Le reste de la matinée se passe plutôt bien. J’ai fait la connaissance de Candice. Elle est assez gentille et très forte en maths. Elle m’a proposé de manger avec elle ce midi, ce que j’ai évidemment accepté.Au self, nous nous installons à une table près des fenêtres. Candice est vraiment très jolie. Elle a de beaux cheveux bruns qui tombent en cascade sur ses épa
— Eden ! Eden, réveille-toi bon sang !Le cri de ma tante me tire de mon sommeil. Je me redresse en sursaut, le cœur battant à tout rompre, comme chaque matin. Je lève mes yeux fatigués vers Lucie. Elle m'observe, l’expression neutre, mais je devine l'inquiétude qui pointe derrière son regard.— Tu as encore fait cet horrible cauchemar... murmure-t-elle.— Oui... Mais je n'ai toujours pas envie d'en parler, tranchai-je en m'extirpant du lit.Je me dirige vers la salle de bain sans attendre de réponse. Sous la douche, l'eau chaude qui ruisselle sur ma peau agit comme un rempart. Elle m'aide à oublier. Oublier mon passé, ce que j'ai vécu, ces souvenirs qui me hantent. Pour ne pas sombrer, je me répète mon identité comme un mantra : je m’appelle Eden McKraft, j’ai dix-sept ans. Mon père est mort, ma mère aussi. C’est pour cela que je vis avec ma tante. Ils me manquent à en crever.Je reste là jusqu'à ce que l'eau devienne glaciale. Une fois séchée, j’opte pour un pantalon blanc ajusté et







