Mag-log inLe matin s’était levé dans un calme trompeur sur la maison de Collen.Dans la chambre, Chantelle ouvrit lentement les yeux. La lumière pâle filtrait à travers les rideaux, dessinant des bandes claires sur les draps. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, encore engourdie par les médicaments, l’esprit flottant entre la douleur et le souvenir brutal de la veille.Puis, dès qu’elle bougea les mains, la brûlure revint.Ses paumes bandées la lançaient à chaque frémissement. Ses genoux écorchés tiraient douloureusement sous les pansements. Son corps entier gardait la mémoire du bitume, de la peur, du cri, de la voiture montée sur le trottoir.Elle ferma les yeux une seconde, inspira doucement et tourna la tête.Collen n’était plus dans le lit.Elle l’entendit se déplacer dans la pièce voisine, puis revenir vers elle. Lorsqu’il entra, il avait déjà remis une chemise sombre et retroussé ses manches. Son visage était ti
Quand le taxi s’arrêta devant l’immeuble de Léa, il était presque deux heures du matin. Clarisse resta quelques secondes immobile sur la banquette arrière. Son corps entier lui faisait mal. Elle sentait encore l’odeur froide de l’hôpital sur ses vêtements, celle des draps propres, du désinfectant, de la peur. Sa tête bourdonnait. Ses côtes la lançaient à chaque respiration un peu profonde, et ses jambes, déjà fragilisées par le choc, tremblaient comme si elles allaient céder d’un instant à l’autre. Le chauffeur se retourna légèrement vers elle. — Vous êtes sûre que ça ira, mademoiselle ? Clarisse hocha faiblement la tête. — Oui… merci. Elle lui tendit l’argent, attendit qu’il lui rende la monnaie, puis ouvrit la portière avec lenteur. L’air de la nuit lui fouetta aussitôt le visage. Le froid était vif, presque humide, et la rue était déserte. Pas un bruit, sinon le grondement lointai
La nuit était tombée depuis longtemps sur l’hôpital.À cette heure-là, les couloirs semblaient flotter dans une pénombre laiteuse. Les néons du jour avaient été remplacés par des lampes murales plus douces, mais leur lumière blafarde rendait les lieux encore plus tristes. On n’entendait presque rien, sinon le bourdonnement des machines, les roulements lointains d’un chariot, parfois une toux étouffée derrière une porte, parfois un bip plus aigu qui rappelait que la douleur, elle, ne dormait jamais vraiment.Dans sa chambre, Clarisse avait les yeux ouverts.Elle ne pleurait plus.Ses larmes étaient passées, brûlées quelque part entre la visite de ses parents, la honte, la fatigue et le dégoût. Elle fixait le plafond sans le voir. Ses pensées ne tournaient même plus vraiment. Tout ce qu’elle sentait, c’était ce poids dans sa poitrine, cette certitude froide, dure, urgente :Elle devait partir.Cette nuit.Pas demain matin. Pas après l’avis d’un médecin. Pas après un remerciement. Pas ap
Dans la chambre de Stéphane, le silence était retombé après l’agitation.Les machines continuaient leur murmure régulier, ponctué par le bip discret du monitoring cardiaque. Allongé sur le lit, Stéphane demeurait immobile, le visage pâle, presque irréel sous la lumière adoucie de la pièce.Hélène était assise près de lui, une main posée sur la couverture, tandis que Robin se tenait debout un peu plus loin, les bras croisés, le regard sombre.Tous deux repensaient encore à la scène qu’ils venaient de voir dans la chambre voisine.Hélène finit par rompre le silence.— Tu as entendu ça, mon fils ? murmura-t-elle en se tournant vers Stéphane comme s’il pouvait lui répondre d’une seconde à l’autre. Cette histoire de fiançailles… Quelle horreur.Sa voix tremblait légèrement, entre l’inquiétude et le dégoût.Robin poussa un soupir grave.— Oui. Et ce n’est pas une histoire claire du tout.Hélène secoua le
Chapitre 241En fin de matinée, le calme du hall principal de l'hôpital vola en éclats.Une femme aux traits durs, vêtue d'un tailleur défraîchi mais porté avec arrogance, fendait la réception d'un pas nerveux. À ses côtés marchait un homme massif, au visage fermé, les épaules lourdes, les yeux déjà en train d'inspecter les lieux avec une curiosité inquiète et calculatrice.C'étaient Mireille et Pascal Varnier.— Où se trouve notre fille ? lança Mireille d'une voix aiguë en frappant le comptoir du plat de la main. On nous dit qu'elle est ici depuis deux jours ! Deux jours ! Et personne n'a pris la peine de nous prévenir ?Pascal se pencha à son tour vers la réceptionniste, moins bruyant que sa femme, mais plus pesant.— Le nom de notre fille est Clarisse Varnier. Vérifiez tout de suite, dit-il d'un ton ferme. Nous voulons la voir immédiatement.La réceptionniste, surprise par cette entrée fracassante, garda son calme professionnel.— Veuillez vous calmer, s'il vous plaît. Je vais rega
Lorsqu’ils arrivèrent à l’hôpital, Collen gara la voiture avec un visage fermé.Avant même d’entrer dans le bâtiment, il prit quelques secondes pour appeler Nathan. D’une voix brève et ferme, il lui demanda de maintenir une surveillance discrète autour de la chambre de Stéphane. Après ce qui s’était passé ces derniers jours, il refusait désormais de laisser le moindre détail au hasard.Une fois cela fait, il raccrocha, contourna la voiture et ouvrit la portière à Éléonore.Ils traversèrent ensemble le hall de l’hôpital, puis gagnèrent l’étage où Stéphane était hospitalisé.Dans le couloir, Robin et Hélène étaient assis non loin de la chambre. À leur vue, ils se levèrent aussitôt.— Collen, dit Robin en s’avançant. Éléonore.— Bonjour, répondit doucement Éléonore.Collen serra la main de Robin, puis tourna immédiatement les yeux vers la chambre de son cousin.— Comment va Stéphane ? demanda-t-il sans détour.







