تسجيل الدخولChapitre 48
Ludovica
Le dîner est un supplice silencieux.
Je suis assise à ma place habituelle, à l’autre bout de la longue table d’acajou, face à Drago. La nappe damassée est d’un blanc immaculé, et les bougies des candélabres en argent projettent des ombres dansantes sur les boiseries sombres. L’air est chargé du parfum du vin rouge un millésim
Chapitre 96LudovicaLa nuit se déploie comme une vague dévastatrice, une marée noire qui recouvre tout, qui n’épargne rien.Je ne sais plus où commence mon corps et où finit le sien. La frontière entre nos peaux s’est dissoute, effacée, abolie. Il n’y a plus de « moi » et de « toi ». Il n’y a qu’un seul être, un seul souffle, une seule fièvre.Ses mains parcourent mon dos, mes hanches, mes cuisses. Elles sont partout à la fois, comme si elles étaient cent, comme si elles étaient mille. Chaque centimètre carré de ma peau est une note sur une partition, et ses doigts jouent une symphonie chaotique, passionnée, désespérée.Il n’y a plus de vêtements entre nous.Je ne
Chapitre 95LudovicaSes lèvres sont sur les miennes, et le monde s’écroule.Ce n’est pas une métaphore, pas une image poétique, pas une exagération. Je sens les fondations de tout ce que j’ai construit ces derniers mois les murs, les barricades, les distances se fissurer, se lézarder, s’effondrer dans un grondement silencieux. La poussière des décombres envahit ma poitrine, étouffe mes pensées, ne laisse place qu’à la sensation brute de sa bouche contre la mienne.Ses mains sont sur mes hanches non, sur mon dos, sur mes reins, elles pressent, elles serrent, elles me plaquent contre lui. La pierre du mur est froide derrière moi, rugueuse sous le tissu fin de ma robe, et chaque aspérité s’imprime dans ma peau comme une seconde peau. Mais son corps est
Chapitre 94DragoMes mains sont toujours posées sur ses épaules, mes doigts toujours refermés sur ses clavicules. La pierre est froide derrière son dos, et cette froideur contraste avec la chaleur de sa peau que je sens à travers le tissu léger de sa robe. Ses cheveux, défaits, encadrent son visage, et quelques mèches collent à ses joues là où les larmes ont coulé, là où la peau est encore humide, brillante sous la lumière de la lune.Son regard ne fuit pas.Ses yeux noisette, piquetés de vert, sont fixés sur les miens. Les miens sont noirs, sans reflets, sans fond je le sais. Mes iris sont deux puits d’obsidienne, deux trous noirs qui avalent la lumière. Mais dans les siens, je vois quoi ? De la peur ? Non. Pas de la peur. Elle n’a jamai
Chapitre 93DragoJe suis assis dans mon fauteuil de cuir, le dos voûté, les coudes sur les accoudoirs. Le bureau est plongé dans une pénombre jaunâtre, éclairé seulement par la lampe à abat-jour vert qui projette un cercle de lumière sur les dossiers éparpillés. Les ombres sont longues, noires, elles dansent sur les boiseries sombres au rythme du vent qui s’est levé dehors.Mon verre de whisky est posé à côté de mon coude. La glace a fondu depuis longtemps — il ne reste qu’un liquide tiède, ambré, presque imbuvable. Je l’ai bu par petites gorgées amères, machinalement, sans goût. Mes yeux sont fixés sur le mur, sur les rayons de la bibliothèque, sur les dos des livres que je connais par cœur mais que je ne vois pas. Les mots, les titres, tout est flou.Mes pensées tournent en boucle. Ses mains dans les miennes, cette nuit. Ses yeux qui m’ont regardé pleurer. Sa voix, hier, quand elle a dit « bien, Maître » — cette voix blanche, vide, celle qu’elle avait au début, quand elle n’était q
Chapitre 92LudovicaLa nuit est tombée depuis longtemps quand je m’assois devant le secrétaire en bois blond. La chambre est plongée dans une pénombre gris bleu, traversée par les rais de lumière argentée que la lune projette à travers les rideaux de dentelle. Dehors, la mer est calme, presque silencieuse on n’entend que le ressac léger, une caresse liquide contre les rochers, et le vent qui soupire dans les cyprès en une plainte douce et régulière.La lampe à huile est éteinte. Je n’ai pas voulu l’allumer. La clarté lunaire suffit, froide et bleutée, assez pour voir le papier blanc posé devant moi, assez pour distinguer le tracé de mes lettres. Mes doigts tremblent en prenant le stylo plume que j’ai volé dans son bureau des semaines plus t
Chapitre 91LudovicaJe plie les serviettes en lin dans la lingerie, et mes doigts tremblent.La pièce est petite, étroite, éclairée par une seule fenêtre grillagée qui donne sur la cour intérieure. La lumière y est grise, tamisée, traversée par les barreaux de fer qui projettent des ombres parallèles sur le mur blanc. L’air sent la lessive, l’amidon, le linge proprement séché — une odeur rassurante, presque domestique, qui contraste avec le tumulte dans ma tête.Le linge est blanc, immaculé, soigneusement repassé. Chaque pièce est pliée avec une précision chirurgicale — les serviettes de bain en deux, puis en quatre, les serviettes de toilette en trois, les gants roulés sur eux-mêmes. Les piles s’élèvent, droites,







