LOGINThomas continua, encouragé par le silence de Julien.– Tu sais, Léa, elle n’a jamais compté pour moi. C’était une bonne poire. Une fille qu’on épouse parce qu’elle est gentille, parce qu’elle cuisine bien, parce qu’elle ne pose pas de questions. Mais elle ne m’a jamais fait vibrer. Jamais.– Ce ne sont pas mes affaires, dit Julien froidement.– Si, ce sont tes affaires. Parce que toi, tu es en train de tomber dans le même piège. Elle t’endort avec ses sourires, ses petits plats, ses nuits au coin du feu. Mais un jour, tu te réveilleras. Et tu verras qu’elle n’est rien. Juste une fille brisée qui a besoin qu’on la porte.– Tu as fini ?– Presque. Je voulais juste que tu saches que, pour moi, elle n’a jamais été qu’un plan B. Un filet de sécurité. Une conne qui m’attendait sagement à la maison pendant que je m’envoyais d’autres femmes.La rage me submergea.Je me levai. Je voulais entrer. Je voulais lui crier à la figure qu’il était un menteur, un lâche, une ordure. Je voulais lui faire
Deux millions. La salive sécha dans ma bouche.– Il n’aura pas un centime, dit Julien.– Il aura ce qu’il veut si on ne l’arrête pas, dis-je. La presse va s’emparer de l’histoire. Le contrat, le gigolo, le mensonge… tout va sortir.– On peut l’empêcher.– Comment ?– En le rencontrant. En lui parlant. En lui faisant peur.– Julien, c’est dangereux.– Je sais. Mais je ne vais pas me laisser faire par ce type. Pas après tout ce qu’il t’a fait.Il se tourna vers Renaud.– Organisez une rencontre. Dans un lieu public. Avec des gardes à proximité.– Je m’en occupe, dit Renaud.Il rangea ses photos, ses rapports, et partit.Je restai figée, les mains sur la table, le cœur battant.Thomas. Il était de retour. Il voulait de l’argent. Il voulait nous détruire.– Je t’accompagne, dis-je.– Non.– Je ne te laisserai pas y aller seul.– Léa…– C’est mon ex. C’est mon histoire. J’ai le droit d’être là.Il me regarda longuement, puis il soupira.– D’accord. Mais tu restes en retrait. Tu ne t’approc
Le lendemain matin, je n’allai pas au rendez-vous.Je restai chez moi, enfermée dans ma chambre, à regarder l’heure tourner. 14 heures. 14 h 30. 15 heures. À 15 h 10, mon téléphone sonna. Un numéro inconnu.– Allô ?– Tu n’es pas venue, dit une voix étouffée, déformée par un appareil. Tu le regretteras.La communication s’arrêta.Je restai figée, le téléphone collé à l’oreille. Il me rappela une minute plus tard, mais cette fois, c’était Julien.– Léa, qu’est-ce qui se passe ? Tu es toute blanche.– Rien. Je…– Ne me mens pas. Je te connais.Je lui montrai la lettre. Il la lut en silence, son visage se fermant à mesure qu’il avançait.– Pourquoi tu ne me l’as pas dit plus tôt ? demanda-t-il.– J’avais peur.– Peur de quoi ?– Que tu veuilles tout arrêter. Que tu penses que je suis trop de problèmes.– Tu n’es pas un problème, Léa. Tu es la personne que j’aime.Il prit son téléphone, composa un numéro.– Allô, Maître Leroy ? C’est Julien Belmont. J’ai besoin d’un détective. Privé. Main
La nuit fut longue.Je restai allongée dans mon lit, les yeux ouverts, à fixer le plafond. Les mots de Julien tournaient en boucle, se mêlaient à ceux de Clémence, à ceux de Thomas, à ceux de ma mère. Tous ces gens qui avaient promis et trahi. Tous ces gens qui étaient partis.« Pour l’instant, oui. »Pourquoi avait-il dit ça ? Pourquoi n’avait-il pas dit « oui, pour toujours » ? Parce qu’il ne le pensait pas. Parce qu’il savait, au fond, que rien n’est éternel. Parce qu’il se gardait une porte de sortie.Ou parce qu’il était honnête ? Parce qu’il refusait de me mentir, même sur ce point ?Je ne savais plus. Je ne savais plus où était le jeu, où était la réalité. Les frontières s’étaient brouillées, effacées. Il n’y avait plus de contrat, plus de rôles, plus de scénario. Il n’y avait que nous – deux êtres fragiles, hésitants, qui essayaient de s’aimer sans se détruire.Mais était-ce de l’amour ? Ou une dépendance ? Une habitude ? La peur de se retrouver seuls ?Je me levai. Je m’assis
Clémence ne nous lâchait pas.Toute la soirée, je sentis son regard sur nous, pesant, insistant. Elle tournait autour de Julien comme un vautour, guettant la moindre faille, le moindre signe de faiblesse. À un moment, elle s’approcha de nouveau, son cavalier restant cette fois à la table des boissons.– Julien, dit-elle en posant sa main sur son bras. On pourrait parler ? Seuls ?– Non, répondit-il sans hésiter.– Juste cinq minutes.– Je t’ai dit non.– Tu me dois bien ça, après tout ce qu’on a vécu.– Je ne te dois rien, Clémence. Et je ne veux pas parler avec toi, surtout pas ce soir, surtout pas devant Léa.Elle me jeta un regard en biais, un sourire en coin.– Tu as peur qu’elle apprenne des choses sur toi ? Des choses que tu lui caches ?– Je n’ai rien à cacher à Léa. Et elle n’a rien à apprendre de toi.– Vraiment ? Et le contrat ? Elle est au courant, pour le contrat ?Mon sang se glaça. Elle savait. Comment ? Qui le lui avait dit ? Thomas ? Un journaliste ? Une indiscrétion ?
Le soir même, Julien m’annonça qu’il devait assister à une réception chez ses parents.– Mes parents, pas mon grand-père, précisa-t-il. Ce n’est pas la même chose.– Je sais. Ton père est…– Un con. Tu peux le dire.– Je n’allais pas le dire.– Moi, je le dis. C’est un con.Il passa une main sur son visage, fatigué.– Tu n’es pas obligé d’y aller, dis-je.– Si. C’est l’anniversaire de ma mère. Enfin, de sa mère. Ma grand-mère paternelle. Une vieille dame charmante, mais entourée de requins.– Je t’accompagne.– Tu es sûre ?– Je suis ta compagne, non ? Officiellement, du moins.– Officiellement, oui. Mais toi, tu es plus que ça.– Alors je t’accompagne.Il sourit, mais son sourire était tendu.La réception avait lieu dans une grande maison du 16e arrondissement, un hôtel particulier aux murs blancs et aux fenêtres hautes. Les invités étaient nombreux, élégants, arrogants. On sentait l’argent, le pouvoir, les vieilles fortunes.Julien me présenta à sa grand-mère – une petite femme ridé







