LOGINUn soir, l’éditeur organisa une soirée de lancement. Il y avait des journalistes, des lecteurs, des libraires. Julien était à côté de moi, Élodie dans ses bras, Louis dans le sien. Nous étions une famille, debout, fière.– Mesdames, messieurs, dit l’éditeur. Je vous présente Léa Bennett, l’auteur de « Cœur sous contrat ».Les applaudissements éclatèrent. Je m’approchai du micro. Mes mains tremblaient.– Merci, dis-je. Merci d’être venus. Merci d’avoir lu mon livre. Merci d’avoir cru en notre histoire.– C’est une histoire vraie ? demanda quelqu’un dans la salle.– C’est une histoire inspirée de faits réels. Mais l’essentiel, c’est ce qu’elle raconte. L’amour. La peur. La résilience.– Et vous, vous êtes heureuse ?– Je suis plus heureuse que je ne l’ai jamais été. Parce que j’ai appris à aimer. Parce que j’ai appris à pardonner. Parce que j’ai appris à vivre.– Et votre mari ?Je regardai Julien. Il souriait.– Mon mari est l’homme le plus patient du monde. Il m’a attendue. Il m’a sou
– Tes promesses…– Celle-ci, je la tiendrai.Il me regarda. Il soupira.– Fais-le, dit-il.– Tu es sûr ?– Je ne suis pas sûr. Mais je te fais confiance.– Merci, Julien.– De rien.– Ce n’est pas rien.– Je sais.Il m’embrassa.– Mais à une condition, ajouta-t-il.– Laquelle ?– On change les noms. On modifie les détails. On protège notre vie privée.– C’est ce que je voulais faire.– Alors fais-le.– Je le ferai.Je pris mon ordinateur. J’ouvris un nouveau document. Je tapai : « Il était une fois… »Puis j’effaçai.Ce n’était pas un conte de fées.C’était notre histoire.***J’écrivis le roman en six mois.Les nuits, quand les enfants dormaient. Les matins, avant qu’ils ne se réveillent. Les après-midi, pendant leurs siestes. J’écrivais partout – dans la cuisine, dans le salon, dans le jardin. Julien me regardait, parfois, souriait, ne disait rien.– Tu n’es pas curieux ? lui demandai-je.– Si. Mais je veux lire le résultat final.– Tu n’as pas peur de ce que tu vas découvrir ?– J’
La lettre arriva un mardi matin, dans une enveloppe blanche, épaisse, avec le logo d’une grande maison d’édition. Je la tins un long moment dans mes mains, sans l’ouvrir. Julien était au travail. Les enfants dormaient. La maison était calme.Je déchirai l’enveloppe.« Chère Léa Bennett,Nous avons suivi votre histoire avec émotion. Le scandale, la vérité, l’amour qui a grandi malgré tout. Nous pensons que votre témoignage pourrait aider des milliers de femmes qui, comme vous, ont souffert de l’abandon, du mensonge, de la trahison.Nous aimerions vous proposer d’écrire un livre. Un livre vrai, sincère, sans fard. Racontez-nous tout. L’autel vide, le contrat, le gigolo, la rencontre avec Julien, la naissance de vos enfants. Tout.Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, etc. »Je relus la lettre plusieurs fois. Les mots tournaient dans ma tête, refusaient de s’ordonner. Un livre. Raconter notre histoire. La livrer au monde, encore une fois.Quand Julien rentra, je la
Louis pleurait, tétait, dormait. Élodie courait, criait, riait. La maison était pleine de bruits, de mouvements, de vie. Julien et moi étions épuisés, heureux, perdus.– On n’arrivera jamais à gérer deux enfants, disait Julien.– On gère.– On fait semblant.– Ça va durer ?– J’espère.– Jusqu’à quand ?– Jusqu’à ce qu’ils soient grands.– C’est long.– C’est court.Il souriait. Je souriais.Un soir, après avoir couché les enfants, nous nous assîmes sur le canapé, un verre de vin à la main.– Tu es heureuse ? demanda Julien.– Oui.– Vraiment ?– Vraiment. Et toi ?– Je n’ai jamais été aussi heureux.– Même avec les nuits blanches ?– Surtout avec les nuits blanches.– Même avec les couches sales ?– Surtout avec les couches sales.– Tu es bizarre.– Je suis père. C’est pire.– Pire ?– Mieux.Il rit. Je ris.– Je t’aime, Léa.– Je t’aime, Julien.– On a deux enfants.– On a tout.– On a tout.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.La maison était calme. Les enfants dormaient. La vi
Le travail fut plus court que pour Élodie. En deux heures, j’étais à dilatation complète. Le médecin arriva, les infirmières aussi.– Vous êtes prête ? demanda le médecin.– Oui.– Alors poussez.Je poussai. La douleur était immense, mais je la connaissais. Je savais qu’elle passerait. Je savais qu’au bout, il y avait la vie.– Je vois la tête, dit le médecin.– Encore un effort.Je poussai encore. Louis sortit dans un cri – son cri, pas le mien. Il hurla, les poings serrés, le visage rouge. L’infirmière le posa sur ma poitrine.– Bonjour, Louis, murmurai-je.Il ouvrit les yeux. Des yeux noisette. Les yeux de Julien.– Bonjour, Papa, dit Julien.Il pleurait. Je pleurais.Louis hurla encore. Puis il se calma. Il était là. Il était vivant. Il était en bonne santé.– Merci, dis-je au médecin.– Merci à vous, dit-il. Vous avez été formidable.– Je suis fatiguée.– Reposez-vous.L’infirmière emmena Louis pour les premiers soins. Julien resta à côté de moi, ma main dans la sienne.– On a un
Les mois passèrent. Mon ventre s’arrondit. Louis bougeait de plus en plus, la nuit surtout, quand je voulais dormir. Je ne me plaignais pas. Chaque coup était une promesse. Chaque mouvement, une vie.La thérapie avançait. Je comprenais des choses que j’avais enfouies, des blessures que j’avais cachées sous des couches de mensonges et de silence. Mon père, son départ, son absence. Ma mère, ses non-dits, ses peurs. Thomas, ses trahisons, ses humiliations.– Vous n’êtes pas responsable de l’abandon des autres, répétait Florence.– Je sais. Mais je l’ai cru.– Parce qu’on vous a fait croire que l’amour se méritait.– Et ce n’est pas le cas ?– L’amour ne se mérite pas. Il se donne. Il se reçoit. Il se choisit.– Je choisis Julien.– Et lui, il vous choisit ?– Oui.– Alors pourquoi avez-vous peur ?– Parce que je ne suis pas sûre de mériter d’être choisie.– Vous méritez d’être aimée. Pas parce que vous êtes parfaite. Parce que vous êtes vous.– C’est difficile à croire.– Ça viendra.Un
Je retournai me coucher. Je ne pleurai pas. Je ne dormis pas non plus.Je restai allongée, à fixer le plafond, à écouter battre mon cœur.La frontière était rétablie. Je l’avais voulu. Je l’avais fait.Mais quelque chose en moi venait de mourir, un peu.Et je savais que, demain, il faudrait recomme
Les nuits suivantes, je fis moins de cauchemars.Mais je savais qu’ils reviendraient. Ils reviennent toujours, quand on a des blessures qui ne sont pas guéries. La peur de l’abandon, la honte d’avoir été rejetée – ça ne disparaît pas en quelques jours.Une semaine plus tard, le cauchemar revint.Pa
Il posa sa main sur mon épaule. Un geste simple, sans arrière-pensée. Je me raidis d’abord, puis je me détendis.– Merci de m’avoir écouté, dis-je.– C’est normal. On est colocataires, non ?Il sourit. Je souris aussi.Colocataires. C’était le mot qu’il avait choisi. Pas « amis ». Pas « partenaires
Il tira une longue bouffée, souffla la fumée vers le ciel. La nuit était claire, étoilée. On voyait les toits de Paris, les lumières de la tour Eiffel au loin.– Elle est morte quand j’avais dix ans, dit-il. Cancer. En six mois, elle est passée de la femme la plus vivante que je connaisse à un fant







