FAZER LOGINLes semaines suivantes furent un tourbillon d’émotions.J’étais heureuse, bien sûr. Un bébé, c’était une bénédiction, un miracle, une promesse. Mais j’avais peur. À quarante-deux ans, chaque grossesse est une aventure. Les risques étaient plus élevés, les complications plus fréquentes. Je lisais tout, je m’inquiétais de tout. Chaque petite douleur, chaque petit saignement, chaque petit signe me terrorisait.– Ça va ? demandait Julien.– Ça va.– Tu es pâle.– Je suis fatiguée.– Tu as mal ?– Un peu.– Où ?– Au ventre.– On appelle le médecin ?– Non. Ce n’est rien.– Tu es sûre ?– Je suis sûre.Je ne l’étais pas. Mais je ne voulais pas l’inquiéter.Les nuits, je faisais des cauchemars. Des cauchemars où je perdais le bébé, où je saignais, où je mourrais. Je me réveillais en sursaut, les mains sur mon ventre, à vérifier que tout allait bien.– Tu as rêvé ? murmurait Julien.– Oui.– Le même ?– Le même.– Il ne se réalisera pas.– Tu ne peux pas le savoir.– Je le sais.– Tu le sens
– Tous les jours.– Même quand je suis jaloux ?– Surtout quand tu es jaloux. Parce que c’est là que tu as besoin de moi.– Je suis con.– Tu es humain.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il rit. Je ris.– Je t’aime, Léa.– Je t’aime, Julien.– Tu es sûre que toi seul comptes ?– Je suis sûre.– Alors je te crois.– C’est bien.– C’est nécessaire.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il se leva. Il vint s’asseoir à côté de moi. Il me prit dans ses bras.– Je t’aime, Julien.– Je t’aime, Léa.– On va y arriver.– On va y arriver.– On est arrivés ?– Presque.– Il manque quoi ?– Rien. Tout. La vie.– On l’a, la vie.– Oui. On l’a.– Alors c’est parfait.– C’est notre vie.– La plus belle.– La nôtre.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.***Les semaines passèrent. La vie reprit son cours, douce, paisible. Les enfants étaient à l’école, Julien au travail, moi à mon studio de danse. Nous avions retrouvé notre rythme, notre équilibre, notre amour.Puis un matin,
Il baissa la tête. Il prit ma main.– Pardon, dit-il.– Tu es pardonné.– Vraiment ?– Vraiment. Mais il faut que tu arrêtes. Cette jalousie, elle nous a déjà fait assez de mal.– Je vais essayer.– Ce n’est pas suffisant.– Alors je vais réussir.– Tu promets ?– Je promets.– Tes promesses…– Celle-ci, je la tiendrai.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.– Je t’aime, Julien.– Je t’aime, Léa.– Toi seul comptes. Tu le sais ?– Je le sais.– Alors pourquoi tu doutes ?– Parce que j’ai peur.– De quoi ?– De te perdre. De perdre ce qu’on a construit. De devenir un vieux con jaloux que personne ne supporte.– Tu ne deviendras pas ça.– Tu ne peux pas le promettre.– Si. Je te le promets.– Tes promesses…– Celle-ci, je la tiendrai.Il sourit. Je souris.Le taxi s’arrêta devant notre maison. Les volets étaient ouverts. Le jardin était fleuri. Sophie nous attendait sur le pas de la porte, avec les enfants.– Maman ! Papa ! crièrent Élodie et Louis en courant vers nous.Ils sautèrent
– Pour nous aussi.– Vous êtes charmants.– Vous aussi.– On se reverra ?– Si vous voulez.– Je veux.– Alors à bientôt.– À bientôt.Il sortit. La porte se referma derrière lui.– C’est un homme bien, dis-je.– C’est un homme seul.– C’est triste.– C’est sa vie.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Je me blottis contre Julien.– Je t’aime, Léa.– Je t’aime, Julien.– On a de la chance.– On s’est battus.– On a gagné.– On a survécu.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il m’embrassa. Je me blottis contre lui.– On rentre à l’hôtel ? demanda-t-il.– On rentre.– À pied ?– À pied.– La nuit est belle.– La ville est belle.– Toi aussi.– Toi aussi.– On est beaux.– On est vieux.– On est amoureux. C’est plus fort.– C’est plus doux.– C’est plus vrai.– C’est plus nous.Il prit ma main. Nous sortîmes.New York brillait de mille feux. Les gratte-ciel, les réverbères, les néons. Les gens, les voitures, les bruits.– Tu es heureuse ? demanda Julien.– Oui.– Vraim
Le dîner s’annonçait plus animé que prévu.Christian Kensington était un homme fascinant. Il parlait de tout, de rien, de ses voyages, de ses affaires, de ses regrets. Il avait un humour caustique, une intelligence vive, une sensibilité qu’il cachait sous des couches de cynisme.– Vous savez, dit-il, j’ai pensé à vous, parfois.– À nous ? dit Julien.– À votre couple. À votre histoire. Vous êtes partis de rien, d’un mensonge, d’un contrat. Et vous avez construit quelque chose de solide.– Nous avons survécu.– Vous avez vaincu.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il leva son verre.– À vous, dit-il.– À vous, répondîmes-nous.Nous bûmes.– Vous êtes le couple qui a osé mentir, dit Christian. J’aime ça.– Vous aimez les menteurs ? dis-je.– J’aime les gens qui assument leurs erreurs. Qui les transforment en forces. Qui en font des histoires.– C’est ce qu’on a essayé de faire.– Vous avez réussi.– Merci.– De rien.– Ce n’est pas rien.– Je sais.Il commanda un deuxième pla
Il me prit en photo. Moi, assise sur le banc, le sourire aux lèvres, les cheveux dans le vent. Derrière moi, le lac, les arbres, les gratte-ciel.– Elle est belle, dit-il en me montrant le cliché.– Je suis vieille.– Tu es belle et vieille.– C’est un compliment ?– C’est une vérité.– Tu es odieux.– Je suis amoureux. C’est pire.– Pire ?– Mieux.Il rit. Je ris.Il me prit dans ses bras. Il m’embrassa.– Je t’aime, Léa.– Je t’aime, Julien.– On a de la chance.– On s’est battus.– On a gagné.– On a survécu.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il sourit. Je souris.***Le soir, nous décidâmes de dîner dans un restaurant italien, non loin de l’hôtel. La salle était petite, intime, éclairée aux bougies. Des nappes à carreaux, des chandelles dans des bouteilles de Chianti, des photos de stars au mur. Le patron nous accueillit avec un large sourire, un accent chantant.– Bienvenu ! Vous êtes français ?– Oui, dit Julien.– J’adore la France. Paris, la Tour Eiffel, le vin.–
Édouard appela le lendemain matin.Julien décrocha, posa le téléphone sur la table pour que j’entende.– Alors, mon petit-fils, c’est vrai ? Vous vous êtes fiancés ?– C’est vrai, Grand-père.– Enfin ! Je commençais à désespérer. Vous avez fixé une date ?– Pas encore. On prend notre temps.– Ne pr
Le lendemain, Julien sortit un écrin de son bureau.Il était petit, carré, en cuir noir. Il le posa sur la table de la cuisine, entre nos tasses de café.– Ouvre, dit-il.Je soulevai le couvercle. Un diamant. Gros, brillant, taillé en solitaire. Il jetait des éclats sous la lumière, des reflets ble
– Ne sois pas désolé. Sois conséquent. Assume ce que tu es : un lâche, un menteur, un type qui a besoin d’écraser les autres pour se sentir grand.– Tu as raison, dit-il, la voix étranglée. J’ai été nul. Mais j’ai changé, en prison.– On ne change pas en prison. On apprend à mieux cacher ses défaut
Thomas continua, encouragé par le silence de Julien.– Tu sais, Léa, elle n’a jamais compté pour moi. C’était une bonne poire. Une fille qu’on épouse parce qu’elle est gentille, parce qu’elle cuisine bien, parce qu’elle ne pose pas de questions. Mais elle ne m’a jamais fait vibrer. Jamais.– Ce ne







