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CHAPITRE 12 : Le choc

작가: L'encre
last update 게시일: 2026-04-21 14:12:12

Ses cheveux bruns, légèrement ondulés, étaient coiffés avec une précision qui semblait négligée – comme s’il avait passé la main dedans trois fois et que le résultat était parfait par hasard. Son costume gris anthracite tombait parfaitement sur ses épaules larges, sur son torse qu’on devinait dessiné sous le tissu, sur ses jambes interminables.

Il était indécent. Pas dans le sens vulgaire. Dans le sens où il était trop beau pour être vrai. Trop beau pour être un simple gigolo. Trop beau pour être humain, presque. Une anomalie de la nature, un accident génétique, une punition du destin pour toutes les femmes qui croisaient son chemin.

– Vous êtes « Jules » ? soufflai-je.

Ma voix n’était qu’un murmure rauque. Je déglutis. Mes mains tremblaient sur la table, je les cachai sous mon sac.

– Je préfère Julien, dit-il en s’asseyant face à moi sans y avoir été invité. Mais pour le contrat, vous m’appellerez comme vous voudrez.

Il s’installa avec une grâce nonchalante, croisa une jambe sur l’autre, posa ses avant-bras sur les accoudoirs de la chaise. Tout chez lui respirait la confiance, la puissance, cette assurance tranquille des hommes qui n’ont jamais eu à prouver quoi que ce soit à personne.

J’ouvris la bouche. Rien ne sortit.

Il me regarda, un demi-sourire aux lèvres. Pas un sourire de séduction appuyée. Un sourire amusé, presque tendre, comme s’il me trouvait charmante dans ma panique.

– Vous allez bien, Léa ?

Il avait dit mon prénom. Pas « Madame Bennett ». Mon prénom. Avec une familiarité douce, une intimité qu’il n’avait pas encore gagnée. Et pourtant, elle ne me déplut pas.

– Je… oui. Je vais bien.

Mensonge. Je n’allais pas bien depuis un an. Mais il n’avait pas besoin de savoir ça.

Il hocha la tête, comme s’il lisait à travers moi, comme s’il savait que je mentais et qu’il me laissait faire par politesse.

– Agathe m’a dit que vous vouliez le meilleur, reprit-il. Alors me voilà.

Sa voix était grave, chaude, avec ce léger accent que je n’arrivais toujours pas à situer. Suisse ? Belge ? Canadien ? Ou simplement une manière de parler unique, un rythme lent et posé qui forçait l’attention.

Il se pencha légèrement vers moi. L’espace entre nous se réduisit. Son parfum – un mélange de bois, de cuir, de tabac froid et d’agrumes – m’enveloppa comme une vague.

– Mais avant d’aller plus loin, j’ai une question.

Il marqua une pause. Ses yeux dorés plongèrent dans les miens.

– Êtes-vous sûre de vouloir payer un inconnu pour faire croire à votre ex que vous allez bien ?

La question me frappa en plein cœur. Il ne disait pas « pour vous sentir mieux » ou « pour passer une bonne soirée ». Il disait la vérité crue : je voulais faire croire. Jouer la comédie. Même pas pour moi – pour lui. Pour Thomas.

Je me raidis. Ma mâchoire se serra.

– Très sûre, dis-je, la voix plus dure que je ne l’aurais voulu.

Julien soutint mon regard un long moment. Puis il hocha la tête, comme si ma réponse le satisfaisait.

– Bien, dit-il en sortant un contrat de sa veste. Alors parlons chiffres.

Il posa le document sur la table, entre nos deux tasses. Quatre pages blanches, agrafées, avec une police sobre et professionnelle.

– Et préparez-vous, mademoiselle Bennett. Ça va vous coûter cher.

Son sourire s’élargit. Pas un sourire de gigolo. Un sourire d’homme qui savait qu’il détenait toutes les cartes, et qui attendait juste que je m’en rende compte.

Je soutins son regard, refusant de baisser les yeux la première.

– Je suis prête, mentis-je.

Nous verrions bien.

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