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CHAPITRE 10 : Le mystérieux « Jules »

Auteur: L'encre
last update Date de publication: 2026-04-21 14:07:19

Silence. Agathe devait soupeser la vérité de cette affirmation.

– Je comprends. Nous avons plusieurs profils susceptibles de vous convenir. Tous nos cavaliers sont formés à l’étiquette, aux relations publiques, et savent s’adapter à des environnements très huppés. Certains ont même joué dans des films. D’autres sont d’anciens mannequins.

– Je veux le meilleur, coupai-je. Celui qui fait tourner les têtes. Celui qui, quand il entre dans une pièce, fait oublier tous les autres hommes.

Agathe eut un petit rire, pas moqueur, plutôt complice.

– Vous êtes exigeante. J’aime ça. J’ai justement un profil qui pourrait vous convenir. Il s’appelle Jules. Il est… particulier.

– Particulier comment ?

– Il impose ses propres conditions. Il choisit ses clientes, pas l’inverse. Il travaille rarement, seulement sur des coups de cœur. Et il est beaucoup plus cher que les autres.

Mon cœur fit un bond.

– Il est si bien que ça ?

– Il est… différent, répondit Agathe avec une prudence qui en disait long. Disons qu’il a une présence magnétique. Je ne peux pas vous en dire plus. Il faudra le rencontrer pour juger par vous-même.

– D’accord. Quand ?

– Je lui transmets votre dossier. S’il accepte, il vous contactera directement pour fixer un rendez-vous. Dans un café, un lieu public. Il ne travaille qu’en face à face.

– Pas de photo ? Pas de profil ?

– Il dit que la surprise fait partie du charme.

Je faillis rire. Un gigolo mystérieux qui se prend pour un agent secret. Soit c’était génial, soit c’était une arnaque monumentale. Mais j’étais trop avancée pour reculer.

– Très bien, dis-je. J’attends son appel.

Je raccrochai. La cuisine était silencieuse. La boîte de céréales était ouverte sur le plan de travail, et une petite fourmi explorait le rebord.

J’écrasai la fourmi du bout du doigt.

Désolée, petite sœur. Mais je n’avais plus de place pour la pitié, même pour les insectes.

***

L’appel arriva le lendemain.

Je dormais. Il était 10 heures du matin – une heure matinale pour moi, ces temps-ci. Le téléphone vibra sur la table de nuit, et je l’attrapai sans ouvrir les yeux.

– Allô ? grommelai-je.

– Léa Bennett ?

La voix était grave, chaude, avec un léger accent que je ne pus identifier. Un accent européen, peut-être. Ou simplement une manière de parler particulière, un rythme lent et posé qui forçait l’attention.

– Oui, c’est moi.

– Je suis Jules. Agathe m’a parlé de vous. J’ai lu votre dossier.

Je me redressai dans le lit, soudain parfaitement réveillée.

– Et ?

– Et j’accepte de vous rencontrer. Demain, 14 heures, au café « L’Évidence », rue de la Paix. Vous connaissez ?

– Non, mais je trouverai.

– Bien. Une dernière chose, Léa.

Mon prénom. Il avait dit mon prénom, pas « Madame Bennett ». Il y avait une familiarité dans sa voix, une proximité qui n’était pas encore acquise.

– Oui ?

– Ne vous attendez à rien. Je ne suis pas ce que vous imaginez.

Il raccrocha.

Je restai figée, le téléphone collé à l’oreille, à écouter la tonalité. Pas ce que j’imaginais ? Qu’est-ce que j’imaginais, au juste ? Un gigolo musclé au sourire Colgate ? Un playboy fatigué aux yeux cernés ? Un arnaqueur aux dents longues ?

Je ne savais pas. Et c’était peut-être ça, son avantage.

Je passai l’après-midi à me préparer pour le lendemain. Je sortis la robe que je n’avais pas portée depuis des lustres – une petite robe noire sobre mais élégante, celle que je mettais pour les entretiens importants. Je me lavai les cheveux, me fis un masque, me vernis les ongles.

Même si c’est pour un gigolo, je veux qu’il me respecte.

Le soir, je commandai une vraie salade, pas une pizza surgelée. Je bus de l’eau, pas du vin. Je me couchai tôt, comme une enfant avant la rentrée des classes.

Mais je ne dormis pas.

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