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CHAPITRE 11 : Rendez-vous au café

作者: L'encre
last update 公開日: 2026-04-21 14:11:46

Les heures défilèrent, et mon esprit tournait en boucle. Et si c’était un pervers ? Et si c’était un faux profil ? Et si Thomas apprenait que j’avais loué un gigolo, et qu’il s’en servait pour me ridiculiser encore plus ?

Mais une autre voix, plus forte, couvrait mes doutes.

Tu n’as plus rien à perdre, Léa. Tu as déjà touché le fond. Maintenant, tu remontes. Avec ou sans échelle.

***

Le café « L’Évidence » était un lieu chic, aux tables de marbre et aux serveurs en tablier noir.

J’étais arrivée en avance – 13 h 45. J’avais toujours eu cette manie, celle d’arriver trop tôt pour ne pas laisser le temps à l’anxiété de s’installer. Mais elle s’installait quand même.

Je m’assis en terrasse, commandai un thé vert que je ne bus pas, et j’attendis.

14 heures. Personne.

14 h 05. Rien.

14 h 10. Je commençais à me dire que je m’étais fait avoir, que j’allais rentrer chez moi la queue entre les jambes, quand une ombre s’allongea sur ma table.

– Léa Bennett ?

La voix. Je la reconnus tout de suite. Grave, chaude, ce léger accent.

Je levai les yeux.

Et le monde s’arrêta.

L’homme qui se tenait devant moi était… indécent. Pas dans le sens vulgaire. Dans le sens où il était trop beau pour être vrai. Trop beau pour être un simple gigolo. Trop beau pour être humain, presque.

Grand, très grand, avec des épaules larges qu’un costume gris anthracite soulignait sans ostentation. Des cheveux bruns, légèrement ondulés, coiffés avec une précision qui semblait négligée. Des yeux – je ne pouvais pas voir la couleur, cachés derrière des lunettes de soleil – mais leur forme, leur intensité, suffisaient à me couper le souffle.

– Vous êtes « Jules » ? soufflai-je.

Il enleva ses lunettes.

Des yeux noisette, presque dorés sous la lumière du soleil. Un regard qui me transperça, qui sembla lire derrière mes cernes maquillés, derrière mon sourire de façade, derrière mes blessures.

– Je préfère Julien, dit-il en s’asseyant face à moi sans y avoir été invité. Mais pour le contrat, vous m’appellerez comme vous voudrez.

J’ouvris la bouche. Rien ne sortit.

Julien me regarda, un demi-sourire aux lèvres, et ajouta :

– Agathe m’a dit que vous vouliez le meilleur. Alors me voilà. Mais avant d’aller plus loin, j’ai une question.

Il se pencha légèrement vers moi. Son parfum – un mélange de bois, de cuir, de quelque chose de plus amer – m’enveloppa.

– Êtes-vous sûre de vouloir payer un inconnu pour faire croire à votre ex que vous allez bien ?

Je me raidis.

– Très sûre.

– Bien, dit Julien en sortant un contrat de sa veste. Alors parlons chiffres.

Il posa le document sur la table, entre nos deux tasses.

– Et préparez-vous, mademoiselle Bennett. Ça va vous coûter cher.

Son sourire s’élargit. Pas un sourire de gigolo. Un sourire d’homme qui savait qu’il détenait toutes les cartes, et qui attendait juste que je m’en rende compte.

Je ne savais pas encore que cette rencontre allait changer ma vie. Je ne savais pas encore que ce Julien, ce mystérieux « Jules », n’était pas du tout ce qu’il prétendait être.

Je ne savais rien.

Mais j’allais apprendre.

Il enleva ses lunettes.

Je n’étais pas préparée. Rien ne pouvait me préparer à ça. Les photos que j’avais vues sur les sites – ces hommes musclés aux sourires faux – n’avaient rien à voir avec l’être qui se tenait devant moi.

Ses yeux étaient noisette, presque dorés sous la lumière du soleil. Pas un noir profond, pas un bleu glacé. Non. Une couleur chaude, mordorée, qui semblait capter la lumière et la renvoyer en mille éclats. Et ce regard. Ce regard qui me transperçait, qui semblait lire derrière mes cernes maquillés, derrière mon sourire de façade, derrière mes blessures les plus intimes.

Il avait le visage taillé à la serpe – des pommettes hautes, une mâchoire carrée, une bouche fine aux lèvres légèrement ourlées. Pas un visage de mannequin lisse et aseptisé. Un visage d’homme, avec des rides naissantes au coin des yeux, une cicatrice à peine visible sur l’arcade sourcilière. Un visage qui avait vécu.

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