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Chapitre 02

ผู้เขียน: Vicky Danny
last update วันที่เผยแพร่: 2026-07-29 20:45:24

Un homme, de dos, une serviette blanche nouée négligemment autour des hanches, totalement absorbé par sa performance. Une brosse à cheveux en guise de micro, les yeux fermés, la tête renversée, il chante à pleine voix et esquisse un mouvement de bassin qui n'appartient qu'aux vrais passionnés de rock. Ses cheveux bruns ruissellent sur ses épaules, et les muscles de son dos se contractent au rythme de la musique imaginaire. C'est tellement inattendu, tellement absurde, tellement... humain, que je dois enfoncer mon poing contre mes lèvres pour étouffer un éclat de rire. Mais évidemment, ma légendaire maladresse choisit cet instant précis pour me trahir.

En reculant d'un pas, mon coude heurte un guéridon près du mur. Le choc est suivi d'un bruit cristallin — un vase en porcelaine, délicat et manifestement ancien, qui bascule et se fracasse sur le sol en une constellation d'éclats blancs. Le bruit déchire le silence comme une détonation. Je me fige. Chaque cellule de mon corps hurle « FUIS ! », mais je suis paralysée, les pieds vissés dans la moquette, le souffle coupé. Je ne peux qu'attendre, impuissante, que le chanteur à la serviette se retourne.

Il se fige. La brosse à cheveux reste suspendue en l'air. Puis il pivote lentement. Nos regards se croisent, et l'univers tout entier semble suspendre son souffle. Lui, interdit, les cheveux encore ruisselants, la serviette dangereusement basse sur ses hanches. Moi, pétrifiée comme une biche prise dans la lueur des phares, le visage en flammes.

Ses yeux sont d'un bleu profond, presque gris, et me détaillent avec un mélange de stupéfaction et d'amusement naissant. Ses traits sont nets, anguleux, et une ombre de barbe assombrit sa mâchoire. Il est plus jeune que je ne l'imaginais. Et bien plus... déstabilisant.

— Qui êtes-vous ? demande-t-il, la voix légèrement rauque.

— Je... je suis absolument désolée ! Je ne voulais pas... Je veux dire, je suis entrée pour déposer... Enfin, je travaille ici !

Bravo, Aurora. D'une éloquence renversante.

Peut-être que le sol pourrait s'ouvrir et m'engloutir ? Non ? Vraiment pas ? Il me regarde, puis baisse les yeux vers sa serviette qui manifeste des velléités de reddition. Dans un geste rapide et étonnamment gracieux, il la rattrape d'une main ferme, ce qui ne m'empêche pas d'apercevoir un peu plus de peau hâlée que ce que la bienséance recommande.

Oh, pour l'amour du ciel.

Je vais mourir. Littéralement mourir d'embarras. Mes joues doivent arborer la teinte exacte d'une pivoine en pleine floraison. Si la honte était une arme, je serais déjà pulvérisée sur le carrelage, réduite à l'état de particules confuses. Mais non, bien sûr, je reste là, figée, comme l'héroïne pathétique d'un vaudeville cosmique.

— Eh bien, dit-il, et un sourire en coin étire lentement ses lèvres, voilà une manière pour le moins... théâtrale de commencer la journée.

— Je suis terriblement navrée ! Je vais... je vais partir immédiatement ! Désolée pour le vase, je vous jure que je vous rembourserai !

— Attendez.

Je me fige, la main déjà sur la poignée de la porte. Mon cœur s'arrête une fraction de seconde. Attendez quoi ? C'est le moment où il va me signifier mon renvoi, n'est-ce pas ? Ou pire, me tendre une facture avec un nombre de zéros qui me donnera le vertige. Bonjour, Mademoiselle Bennett. Vous nous devez l'équivalent de trente-six mois de votre salaire pour ce vase qui appartenait à la collection privée d'un antiquaire vénitien. Passez une excellente journée.

Je visualise déjà mon compte en banque, ce désagrément financier, et calcule mentalement le nombre de petits boulots qu'il me faudra cumuler pour survivre. Puis sa voix revient, calme mais teintée d'une autorité tranquille, qui coupe net le fil de mes pensées catastrophistes :

— Comment vous appelez-vous ?

Oh non. Il veut mon nom. Pour le noter dans un registre noir. Pour l'ajouter à une liste de personnes à bannir de tous les établissements de luxe de la planète.

— Aurora. Aurora Bennett.

— Eh bien, Aurora, savez-vous que vous venez de réduire en miettes un vase Ming qui a survécu à trois dynasties ?

Ma gorge se serre. Je sens mes doigts devenir glacés.

— Je suis vraiment, profondément désolée. Je ne cherchais pas à...

Il éclate de rire. Un rire franc, chaleureux, presque enfantin, qui rebondit contre les murs de la suite et me percute de plein fouet.

— Rassurez-vous. C'était une reproduction. Une jolie reproduction, certes, mais une reproduction.

Je le dévisage, méfiante. Une reproduction ? Dans la suite Impériale du Grand Astoria ? Qui décore une suite à trois mille euros la nuit avec des copies ?

— Vous plaisantez ?

Son sourire s'accentue, et une lueur malicieuse danse dans ses yeux.

— Peut-être. Peut-être pas. Après tout, vous venez de vous introduire dans ma suite sans autorisation et d'assister à mon récital privé. Je dirais que nous sommes quittes.

Je sens un sourire timide se frayer un chemin sur mes lèvres, malgré la situation.

— Je suis vraiment confuse pour... tout cela.

— Dites-moi, Aurora, espionnez-vous souvent vos clients pendant leurs performances musicales sous la douche ?

— Non ! Enfin, non, c'est la première fois, je vous le jure !

Il s'approche d'un pas nonchalant, retenant toujours sa serviette d'une main comme si cet accessoire était la chose la plus naturelle du monde.

— Dans ce cas, je suis honoré d'être votre première victime. Peut-être devrais-je vous recruter comme public permanent ? Qu'en pensez-vous ?

Je ris nerveusement, m'efforçant de ne pas détailler la ligne de ses épaules, ni les gouttes d'eau qui glissent paresseusement le long de son torse. Focus, Aurora. Regardez ailleurs. Le plafond est très intéressant. Très blanc. Très... plafond.

— Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée. Je suis déjà très occupée à... ne pas détruire d'autres pièces de mobilier.

Son sourire s'élargit, et dans son regard pétillant, je devine qu'il ne prend décidément rien au sérieux. Ou peut-être que si, justement, mais pas de la manière que j'imagine.

— Très bien, Aurora. Je suppose que nos chemins se recroiseront dans les couloirs de l'hôtel.

Je hoche la tête, le cœur battant à un rythme parfaitement déraisonnable, étrangement soulagée que l'échange se termine... et pourtant, une infime partie de moi, que je préfère ignorer, est déçue.

— Oui, sans doute. Encore toutes mes excuses pour le dérangement.

Je m'extirpe de la suite, refermant la porte derrière moi avec un soupir qui semble venir du fond de mon âme. Dans le couloir désert, je m'adosse au mur tapissé de soie, les jambes flageolantes, et laisse échapper un long souffle. Quelle humiliation cosmique ! Sérieusement, Aurora, un récital de rock sous la douche ? Et cette histoire de vase... « Peut-être. » Qu'est-ce que ça veut dire, « peut-être » ? Je vais passer la nuit à me retourner dans mon lit en imaginant sa valeur réelle. Six mois de salaire ? Un an ? Une décennie de privations ?

Puis la lumière se fait. Tardive. Comme toujours.

Je baisse les yeux vers mes mains vides.

Les contrats.

Parfait. Absolument parfait. La touche finale à ce tableau impressionniste du désastre. Je pourrais retourner les chercher... Non. Hors de question. Pas après ce qui vient de se passer. Je trouverai un moyen de les lui faire parvenir sans croiser son regard une seconde fois. Peut-être en les confiant à un groom avec instruction de les glisser sous la porte et de détaler sans demander son reste. Oui, ça me semble être l'idée la plus brillante de ma journée ce qui, étant donné le niveau général de la journée, n'est pas très difficile à battre.

Je me redresse, rajuste mon gilet de champignon, et prends la direction de l'escalier de service. Au moins, là-bas, personne ne chante.

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