เข้าสู่ระบบPoint de vue d'Aurora
Je me tiens à l'arrière de la salle de repos du personnel, une tasse de thé tiède entre les mains, tentant désespérément de remettre un semblant d'ordre dans le chaos de mes pensées.
Récapitulons, me dis-je en sirotant une gorgée qui me brûle légèrement la langue. Ce matin, j'ai surpris Monsieur Ashford, l'homme le plus intimidant et le plus troublant que j'aie jamais rencontré, en train de chanter du Queen dans sa salle de bain. Jusque-là, c'était déjà passablement embarrassant. Mais ensuite, il a décidé de pousser l'humiliation jusqu'à des sommets inexplorés en m'accueillant... dans le plus simple appareil. Oui, nu comme un ver. Avec un livre à la main et un sourire parfaitement satisfait.
Franchement, quelles sont les probabilités ? Sur les milliards d'êtres humains qui peuplent cette planète, il fallait que ce soit moi qui tombe sur un tel moment. Peut-être qu'une divinité s'ennuie ferme là-haut et a décidé de transformer mon existence en comédie romantique de série B.
Je fixe un point imaginaire sur le mur crème, espérant que ma honte finira par s'y dissoudre comme un sucre dans de l'eau tiède. Et pourquoi faut-il que je me rappelle chaque détail avec une précision chirurgicale ? Chaque goutte d'eau qui ruisselait sur son torse, la ligne de ses épaules, la manière dont ses doigts tenaient ce roman... Non. Stop. Pas question que mon cerveau reparte en exploration sur ce terrain miné.
— Aurora, tu as l'air d'avoir croisé un fantôme. Ou alors tu viens enfin de réaliser que ce café est une insulte à la profession de barista.
Je sursaute, renversant un peu de thé sur mon gilet déjà froissé. Magnifique. Voilà Justine, ma collègue et, accessoirement, la reine incontestée des questions qui tombent toujours au mauvais moment.
— Rien, je vais très bien, dis-je en tentant d'esquisser un sourire crédible.
— Oh non, tu ne vas pas bien du tout. Ça se lit sur ta figure comme dans un livre ouvert. Allez, raconte-moi tout.
Je secoue la tête, cherchant désespérément une diversion.
— Vraiment, Justine, rien d'intéressant.
Mais elle plisse les yeux, un sourire malicieux flottant sur ses lèvres.
— Attends une seconde... C'est ce regard. Ce regard précis que tu affiches quand un garçon t'a mise dans l'embarras. Alors, qui est l'heureux élu ?
— Personne, je te jure.
— Tu sais que tu es une menteuse absolument pitoyable ?
Je n'ai pas le temps de riposter que mon téléphone vibre dans ma poche. Je le saisis avec un empressement presque indécent, trop heureuse d'échapper à son interrogatoire. Mais mon soulagement s'évapore instantanément quand je vois le nom qui s'affiche sur l'écran. Mr Holloway. Le chef de réception.
— C'est le chef, je murmure.
Justine écarquille les yeux, sa curiosité grimpant en flèche.
— Holloway ? Qu'est-ce que tu as fait ?
— Rien ! Enfin, je ne crois pas.
Je décroche, priant intérieurement pour qu'il s'agisse d'une mission banale et sans danger. Une salle à préparer, du linge à réceptionner, n'importe quoi qui ne m'approche pas du dernier étage.
— Miss Bennett, commence-t-il de sa voix pincée, Mr Ashford a demandé votre présence pour superviser une réunion importante dans la suite Impériale. Vous devez y être dans dix minutes.
Mon cœur s'arrête net. Encore la suite Impériale ?! Pourquoi pas une mission dans les archives du sous-sol, ou mieux, un transfert définitif vers un établissement situé à l'autre bout du continent ? Tout sauf retourner là-haut.
— Mais... Je... Quelqu'un d'autre ne peut pas s'en charger ?
— Non. C'est vous qu'il a spécifiquement demandée.
Ma bouche s'assèche instantanément. Bien sûr qu'il m'a demandée. Cet homme semble avoir fait le vœu solennel de me pousser lentement mais sûrement vers une crise de nerfs. Pourquoi moi ? L'hôtel regorge de personnes compétentes, efficaces et qui n'ont jamais brisé de vase sous ses yeux. Pourquoi faut-il que je sois la cible de son petit jeu, ou pire, de son attention ?
— Très bien. J'y vais.
Je raccroche, et Justine me fixe immédiatement, un sourire triomphant étirant ses lèvres.
— Alors, c'est Ashford ? Je le savais. Je l'aurais parié.
— Ce n'est pas du tout ce que tu imagines !
— Oh, c'est exactement ce que j'imagine, dit-elle, son sourire s'élargissant encore. Peut-être même... torride ?
Je lève les yeux au plafond, mais mes joues me trahissent en s'empourprant.
— Arrête ! Ce n'est absolument pas ça !
— Bien sûr, bien sûr. Allez, file, et essaie de ne pas mourir de honte en chemin, conclut-elle en m'adressant un clin d'œil parfaitement exaspérant.
Comme si c'était si facile. Ça se voit que ce n'est pas elle que le grand Adrian Ashford a décidé de prendre pour cible. Elle n'a pas dû affronter son sourire en coin, ses répliques lourdes de sous-entendus et, pire encore que tout le reste... son absence totale et assumée de vêtements.
Un frisson me parcourt l'échine rien que d'y repenser. Pourquoi fallait-il que ce soit moi ?
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Quelques minutes plus tard, je me tiens devant la double porte en acajou de la suite Impériale, respirant comme si je venais de gravir les dix étages à pied.
Tu peux y arriver, Aurora. Ce n'est qu'une réunion. Rien de menaçant. Et cette fois, il sera habillé. Enfin, logiquement. Sauf s'il a décidé de recevoir ses collaborateurs en peignoir, ce qui, venant de lui, n'est pas totalement à exclure.
Je frappe trois coups discrets. Rien. Je recommence, un peu plus fermement. Toujours le silence. Génial. Peut-être qu'il n'est pas là ? Je devrais faire demi-tour, non ? Déposer un mot à la réception et m'éclipser pendant qu'il en est encore temps. Mais alors que je commence à baisser la main, la porte s'ouvre brusquement, comme si elle avait perçu mes hésitations. Et là, je me retrouve face à lui. Habillé.
Alléluia.
Enfin, habillé est un grand mot. Mon regard descend malgré moi, et le voilà : il est en train de boutonner sa chemise, dévoilant un torse qui semble avoir été ciselé par un sculpteur de la Renaissance en pleine crise d'inspiration divine. Ses doigts, lents et parfaitement précis, referment chaque bouton avec une nonchalance qui tutoie la provocation pure.
Évidemment. Parce qu'il ne peut pas simplement être prêt et correctement vêtu comme n'importe quel être humain normalement constitué. Ce serait trop simple. Je détourne les yeux, cherchant fébrilement un point de fuite visuel. La moquette ? Oui, voilà. La moquette. Très... moquettée. D'une texture remarquable.
— Aurora, dit-il en levant les yeux vers moi avec un sourire en coin parfaitement maîtrisé. Toujours aussi ponctuelle.
Je me racle la gorge, m'efforçant d'éviter de regarder directement... la zone concernée.
— Je suis là pour superviser la réunion, Monsieur Ashford.
Il arque un sourcil, son sourire s'élargissant d'un millimètre.
— Quelle réunion ?
Je bats des paupières, déconcertée.
— La... réunion dont on m'a informée ? Celle que vous avez demandée ?
— Ah, intéressant. Et vous êtes certaine que je vous ai demandée, vous, pour superviser une réunion ?
Mon cerveau émet un bruit de court-circuit. Je sens mes joues entamer leur ascension thermique habituelle.
— Je... Oui. Enfin, je suppose. Vous avez sollicité quelqu'un, et mon supérieur a désigné... moi.
Il hoche la tête avec lenteur, comme s'il méditait une question métaphysique de la plus haute importance, mais l'étincelle qui danse dans ses yeux raconte une tout autre histoire.
— Fascinant.
Il termine de boutonner sa chemise, mais prend un temps infini pour enfiler sa veste, bougeant avec une lenteur qui semble méticuleusement calculée. Il ajuste chaque manche avec une précision absurde, comme s'il attendait que je me consume sur place.
Je croise les bras, tentant de m'accrocher à un vestige de contenance.
— Si vous n'avez pas de réunion, je peux disposer, dis-je, priant silencieusement pour qu'il accepte cette issue.
— Oh, mais non, Aurora. Ce serait du gâchis de vous renvoyer alors que vous voilà, fin prête à superviser... quelque chose.
Qu'est-ce qu'il insinue par là ? Quelque chose ? Il se paie ma tête, c'est une certitude maintenant. Mr Holloway m'a pourtant bien affirmé que c'était moi qu'il avait demandée. Moi. Pas une autre. Et voilà que soudainement, il n'y aurait plus de réunion ? C'est quoi cette mascarade ?Je tente de reprendre contenance, mais les rouages de mon esprit tournent à plein régime. Soit quelqu'un s'est joué de moi à la direction, soit cet homme a décrété que sa nouvelle mission existentielle consistait à me déstabiliser à chaque interaction.— Vous paraissez tendue, observe-t-il en ajustant ses boutons de manchette avec une minutie presque exaspérante.— Pas du tout, je suis simplement... concentrée, dis-je, implorant intérieurement ma voix de ne pas trahir la confusion qui me submerge.— Hm. Intéressant.Intéressant ? Non mais qu'est-ce que ça veut dire, à la fin ? Pourquoi est-il ainsi ? Est-ce un divertissement pour lui, ou bien a-t-il véritablement un penchant pour les expériences psycholog
Point de vue d'AuroraJe me tiens à l'arrière de la salle de repos du personnel, une tasse de thé tiède entre les mains, tentant désespérément de remettre un semblant d'ordre dans le chaos de mes pensées.Récapitulons, me dis-je en sirotant une gorgée qui me brûle légèrement la langue. Ce matin, j'ai surpris Monsieur Ashford, l'homme le plus intimidant et le plus troublant que j'aie jamais rencontré, en train de chanter du Queen dans sa salle de bain. Jusque-là, c'était déjà passablement embarrassant. Mais ensuite, il a décidé de pousser l'humiliation jusqu'à des sommets inexplorés en m'accueillant... dans le plus simple appareil. Oui, nu comme un ver. Avec un livre à la main et un sourire parfaitement satisfait.Franchement, quelles sont les probabilités ? Sur les milliards d'êtres humains qui peuplent cette planète, il fallait que ce soit moi qui tombe sur un tel moment. Peut-être qu'une divinité s'ennuie ferme là-haut et a décidé de transformer mon existence en comédie romantique d
Point de vue d'AdrianJe n'aurais jamais cru que chanter du Queen sous la douche pouvait mener à une rencontre pareille. En me regardant dans le miroir de la salle de bain, les cheveux encore humides et la serviette nouée négligemment autour de la taille, je ne peux réprimer un sourire. Cette employée, Aurora, a transformé ma matinée insipide en un véritable vaudeville.Rouge comme une pivoine en pleine éclosion, elle n'arrêtait pas de bafouiller des excuses, tout en serrant ces contrats contre sa poitrine comme si c'était un gilet pare-balles. Et ce vase brisé... Je ris encore en y repensant. Heureusement que c'était une reproduction sans grande valeur, chinée chez un antiquaire de seconde zone. Mais pouvais-je honnêtement laisser passer l'occasion de la tourmenter un peu ? Absolument pas.Elle était tellement mortifiée qu'elle a pris la fuite sans même accomplir la mission pour laquelle elle était venue. Les contrats ? Toujours dans ses mains, probablement froissés à l'heure qu'il
Un homme, de dos, une serviette blanche nouée négligemment autour des hanches, totalement absorbé par sa performance. Une brosse à cheveux en guise de micro, les yeux fermés, la tête renversée, il chante à pleine voix et esquisse un mouvement de bassin qui n'appartient qu'aux vrais passionnés de rock. Ses cheveux bruns ruissellent sur ses épaules, et les muscles de son dos se contractent au rythme de la musique imaginaire. C'est tellement inattendu, tellement absurde, tellement... humain, que je dois enfoncer mon poing contre mes lèvres pour étouffer un éclat de rire. Mais évidemment, ma légendaire maladresse choisit cet instant précis pour me trahir.En reculant d'un pas, mon coude heurte un guéridon près du mur. Le choc est suivi d'un bruit cristallin — un vase en porcelaine, délicat et manifestement ancien, qui bascule et se fracasse sur le sol en une constellation d'éclats blancs. Le bruit déchire le silence comme une détonation. Je me fige. Chaque cellule de mon corps hurle « FUI
Je suis Aurora Bennett, championne de la discrétion et virtuose de l'effacement. Ici, au Grand Astoria, savoir se volatiliser au bon moment est un art que j'ai élevé au rang de discipline olympique. Personne ne remarque la fille qui rajuste les tentures ou remplace les savons parfumés dans les salles de bain. Et franchement, c'est tout ce que je demande. Cela me permet d'évoluer en silence, d'un pas précis mais effacé, parfaitement invisible dans les coulisses feutrées de ce palace.Travailler dans un hôtel de luxe, c'est comme faire partie d'une horloge suisse. Chaque geste est réglé, du pli millimétré des draps au murmure feutré des voix dans les couloirs. Moi ? Je suis le rouage silencieux qui permet au mécanisme de tourner sans grincer. Et ça me va parfaitement.Ce matin, mon thé a malheureusement décidé de faire connaissance avec mon chemisier blanc. Une tache brune s'étale désormais juste au-dessus de ma poitrine, comme une carte de l'archipel du Désastre. Magnifique. Me voilà d







