تسجيل الدخولJe les reconnais toutes. Certaines, je les ai prises moi-même. Cassandre riant dans un champ de coquelicots, ses cheveux roux flamboyant sous le soleil. Cassandre lisant sous un arbre, absorbée, la lumière tachetant sa peau. Cassandre endormie, la bouche entrouverte, les cils sombres sur ses joues pâles. Cassandre sur une plage, le vent dans ses cheveux, tournée vers l'horizon comme si elle attendait quelque chose qui ne viendrait jamais.
Le silence retombe entre nous. Alexandre caresse doucement mon bras, un geste apaisant, presque inconscient.— C'est une histoire triste, dit-il.— Toutes mes histoires sont tristes. C'est pour ça que je ne les raconte jamais.— Raconte-les-moi quand même. Toutes. Je veux les connaître. Je veux te connaître.— Pourquoi ?— Parce que je t'aime. Et que l'amour, c'est aussi connaître les histoires tristes de l'autre. C'est les porter avec lui pour que le fardeau soit moins lourd.
Il hoche la tête, comme s'il prenait acte de ma réponse. Puis il se penche à nouveau, et cette fois, il n'y a plus de retenue, plus de prudence, plus de distance.Nous faisons l'amour avec la violence de l'orage qui fait rage dehors. Chaque mouvement est une vague qui nous emporte, chaque respiration un coup de tonnerre. Nos corps se cherchent, se trouvent, se perdent, se retrouvent dans une chorégraphie désespérée.Il est en moi, et pour la première fois, ce n'est pas une métaphore. Il est vraiment en moi, physiquement, totalement, absolument. Je le sens dans chaque fibre de mon être, dans chaque battement de mon cœur, dans chaque inspiration. Il est partout. Il est tout.
CassiaL'orage éclate vers minuit. Un de ces orages d'été qui transforment le ciel en champ de bataille, déchiré d'éclairs blancs, secoué par le tonnerre. La pluie frappe les vitres avec une violence presque animale, comme si le monde entier voulait entrer dans cette chambre.Je suis debout devant la fenêtre, à regarder le parc se tordre sous les rafales. Les cyprès du jardin secret ploient comme des roseaux, fouettés par le vent. Quelque part sous cette tempête, la tombe de Cassandre reçoit cette pluie diluvienne, et j'imagine les chrysanthèmes couchés par l'averse, leurs pétales arrachés, emportés vers on ne sait où.
CassiaDeux jours ont passé depuis la nuit du jardin secret. Deux jours étranges, suspendus, où Alexandre et moi n'avons presque pas parlé. Nous nous croisons dans les couloirs, nous échangeons des regards lourds de sens, mais les mots nous manquent. Comme si la tombe de Cassandre avait absorbé toutes nos paroles.Ce matin, je suis dans la bibliothèque, assise dans le grand fauteuil de cuir qui fait face à la cheminée éteinte. Un livre est ouvert sur mes genoux, mais je ne le lis pas. Mes yeux regardent les flammes imaginaires danser dans l'âtre vide.La porte s'ouvre. Anton entre, silencieux comme toujours. Il tient une enveloppe à la main.— Madame, dit-il. J'ai quelque chose pour vous.— Qu'est-ce que c'est ?— Une lettre. De votre sœur.Mon cœur s'arrête. Repart. S'emballe.— Une lettre
Cassandre est là. Depuis tout ce temps, elle est là, enterrée dans ce jardin secret, sous un tapis de chrysanthèmes. Alexandre ne l'a pas fait disparaître. Il l'a gardée près de lui, prisonnière de ce sanctuaire végétal, comme si elle pouvait revenir à la vie si on l'entourait d'assez de fleurs.Les larmes coulent sur mes joues, silencieuses, brûlantes. Je pleure ma sœur que je n'ai pas connue. Je pleure les années perdues, les occasions manquées, les mots jamais dits. Je pleure cette jeune femme qui a aimé un homme dangereux et qui en est morte.— Je suis là, Cassandre, murmuré-je contre la pierre froide. Je suis venue. Je suis ta petite sœur. Celle que tu as abandonnée, celle que tu as protégée en partant. Je suis là.Le vent se lève, agite les chrysanthèmes qui hochent la
Je me tourne brusquement, mais elle est déjà en train de s'éloigner, rejointe par les trois autres. Elles quittent le restaurant comme elles sont venues, en silence, laissant derrière elles une odeur de parfum et de mystère.Je reste assise, seule à la table vide. Les chrysanthèmes. Pourquoi les chrysanthèmes ?Le serveur revient, s'excuse, dépose l'addition. Je paie sans regarder le montant. Ma main tremble légèrement.Dans la rue, je cherche les quatre femmes du regard. Elles ont disparu, avalées par la foule. Comme si elles n'avaient jamais existé. Comme si elles étaient des fantômes venus me délivrer un message d'outre-tombe.Méfie-toi des chrysanthèmes.Je répète la phrase dans ma tête tout le long du chemin du retour. Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi cette fleur précis
ArianaLe silence après leur départ est plus lourd que leur présence. Il pèse sur mes épaules, sur mon crâne fraîchement tondu. Je respire. Un souffle lent, profond, qui cherche à apaiser le tremblement intérieur, à dompter la bête de panique qui se débat encore dans ma poitrine.Je ne quitte pas m
ArianaLe jour se lève, encore. Une bande de lumière pâle qui se fraie un chemin entre les stores, traçant une ligne de feu sur le parquet. Une nouvelle journée. Une nouvelle éternité.Je n’ai pas dormi. La fatigue est un poids de plomb dans mes os, mais mon esprit est un essaim de guêpes affolées,
La sirène n'était pas un salut. C'était un leurre, un grésillement lointain dans la nuit qui n'a fait qu'aiguiser la férocité de Nikos. La Mercedes a quitté les lieux avec une tranquillité obscène, ses pneus ne crissant même pas sur le gravier, comme si la voiture elle-même était une extension de l
ArianaLe silence est la première chose qui m’assaille. Un silence épais, lourd, artificiel. Ils ont même coupé le bourdonnement des ventilateurs, absorbé par une isolation acoustique parfaite. Seul le battement affolé de mon cœur, un tambour sauvage contre mes côtes, vient troubler ce vide sonore.







