MasukElle me regarde intensément.
— Sauve-toi, Cassia. Pars maintenant. Avant qu'il ne soit trop tard.
— Je ne peux pas.
— Pourquoi ?
Parce que je l'aime. Parce que je suis trop loin. Parce que je ne sais plus qui je suis sans lui.
— Parce que j'ai des choses à finir, dis-je.
— Des choses, ou une vengeance ?
Je sursaute. Elle sait. Elle aussi, elle sait.
— Je ne sais pas de quoi
CassiaIl est parti.Alexandre a été appelé en ville. Des affaires urgentes, encore. Il m'a embrassée sur le front avant de partir, un baiser rapide, presque furtif. Ses yeux étaient fatigués, marqués par la nuit blanche.— Je rentre tard, a-t-il dit. Ne m'attends pas.— Je t'attendrai quand même.Il a souri. Un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.Anton est parti avec lui. La maison est vide. Silencieuse. Mienne.Je reste assise dans le salon un long moment, à regarder la boîte posée sur la table basse. L'enveloppe d'Hélène est à côté. Je ne les ai pas ouvertes. Je n'ai pas eu le courage.Mais aujourd'hui, je n'ai plus le choix.Aujourd'hui, je dois savoir.Je commence par l'enveloppe. Mes mains tremblent quand je déchire le papier. Des photos tombent, des documents, des
Je le regarde. Dans ses yeux, je vois la douleur. Une douleur immense, ancienne, jamais cicatrisée. La douleur d'un homme qui a perdu tout ce qu'il aimait. La douleur d'un homme qui a peur de perdre encore.— Je suis celle qui est là, dis-je. C'est tout.— Ce n'est pas assez.Il m'attire contre lui. Brutalement. Ses bras m'enserrent, me serrent, m'étouffent presque. Je sens son cœur battre contre ma poitrine. Rapide, désordonné, comme un animal pris au piège.— Je veux que tu sois plus que ça, murmure-t-il. Je veux que tu sois tout.— Je ne peux pas être tout.— Pourquoi ?— Parce que personne ne peut être tout pour quelqu'un.Il me regarde. Ses yeux sont fous, presque.— Cassandre le pouvait. Cassandre était tout.— Cassandre est morte.Le mot le frappe. Je le vois. Il vac
Elle me regarde intensément.— Sauve-toi, Cassia. Pars maintenant. Avant qu'il ne soit trop tard.— Je ne peux pas.— Pourquoi ?Parce que je l'aime. Parce que je suis trop loin. Parce que je ne sais plus qui je suis sans lui.— Parce que j'ai des choses à finir, dis-je.— Des choses, ou une vengeance ?Je sursaute. Elle sait. Elle aussi, elle sait.— Je ne sais pas de quoi tu parles.— Bien sûr que si. Tu es la sœur de Cassandre. Je l'ai su dès que je t'ai vue. Cette façon de marcher, cette façon de regarder, cette façon de défier Alexandre sans jamais reculer. Tu es elle, mais en plus jeune, en plus féroce, en plus dangereuse.Elle recule. Elle s'appuie contre le mur.— Je ne te demanderai pas pourquoi tu es là. Je le sais. Tu veux le détruire. Tu veux qu'il paie
Il se penche vers moi. Son parfum – cuir, bois, tabac – envahit mon espace.— Je sais qui vous êtes, Cassia. Je sais pourquoi vous êtes ici. Et je sais ce qu'il y a dans cette enveloppe que vous cachez dans votre chambre.Mon cœur s'emballe. Il sait. Lui aussi, il sait.— Je ne veux pas vous faire de mal, continue Nikos. Au contraire. Je veux vous aider. Je veux vous donner ce que vous êtes venue chercher.— Et c'est quoi ? demandé-je. Ce que je suis venue chercher ?— La vérité. Et la vengeance.Il pose sa main sur la mienne. Ses doigts sont longs, fins, froids.— Je peux vous donner les deux, Cassia. Il suffit d'accepter mon aide.— Et qu'est-ce que vous voulez en échange ?— Rien. Absolument rien. La chute d'Alexandre me suffit.Il retire sa main. Il se lève.— Réfléchissez
CassiaLe gala a lieu ce soir.Je l'avais oublié. Avec le message, le café, l'enveloppe, j'avais tout oublié. Mais Alexandre me le rappelle en début d'après-midi, quand il entre dans ma chambre sans frapper.— La robe est sur le lit, dit-il. Essaye-la. Je veux voir.Je me tourne vers lui. Il est appuyé contre le chambranle, les bras croisés, le regard sombre. Il ne m'a pas parlé de la matinée. Il ne m'a pas demandé où j'étais allée. Mais il sait. Il sait toujours.La robe est là, sur le lit. Rouge. Longue. En soie. Une robe de sang, de passion, de mort.— Tu ne vas pas me demander où j'étais ? dis-je.— Je sais où tu étais.— Tu sais ?— Tu es allée au café L'Étoile. Tu as rencontré une femme âgée, brune, élégante
Elle prend une gorgée de son café. Ses mains ne tremblent pas. Rien ne tremble chez elle.— Parce que j'avais besoin de vous voir sans qu'Alexandre le sache. Parce que vous n'êtes pas venue quand je suis passée. Parce que je dois vous dire des choses que vous n'avez pas envie d'entendre.— Quelles choses ?Elle pose sa tasse. Ses doigts effleurent la soucoupe, la tournent, la retournent. Un geste nerveux, presque imperceptible.— Vous vous appelez Cassia Nikolos, dit-elle. Vous êtes la sœur cadette de Cassandre. Vous êtes née dans les montagnes, élevée par une mère alcoolique qui vous a abandonnée à douze ans. Vous avez survécu dans la rue, puis dans des foyers, puis dans des familles d'accueil. Vous avez refait votre vie, changé d'identité, disparu des radars. Et vous êtes ici parce que vous pensez qu'Alexandre a tué
CassandreLe soleil du matin frappe les volets fermés, découpant des lames de lumière poussiéreuses sur le sol en marbre. La nuit a été courte, hachée par l’échange avec Sophie et les fantômes qu’il a réveillés. Mes yeux sont cernés, ma tête lourde. Mais le planning de Nikos, gravé dans un marbre i
ArianaJe tends une main. Elle tremble comme une feuille. Je la rapproche du clavier. Le curseur clignote à côté de la fenêtre du message.Je pourrais répondre. Quelque chose de court. De rassurant. De cryptique. Quelque chose qui lui dirait que je suis en vie sans la mettre en danger, sans révéler
ArianaLa journée s’est écoulée dans un brouhaha étouffé de soie, de murmures et du cliquetis des épingles entre les dents des couturières. J’ai été un mannequin, un manège à tourner sur commande. J’ai marché, pivoté, arrêté. J’ai senti les tissus devenir une seconde peau, les armatures de corset s
ArianaJe remonte sur la plateforme. Cette fois, la silhouette est guerrière. Dangereuse. Le cuir craque doucement quand je respire. Je me vois dans le miroir : une insurgée, une pillarde. L’ironie est un acide dans ma gorge. Je suis l’antithèse parfaite de cette image. Je suis captive, pacifiée, o







