LOGINL'aéroport JFK grouillait de monde, un flot incessant de voyageurs pressés, de valises qui roulaient sur le sol luisant, de voix qui s'appelaient dans toutes les langues. Elsa était là, debout près de la sortie des arrivées, le regard fixé sur les portes automatiques. Elle avait les mains enfoncées dans les poches de son manteau, les épaules légèrement voûtées, le cœur battant un peu plus vite que d'habitude.Madeleine.Sa tante. La sœur de sa mère. La seule personne de sa famille qui lui restait vraiment. Elle ne l'avait pas vue depuis des mois, pas depuis qu'elle était partie pour New York. Elles s'étaient parlé au téléphone, bien sûr, mais ce n'était pas la même chose. Rien ne remplaçait la présence de Madeleine, sa voix chaude, son rire, cette façon qu'elle avait de la regarder comme si elle voyait au-delà des apparences, jusqu'à l'enfant qu'elle avait été.L'appartement était calme, baigné par la lumière douce de fin d'après-midi. Elsa avait préparé du thé, comme elle le faisait
La nuit avait été interminable dans l’appartement trop silencieux. Viviane avait envoyé plus d’une vingtaine de messages à Alexandre, chacun plus désespéré que le précédent. Pas une seule réponse. Ses appels avaient sonné dans le vide, encore et encore, jusqu’à ce que la tonalité lui donne la nausée. D’abord l’inquiétude lui avait serré la gorge, puis la colère avait pris le relais, et enfin une résignation amère s’était installée. Il faisait ça, parfois. Il disparaissait sans un mot, revenait des heures plus tard, les yeux vitreux, l’haleine lourde d’alcool. Elle ne posait plus de questions. Elle ne voulait plus savoir où il allait, ni avec qui il était.Mais ce soir, c’était différent. Elle avait besoin de réponses. Elle avait besoin de comprendre pourquoi il la traitait comme une moins-que-rien, pourquoi il la laissait pourrir dans l’angoisse sans le moindre égard.Elle l’attendait dans le salon, assise sur le bord du canapé, les bras croisés si fort que ses ongles s’enfonçaient da
La nuit était tombée sur Manhattan, mais Alexandre ne l'avait pas vue. Il avait passé l'après-midi à boire dans son bureau, seul, au milieu des débris de porcelaine qu'il n'avait même pas pris la peine de faire ramasser. Le whisky coulait dans sa gorge comme une promesse d'oubli, une brûlure qui engourdissait la douleur. La gifle d'Elsa résonnait encore sur sa joue, une marque invisible qu'il sentait à chaque mouvement.Il avait besoin de plus. Besoin de tout oublier. Besoin de se sentir puissant, ne serait-ce qu'une seconde.Le strip club était un endroit qu'il connaissait bien, un de ces établissements luxueux où l'argent ouvrait toutes les portes. Les lumières tamisées, les miroirs, les velours rouges, l'odeur du parfum bon marché et du désespoir. Il y était venu des dizaines de fois, souvent avec des partenaires d'affaires, parfois seul, comme ce soir.Il s'installa à une table près de la scène, commanda une bouteille de champagne qu'il ne boirait pas, et regarda les filles défile
Alexandre franchit la porte de son bureau d’un pas lourd, la mâchoire encore serrée, la joue encore brûlante. Les stigmates de la gifle d’Elsa étaient invisibles, mais il les sentait comme une marque au fer rouge. Son reflet dans la vitre lui renvoya l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait pas : les traits tirés, les yeux injectés de sang, les poings encore crispés. Il avait envie de tout casser. Il avait envie de hurler. Il avait besoin de se défouler, de faire payer quelqu’un pour cette humiliation qu’il venait de subir. Et qui de mieux que ses employés, ces sous-fifres qui lui devaient tout, pour servir d’exutoire ?Il traversa l’open space sans un regard pour les employés qui levaient la tête de leurs écrans. Leurs visages se fermèrent en le voyant. Ils savaient. Ils ne savaient pas quoi, mais ils savaient que l’orage allait éclater. Une secrétaire, trop lente à replonger dans ses dossiers, fut la première victime.— Vous, la nouvelle, dit-il en s’arrêtant devant son bureau. Qu’
Elsa était sur le point de traverser la rue quand elle entendit des pas derrière elle. Des pas assurés, presque insolents. Elle n'eut pas besoin de se retourner pour savoir qui c'était. Elle le sentait dans l'air, dans cette tension qui se resserrait autour d'elle comme un étau.Elle s'arrêta net. Ses doigts se crispèrent sur la bandoulière de son sac. Elle inspira profondément. Elle ne voulait pas lui donner cette satisfaction, cette satisfaction de la voir trembler, de la voir fuir. Elle avait déjà assez perdu pour la journée.— Eh bien, eh bien, dit la voix derrière elle. Tu es seule, sans ton avocat et sans ton petit ami.Elsa se retourna lentement. Alexandre était là, accompagné de ses deux avocats. Il avait les mains dans les poches, un sourire aux lèvres, celui d'un homme qui vient de gagner une bataille et qui compte bien en profiter.— Il est où, ton chien de garde ? demanda-t-il en la dévisageant. Marcus ? Tu fais moins la maligne sans lui, hein ?Elsa sentit la colère monte
Le bruit de la porte du tribunal claquant derrière Elsa sembla résonner dans ses os. Chaque pas qu'elle faisait sur le trottoir était un effort, comme si ses jambes s'enfonçaient dans du sable mouvant. Elle avançait, mais elle ne savait pas où elle allait. Ses yeux étaient secs, mais sa tête tournait. Les voitures passaient, les gens parlaient, la ville continuait de vibrer. Elle n'entendait rien. Elle ne voyait rien. Elle était vide.Maître Fontaine la rattrapa en quelques enjambées, son talon claquant sur le trottoir.— Elsa, attendez.Elsa s'arrêta, mais ne se retourna pas. Elle fixait une vitrine, un mannequin vêtu d'une robe qu'elle n'arrivait même pas à voir.— Comment c'est possible ? murmura-t-elle, la voix brisée. Comment est-ce possible que ce soit comme ça ?Maître Fontaine s'approcha, posa une main sur son épaule.— Je sais. Je sais que c'est dur.— Vous m'aviez dit qu'on avait des chances. Vous m'aviez dit que les preuves étaient solides.— Elles le sont, Elsa. Mais le ju
J’avais préparé la première session pendant des jours. Pas le contenu technique ça, je le connaissais par cœur, comme un air qu’on a chanté mille fois. Mais la façon de l’aborder. Comment entrer dans une pièce avec dix personnes que vous ne connaissez pas vraiment, que vous avez choisies pour des
Alexandre rentra chez lui à dix-neuf heures trente. La nuit était tombée sur Manhattan, les rues en contrebas brillaient de mille lumières, mais il ne jeta qu’un coup d’œil machinal par la baie vitrée avant de poser ses clés sur la console. Viviane était là elle avait un double des clés , une conc
Il répondit quelque chose de générique, une formule polie et vide. « Oui, les agendas. Vous savez comment c’est. »Il prit une quatrième coupe. Peut-être la cinquième il n’était plus très sûr. Le champagne était bon, sec, avec une fine effervescence qui lui picotait le palais. Il buvait plus vite
Marcus m’envoya un message un jeudi après-midi pendant que j’étais en train de revoir les contrats des traiteurs pour le gala. Les papiers étaient éparpillés sur le bureau, Clara était sortie chercher des fournitures, et je commençais à avoir les yeux qui piquaient à force de relire les mêmes claus







