ANMELDENLa lumière du matin filtrait à travers les rideaux, trop claire, trop crue. Elle s’infiltrait dans la chambre comme une lame, coupant l’obscurité protectrice, forçant Viviane à ouvrir les yeux. Elle les cligna, désorientée, le corps lourd, les membres engourdis comme si elle avait dormi des heures sans jamais vraiment se reposer. Le lit était vide. Elle n’eut pas besoin de tendre la main pour le vérifier. Elle le sentait dans l’air, dans le silence, dans cette absence qui pesait sur sa poitrine comme une pierre.Alexandre n'était pas venu.Cela faisait trois jours. Trois jours qu'il prétextait du travail, des réunions tardives, des dossiers urgents. Trois jours qu'il envoyait des messages vagues, des excuses sans conviction, des promesses qu'il ne tenait jamais. Elle savait que c'étaient des mensonges. Elle savait qu'il avait honte. Qu'il ne pouvait pas la regarder en face après ce qu'il avait fait. Qu'il préférait fuir plutôt que d'assumer, plutôt que de s'excuser, plutôt que de reco
Le lendemain matin, Elsa était encore dans la cuisine, en train de préparer le petit-déjeuner, quand elle entendit la clé tourner dans la serrure. Elle sourit. Marcus. Il avait ses propres clés, depuis quelques semaines. Elle avait hésité à les lui donner, au début, par peur de s'engager trop vite, mais maintenant, elle ne regrettait pas. C'était bon de savoir qu'il pouvait entrer à tout moment, qu'il était chez lui ici aussi.— Il y a quelqu'un ? lança-t-il en entrant.— Dans la cuisine, répondit-elle.Il apparut dans l'embrasure de la porte, un sourire aux lèvres, deux tasses de café à la main. Il portait un jean et un pull-over, les cheveux encore humides, comme s'il venait de se doucher. Il s'approcha d'elle, posa les tasses sur le plan de travail, et l'embrassa sur la joue.— Tu es en avance, dit Elsa.— Je voulais te surprendre.— Et ça a marché ?— Un peu.Il allait l'embrasser de nouveau quand son regard s'arrêta sur le manteau rouge accroché dans l'entrée, près de la porte.—
L'aéroport JFK grouillait de monde, un flot incessant de voyageurs pressés, de valises qui roulaient sur le sol luisant, de voix qui s'appelaient dans toutes les langues. Elsa était là, debout près de la sortie des arrivées, le regard fixé sur les portes automatiques. Elle avait les mains enfoncées dans les poches de son manteau, les épaules légèrement voûtées, le cœur battant un peu plus vite que d'habitude.Madeleine.Sa tante. La sœur de sa mère. La seule personne de sa famille qui lui restait vraiment. Elle ne l'avait pas vue depuis des mois, pas depuis qu'elle était partie pour New York. Elles s'étaient parlé au téléphone, bien sûr, mais ce n'était pas la même chose. Rien ne remplaçait la présence de Madeleine, sa voix chaude, son rire, cette façon qu'elle avait de la regarder comme si elle voyait au-delà des apparences, jusqu'à l'enfant qu'elle avait été.L'appartement était calme, baigné par la lumière douce de fin d'après-midi. Elsa avait préparé du thé, comme elle le faisait
La nuit avait été interminable dans l’appartement trop silencieux. Viviane avait envoyé plus d’une vingtaine de messages à Alexandre, chacun plus désespéré que le précédent. Pas une seule réponse. Ses appels avaient sonné dans le vide, encore et encore, jusqu’à ce que la tonalité lui donne la nausée. D’abord l’inquiétude lui avait serré la gorge, puis la colère avait pris le relais, et enfin une résignation amère s’était installée. Il faisait ça, parfois. Il disparaissait sans un mot, revenait des heures plus tard, les yeux vitreux, l’haleine lourde d’alcool. Elle ne posait plus de questions. Elle ne voulait plus savoir où il allait, ni avec qui il était.Mais ce soir, c’était différent. Elle avait besoin de réponses. Elle avait besoin de comprendre pourquoi il la traitait comme une moins-que-rien, pourquoi il la laissait pourrir dans l’angoisse sans le moindre égard.Elle l’attendait dans le salon, assise sur le bord du canapé, les bras croisés si fort que ses ongles s’enfonçaient da
La nuit était tombée sur Manhattan, mais Alexandre ne l'avait pas vue. Il avait passé l'après-midi à boire dans son bureau, seul, au milieu des débris de porcelaine qu'il n'avait même pas pris la peine de faire ramasser. Le whisky coulait dans sa gorge comme une promesse d'oubli, une brûlure qui engourdissait la douleur. La gifle d'Elsa résonnait encore sur sa joue, une marque invisible qu'il sentait à chaque mouvement.Il avait besoin de plus. Besoin de tout oublier. Besoin de se sentir puissant, ne serait-ce qu'une seconde.Le strip club était un endroit qu'il connaissait bien, un de ces établissements luxueux où l'argent ouvrait toutes les portes. Les lumières tamisées, les miroirs, les velours rouges, l'odeur du parfum bon marché et du désespoir. Il y était venu des dizaines de fois, souvent avec des partenaires d'affaires, parfois seul, comme ce soir.Il s'installa à une table près de la scène, commanda une bouteille de champagne qu'il ne boirait pas, et regarda les filles défile
Alexandre franchit la porte de son bureau d’un pas lourd, la mâchoire encore serrée, la joue encore brûlante. Les stigmates de la gifle d’Elsa étaient invisibles, mais il les sentait comme une marque au fer rouge. Son reflet dans la vitre lui renvoya l’image d’un homme qu’il ne reconnaissait pas : les traits tirés, les yeux injectés de sang, les poings encore crispés. Il avait envie de tout casser. Il avait envie de hurler. Il avait besoin de se défouler, de faire payer quelqu’un pour cette humiliation qu’il venait de subir. Et qui de mieux que ses employés, ces sous-fifres qui lui devaient tout, pour servir d’exutoire ?Il traversa l’open space sans un regard pour les employés qui levaient la tête de leurs écrans. Leurs visages se fermèrent en le voyant. Ils savaient. Ils ne savaient pas quoi, mais ils savaient que l’orage allait éclater. Une secrétaire, trop lente à replonger dans ses dossiers, fut la première victime.— Vous, la nouvelle, dit-il en s’arrêtant devant son bureau. Qu’
Je rentrai à neuf heures du matin, les vêtements froissés, la bouche sèche. Mes cheveux étaient retombés en mèches ternes autour de mon visage, ma robe bleu nuit portait les plis d’une nuit passée sur un drap trop étroit. Je n’avais même pas pris la peine de me recoiffer avant de quitter la chambre
je ne sais pas exactement combien de verres j’ai bus. Assez pour que le monde prenne cette texture légèrement floue qui rend les choses supportables. Assez pour que mes joues soient trop chaudes et mes pensées un peu trop libres. Assez pour que, quand je croisais mon reflet dans les surfaces sombre
Victoria la soeur d'Alexendre arriva deux heures en retard dans une robe vert émeraude qui proclamait sans ambiguïté qu’elle était la vraie maîtresse de cet espace. La soie ruisselait sur ses épaules nues, ses talons claquaient sur le marbre avec l’assurance de quelqu’un qui n’a jamais eu à demand
J'ai appris très tôt que sourire coûte moins cher que d'expliquer pourquoi on ne sourit pas.Le soleil se couchait sur Manhattan et moi j'étais là, debout devant la baie vitrée du penthouse, une tasse de thé froid dans la main droite.Je m'appelle Elsa Duval. Vingt-huit ans. Épouse d'Alexandre Duva







