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Chapitre 6

Author: Douce-L
En remarquant le regard de Béatrice, Florent baisse également les yeux.

Il comprend vite.

Ses sourcils se froncent davantage, une expression de mécontentement apparaît.

Sans Béatrice, ces derniers jours, sa vie peut être qualifiée de quelque peu chaotique.

Après une réunion en ligne dans le bureau, de retour dans la chambre, son téléphone est à plat.

Mais où est le chargeur ?

Il cherche partout sans le trouver.

Le matin, il boit toujours un café, un americano, c’est ainsi depuis des années.

Mais le café que la servante apporte n’a absolument pas le goût de celui qu’il buvait avant.

Il change les grains de café, la machine à café, et finit même par faire venir un barista spécialisé, mais le goût familier ne revient pas.

Résultat, Florent se fatigue facilement au travail, manque d’énergie.

Sans parler de l’habillement.

Avant, Béatrice préparait et assortissait ses vêtements pour le lendemain avant de dormir, les repassait soigneusement et les suspendait près du miroir dans le dressing.

Les accessoires comme les cravates, les boutons de manchette, les chaussettes, la montre, la ceinture, etc., elle les préparait aussi.

Maintenant…

Florent s’habille essentiellement les yeux fermés.

Ce qu’il attrape, il le porte.

À cet instant, il ressent une gêne subtile d’avoir été percé à jour.

Se débarrasser de Béatrice était ce qu’il voulait le plus, et c’était absolument la bonne décision.

Ce ne sont que des détails insignifiants.

Il ne faudra pas longtemps pour qu’il s’adapte, s’habitue, et que la vie revienne sur les rails.

L’utilité de Béatrice, n’importe qui peut la remplacer.

Ce n’était qu’une bonne.

Avant que Béatrice n’ouvre la bouche, Florent prend les devants : « Où regardes-tu ? »

Elle est interdite.

« Tu aimes fixer ton ex-mari ? », poursuit-il, agressif. « Tu dis ne plus m'aimer, mais tes yeux te trahissent. »

Béatrice recule rapidement de trois grands pas.

« Je trouve juste que ton goût est un peu douteux. », répond-elle. « Bien sûr, ton goût n’a jamais été très bon. »

L’expression de Florent s’assombrit : « Hein ? »

« Pouvoir être attiré par Ella, quel bon goût peux-tu avoir ? »

Son visage devient alors livide.

Et Béatrice tourne les talons.

« Sois tranquille, moi non plus je ne veux pas que grand-mère se mette en colère. », dit-elle en agitant la main. « Jouer les amoureux, je suis douée, après tout j’ai joué pendant cinq ans. Mais toi, entraîne-toi bien, ne te fais pas repérer par grand-mère. »

Béatrice est de très bonne humeur.

Alors c’est ça, la sensation quand on n’aime plus, quand on lâche prise complètement.

Il faut garder cette attitude.

Avant, si Florent la traitait ainsi, lui disait des méchancetés, Béatrice ruminerait longtemps, frôlant la dépression, et pleurerait dans le silence de la nuit.

Mais maintenant, son humeur ne peut se décrire que par un mot—

Agréable.

Florent regarde cette silhouette élégante qui s’éloigne, plissant légèrement les yeux.

Combien de facettes inconnues, jamais vues, Béatrice possède-t-elle encore ?

La docile et obéissante, c’est elle.

L’éloquente et piquante, c’est elle.

Celle qui sait aimer et savoir lâcher prise, c’est aussi elle.

Quand Béatrice gravitait autour de lui, il ne daignait même pas la regarder.

Il trouvait cela agaçant.

Aujourd’hui, quand elle a poussé la porte de la chambre et est arrivée en courant, essoufflée, Florent a soudain perçu sa beauté.

Une allure fraîche et élégante, mais des traits saisissants et profonds, un petit visage menu, des yeux clairs et brillants.

Béatrice était la beauté de l’école, semble-t-il se souvenir vaguement.

Une beauté pure et nette, la candeur des premiers amours.

Le maquillage lui semblerait superflu sur son visage.

Dans la voiture.

« Retour au bureau. » Florent ordonne calmement.

Le chauffeur répond : « Oui. »

Il prend des dossiers pour les examiner, puis s’arrête soudain.

Une odeur de cuir, pas le parfum de jasmin qu’il sentait avant.

Florent est maniaque.

Sa voiture doit être impeccable, et il n’autorise pas des inconnus à y monter.

« D’où vient cette odeur ? » La voix de Florent est glaciale. « Hein ? »

« Euh ? Président Boréal, vraiment ? Je ne sens rien… » Le chauffeur répond, paniqué, inspectant partout, et découvre vite le problème. « C’est probablement le parfum d’ambiance qui est épuisé. »

« Remplacez-le. »

Le chauffeur hésite : « Euh… Président Boréal, ce parfum d’ambiance, c’est Madame qui le préparait. Je… je ne sais pas où l’acheter. »

Florent jette lourdement les dossiers sur le siège avec un « clac », se masse les tempes.

Béatrice, encore Béatrice.

Elle est partie, mais pourquoi laisse-t-elle autant de traces dans sa vie !

« Cherchez le même modèle, allez demander dans les boutiques spécialisées une par une, on ne peut vraiment pas le trouver ? », la pomme d’Adam de Florent bouge. « Un simple parfum d’ambiance pour voiture, il faut Béatrice pour l’avoir ? »

« Président Boréal, il semble que c’était Madame qui le faisait elle-même. »

Florent reste sans voix.

---

À cause de la visite à la grand-mère Boréal, avec plus d’une heure de retard, Béatrice arrive à la société du président Barrès en milieu de journée.

« Désolée, je suis en retard, excusez-moi. », dit poliment Béatrice à la réceptionniste. « Le président Barrès est-il disponible maintenant ? »

La réceptionniste la regarde : « Vous êtes déjà venue cinq fois, je l’ai rapporté cinq fois, mais le président Barrès ne veut pas vous voir. Arrêtez de vous accrocher. »

« J’ai une affaire très importante à discuter avec le président Barrès, j’espère qu’il me donnera une chance de coopérer. »

« Le président Barrès ne travaille qu’avec les grandes entreprises. Votre petite boutique inconnue, il n’en veut pas. »

Béatrice veut encore parler, mais la réceptionniste commence à la chasser : « Vous ne comprenez pas ? Il faudrait que la sécurité se souvienne de vous et vous bloque à l’entrée… Allez, allez, vite. »

Béatrice n’abandonne toujours pas.

Tout en reculant, elle tend la pochette de documents qu’elle tient à la réceptionniste.

« C’est mon projet de coopération, s’il vous plaît, montrez-le au président Barrès, peut-être qu’il l’approuverait… »

La réceptionniste écarte la main : « Le président Barrès n’a pas le temps de regarder ça ! Allez, allez ! »

La pochette tombe par terre, les feuilles qu’elle contient s’éparpillent.

C’est le fruit des nuits blanches de Béatrice.

Alors qu’elle se baisse pour les ramasser, du coin de l’œil, elle voit la porte de l’ascenseur s’ouvrir.

Le président Barrès en sort.

Les yeux de Béatrice s’illuminent.

Elle attrape rapidement la pochette, se glisse sous le bras de la réceptionniste et se précipite vers le président Barrès.

« Bonjour président Barrès. », Béatrice se tient devant lui. « Je suis Béatrice, celle qui essaie de vous voir depuis plusieurs jours. Voici ma carte de visite, voici mon projet, jetez-y un coup d’œil, vous serez certainement satisfait. »

Le président Barrès, la quarantaine, plutôt petit et maigre, a le regard vif, empreint de ruse.

« Où Théo a-t-il trouvé une employée aussi jolie ? », dit le président Barrès en détaillant Béatrice. « Il est nul en affaires, mais son goût est excellent. »

Béatrice est très mal à l’aise sous son regard.

Mais elle s’efforce de dire : « Le président Mésange est maintenant déterminé à bien travailler, président Barrès, donnez-lui une chance. »

« Hahahaha, je peux vous donner une chance. », rit le président Barrès. « Ce soir, il y a une réunion avec des gens très influents. Je vous emmène. Ils sont bien plus forts que moi, allez chercher une coopération avec eux. Le succès dépendra de vos capacités. »

Béatrice accepte : « D’accord, merci président Barrès. »

Le président Barrès la regarde encore plusieurs fois, d’un air lubrique.

Béatrice tient la pochette contre elle, comme un bouclier, et force un sourire.

Elle va bien se préparer, essayer ce soir d’attirer l’attention d’un président sur son projet, obtenir une coopération.

Le début est toujours difficile.

Une fois la première étape franchie, le reste sera plus simple.

À peine Béatrice sort-elle de la société du président Garnier qu’elle reçoit un appel de l’hôpital.

« Allô, c’est bien Béatrice ? »

« Oui, bonjour, c’est de la part de qui ? »

« Je suis du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital. Avez-vous signé l’autorisation chirurgicale ? », dit la voix. « Plus l’opération est tôt, mieux c’est. Plus on attend, plus l’embryon grandit, causant plus de dommages à votre corps. »
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