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CHAPITRE 6 : La Chambre Blanche du Réveil 2

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-01-25 06:37:09

Lia

Nous arrivons dans une petite salle de réunion, sinistre avec sa grande table et ses chaises en cuir. Nous allongeons Anahid sur un canapé. Sa mère lui tient la main, sanglotant.

— L’ambulance arrive, madame, dit l’homme de l’hôtel, gêné.

Je m’agenouille près d’elle, pressant un linge humide sur son front. Ses paupières battent. Un gémissement s’échappe de ses lèvres.

Puis, la porte entrouverte laisse passer des bribes de la rumeur qui enfle dans le hall.

— … une vidéo en direct, j’ai entendu…

— … avec une autre, une Melkonyan, tu te rends compte ?

— … il l’a plantée là comme une moins que rien…

Chaque mot est un clou enfoncé dans son cercueil social. Je me lève d’un bond et claque la porte, isolant le bruit, mais pas l’écho qui résonnera pendant des semaines.

Quand l’ambulance arrive, c’est par une entrée de service. Pour éviter les regards. Trop tard. Les images sont déjà parties. Les commentaires aussi.

Le trajet jusqu’à l’hôpital est un flou de lumières bleues et de bruits de sirène. Ma main ne quitte pas celle d’Anahid, toujours inconsciente. Sa mère murmure des prières.

L’attente aux urgences est un autre calvaire. Nous sommes installées dans un box, le rideau tiré, mais nous entendons les allées et venues, les murmures du personnel qui, visiblement, a déjà identifié la « mariée plantée à l’autel » dont parle la télé locale en fond sonore. Une infirmière jette un regard mêlé de pitié et de curiosité malsaine en prenant les constantes.

Et puis, enfin, Anahid revient à elle.

Anahid

Le monde revient par fragments.

D’abord, une odeur. Antiseptique, propre, froide. Pas le parfum doux des lys de mon bouquet, pas l’encens de l’église, pas l’arôme familier de fleur d’oranger de ma peau. Quelque chose de stérile, qui racle la gorge.

Ensuite, un son. Un bip régulier, électronique, monotone. Une cadence qui scande un temps étranger. Pas la musique que j’avais choisie pour entrer dans la nef. Pas les rires étouffés des invités. Un battement de cœur mécanique.

Puis, la lumière. Elle filtre à travers mes paupières closes, diffuse, blafarde. Pas les chandelles chaleureuses, pas le soleil de midi sur les vitres de la suite. Une lumière de néon, impersonnelle.

Je n’ouvre pas les yeux tout de suite. Je me niche dans ce crépuscule sensoriel, parce qu’en dessous, tapie dans les ténèbres de ma mémoire, il y a une chose. Une chose qui attend, un monstre aux dents aiguisées, et je sais, au fond de ce qui me reste d’âme, que si je bouge, si je pense, elle va bondir et me déchirer à nouveau.

Mais le corps se souvient avant l’esprit. Une douleur sourde, profonde, nichée dans mon bas-ventre. Pas une crampe. Une présence. Une absence. Un écho. Ma main, lourde, engourdie, cherche instinctivement cette place, sous le drap rugueux. Elle trouve une surface plate, molle, enveloppée de coton. Pas la soie brodée de ma robe. Un vêtement d’hôpital.

L’image frappe alors, avec la violence d’une décharge électrique.

L’écran. La foule. L’église inconnue. Le costume gris perle. Sa main tenant une autre main. Un anneau qui glisse. « Je le veux. »

Un gémissement s’échappe de mes lèvres, rauque, animal. Le bip électronique s’accélère.

— Anahid ? Anam jan ? Tu m’entends ?

La voix de ma mère. Fendue, ravagée. Une main froide et sèche se pose sur mon front. Son toucher, autrefois si réconfortant, me brûle. Je veux me recroqueviller, disparaître.

Je force mes paupières à s’ouvrir. La lumière me transperce le crâne. Le plafond blanc de l’hôpital. Des rails pour un store. Je tourne la tête, lentement, chaque muscle protestant. Ma mère est là. Son visage, d’habitude si fier, si serein, est un champ de ruines. Ses yeux sont rougis, cernés de violet, son chignon parfait s’est effondré en mèches grises désespérées. Elle essaie de sourire, mais c’est une grimace de douleur.

Et à côté d’elle, Lia. Mon roc, mon ombre. Elle est debout, raide comme un piquet, les bras croisés. Son visage de madone pâle est de marbre. Seuls ses yeux, ces grands yeux noirs qui ont toujours tout vu, brûlent d’une flamme sombre, fixe. Elle ne dit rien. Elle me regarde. Et dans son regard, je ne vois pas de pitié. Je vois de la colère. Une colère si pure, si froide, qu’elle me tient lieu de bouclier, pour l’instant.

— Où… ? Ma voix est un craquement à peine audible.

— À l’hôpital Saint-Grégoire, ma chérie, dit ma mère en pressant ma main. Tu… tu as fait un malaise. Une grosse crise de nerfs. Le médecin dit que c’est l’émotion, le stress…

Elle ment. Elle ment pour me protéger, comme elle l’a toujours fait. Mais son regard fuyant trahit l’horreur sous-jacente. Le bip du moniteur s’emballe un peu plus. Lia ferme les yeux une seconde, comme pour puiser de la force.

— Combien de temps… ? je chuchote.

— Une nuit. Tu as dormi toute la nuit.

Une nuit. Une nuit entière perdue dans le néant, pendant que… Pendant que lui…

Le monstre bondit. La mémoire se déverse, intacte, cristalline, atroce. Le direct. Les fleurs rouges et blanches. Le sourire de la mariée inconnue. Sa voix. Sa voix heureuse. Chaque détail est une lame qui s’enfonce et tourne.

Un sanglot convulsif secoue ma poitrine. La douleur dans mon ventre se réveille, aiguë, insistante.

— Le bébé… je halète entre deux spasmes, ma main se crispant sur mon abdomen. Mon… notre…

Les mots se coincent, empoisonnés. Notre enfant. L’enfant de l’homme qui m’a abandonnée à l’autel. L’enfant du mensonge.

Ma mère éclate en sanglots silencieux, sa main se portant à sa bouche. C’est Lia qui répond, sa voix neutre, clinique, tranchante comme un scalpel.

— Ils ont fait des examens. Une échographie. Tout va bien, Anahid. Le… le fœtus est stable. Le choc n’a pas eu de conséquences physiques.

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