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Chapitre 5

last update publish date: 2026-08-01 22:57:33

Chapitre 5

POINT DE VUE DE LILA 

Je ferme la porte derrière moi.

Ma chambre. La vraie. La petite pièce avec un lit étroit et une commode, pas de lumière rouge, pas de torse nu, pas de bite dressée contre un ventre musclé.

Je pose mon sac par terre. Mes jambes cèdent. Je m'assois sur le bord du lit, les mains sur les genoux, le souffle court.

Je ne sais pas pourquoi je me suis laissée aller aussi facilement.

Vraiment, je ne sais pas.

Un inconnu. Une lumière rouge. Une obscurité complice. Et moi, à genoux, la bouche pleine, les doigts crispés sur ses cuisses.

Je devrais avoir honte. Je devrais paniquer. Je devrais me demander ce qui m'a pris, ce qui m'a transformée en cette fille qui succombe en cinq minutes.

Mais je ne ressens rien de tout ça.

Tout ce que je retiens, c'est que c'était bon.

Le goût de sa peau. La chaleur de sa bite sur ma langue. Le bruit rauque qu'il a fait quand je l'ai pris dans ma bouche. La façon dont ses doigts s'enfonçaient dans mes cheveux, pas pour forcer, juste pour guider.

Mon ventre se serre. Je croise les jambes.

Ce n'était pas censé arriver. Je venais pour travailler, pas pour ça. Mais quand je l'ai vu, assis dans cette lumière rouge, torse nu, avec ses yeux gris qui me transperçaient... j'ai oublié qui j'étais. J'ai oublié où j'étais. J'ai juste voulu le toucher.

Et il a voulu la même chose.

Il m'a prise pour une autre, je le sais. Il attendait une escorte, une fille payée pour ça. Moi, j'étais juste une erreur. Une porte mal ouverte. Une confusion.

Mais sur le moment, ça n'avait pas d'importance.

Sur le moment, il n'y avait que lui et moi.

Je m'allonge sur le lit. Le plafond est blanc, nu, sans lumière rouge. Je ferme les yeux.

Je revois son corps au-dessus de moi. Sa main sur ma cuisse. La façon dont il a dit mon prénom.

Lila.

Il a dit mon prénom comme s'il le découvrait. Comme s'il le goûtait.

Je souris dans le noir.

Je me demande ce qui va se passer demain. Quand je le croiserai dans la lumière du jour. Quand sa mère me donnera des ordres et qu'il me regardera de ses yeux gris.

Est-ce qu'il fera comme si de rien n'était ? Est-ce qu'il m'ignorera ?

Ou est-ce qu'il me cherchera ?

Une chaleur monte dans mon ventre.

Mon corps se souvient. Ma bouche se souvient. Ma nuque se souvient de ses doigts.

Je devrais avoir peur. Je devrais regretter.

Mais tout ce que je retiens, c'est que c'était bon.

Je me tourne sur le côté.

— Ethan, murmuré-je.

Son prénom résonne dans la chambre vide.

La lumière est éteinte. Il fait noir.

Et pour la première fois, je me demande si cette nuit n'a pas été autre chose qu'une erreur.

Le petit matin est gris.

Je me suis réveillée avant l'aube, le cœur battant, le corps encore marqué par la nuit. J'ai enfilé ma blouse de travail — une simple chemise blanche et un tablier noir — et j'ai attaché mes cheveux en arrière.

Quand je descends, la villa est calme. Les couloirs sont vides. Les ombres du matin s'étirent sur les murs.

La cuisine est immense. Une cuisine de riche, avec des plans de travail en marbre et des casseroles en cuivre suspendues au plafond. Je commence à préparer le petit-déjeuner comme on me l'a expliqué : café, jus d'orange frais, viennoiseries sorties du four.

Je suis concentrée sur mon travail quand j'entends des pas derrière moi.

— Tu es matinale.

La voix de Madame de Vries. Je me retourne, les mains tremblantes.

Elle est là, dans sa robe de chambre en soie, ses cheveux parfaitement coiffés. Elle me regarde avec ses yeux froids, mais quelque chose dans son expression s'est adouci.

— Bonjour Madame, dis-je en m'essuyant les mains sur mon tablier.

Elle s'approche, prend une tasse de café que j'ai préparée. Elle boit une gorgée, approuve d'un hochement de tête.

— Ta mère, comment va-t-elle ? demande-t-elle soudain.

Je suis surprise qu'elle se souvienne.

— Elle va... elle va mieux, Madame. Lentement, mais elle va mieux.

Elle hoche la tête. Elle pose sa tasse, se tourne vers moi.

— J'ai pensé à toi, dit-elle.

Elle ouvre un tiroir, en sort une petite enveloppe blanche. Elle me la tend.

— C'est une avance sur salaire. Pour t'aider un peu. Pour ta mère. Et pour toi.

Mes doigts tremblent quand je prends l'enveloppe. Je sens le poids des billets à travers le papier. Mon cœur se serre.

— Je ne sais pas comment vous remercier, Madame, dis-je, la voix étranglée.

— C'est normal. Tu es une bonne fille, Lila. Je le vois.

Je serre l'enveloppe contre ma poitrine. Je sens des larmes monter, mais je les retiens.

— Allez, au travail, dit-elle d'un ton plus sec. Il y a du repassage dans la lingerie.

Je hoche la tête. Je m'apprête à sortir de la cuisine quand elle ajoute :

— Au fait, mon fils...

Mon cœur s'arrête.

— Il se réveille tard, souvent. Il fait la grasse matinée jusqu'à midi. Ne va pas le déranger. Sa chambre est à l'étage . Tu n'as pas besoin d'y entrer.

Je reste figée.

— Il n'aime pas qu'on le dérange, ajoute-t-elle en souriant. Alors surtout, ne monte pas. S'il a besoin de quelque chose, il descendra lui-même.

— Bien Madame, dis-je d'une voix que je m'efforce de garder neutre. Je ne le dérangerai pas.

Elle hoche la tête, satisfaite, et sort de la cuisine en emportant sa tasse.

Je reste seule.

Ma main serre l'enveloppe contre mon cœur. Mon esprit est ailleurs.

Ne le dérangerai pas.

Je pose l'enveloppe sur le comptoir. Je regarde le plafond, vers l'étage. 

Ethan dort. Nu, probablement. Les bras écartés. Les cheveux en désordre.

Je sens une chaleur monter dans mon ventre.

Ne le dérange pas, Lila. Ta patronne te l'a dit.

Je prends une profonde inspiration. Je retourne au travail.

Mais je sais. Je sais que je vais le déranger.

Pas aujourd'hui. Pas maintenant.

Mais bientôt.

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