Compartilhar

Chapitre 2

Autor: Lolo Myrtille
Et puis Charles avait tout gâché avec une simple phrase.

« On devrait aménager cet appartement dans le style que Violette aime. Comme elle viendra y séjourner de temps en temps, autant qu'elle s'y sente chez elle. »

J'étais restée bouche bée.

« Charles, c'est chez nous ! Pourquoi est-ce qu'on devrait décorer notre appartement selon ses goûts à elle ? »

Son visage s'était aussitôt fermé.

« Ce n'est que de la déco ! L'appartement où on vit actuellement, on l'a bien aménagé comme tu le voulais, non ? Les parents de Violette vivent à l'étranger depuis des années. Elle se retrouve toute seule ici, ce n'est pas facile pour elle. Elle va venir souvent, alors où est le problème si je décore cet appartement à son goût ? Franchement, Juliette, tu peux pas arrêter d'être aussi mesquine ? »

J'avais laissé échapper un rire de colère.

Il fallait donc que j'aménage mon propre foyer selon les goûts d'une autre femme.

En quoi était-ce normal ?

Aucun de nous n'avait voulu céder et, aujourd'hui encore, l'appartement n'était toujours pas entièrement meublé.

Avec le recul, j'aurais dû demander le divorce dès ce moment-là.

Mais je m'étais obstinée à croire qu'il restait encore une chance pour nous.

Je m'étais dit que nous pourrions profiter de notre anniversaire de mariage pour avoir enfin une vraie discussion.

Cette fois, je devais me rendre à l'évidence et renoncer à cet espoir.

Charles n'est rentré qu'à deux heures du matin.

J'étais assise sur le canapé, à moitié endormie. En l'entendant arriver, j'ai rassemblé le peu d'énergie qui me restait et levé les yeux vers lui.

« Charles, il faut qu'on parle. »

Charles m'a aperçue sur le canapé. J'avais les traits tirés par la fatigue, mais ça ne lui a fait ni chaud ni froid.

Il s'est pincé l'arête du nez, visiblement agacé.

« Juliette, tu vas pas en faire tout un drame ? C'est juste un anniversaire de mariage ! Ça fait trois ans qu'on est mariés, tu comptes vraiment me prendre la tête avec ça toute la nuit ?

T'as vu l'heure ? J'ai eu une journée épuisante, j'ai pas envie de passer des heures à me disputer avec toi. »

Il a tourné les talons et s'est enfermé dans la salle de bains. Pendant dix bonnes minutes, j'ai entendu l'eau couler.

Quand il est ressorti, il n'a même pas pris la peine de passer par notre chambre. Il est allé directement dans la chambre d'amis.

BAM !

La porte a claqué si fort que j'ai été complètement tirée de ma somnolence.

Le silence est retombé sur l'appartement.

Mais dans ma tête, c'était le chaos.

J'avais le cœur en miettes et un poids sur la poitrine qui ne me quittait pas.

Les yeux fixés sur la convention de divorce entre mes mains, je me suis mise à pleurer sans même m'en rendre compte.

Depuis quand étions-nous devenus incapables de nous parler normalement ?

Depuis qu'il préférait raconter sa journée à Violette plutôt qu'à moi ?

Depuis qu'il avait commencé à mettre du persil dans mon assiette, alors que je détestais ça ?

Ou depuis qu'il m'avait laissée affronter seule ma fausse couche ?

J'avais passé ma jeunesse à lui courir après, prête à tout pour gagner son cœur.

Puis nous avions fini par avancer côte à côte, en nous promettant de passer notre vie ensemble.

Maintenant, nous étions de part et d'autre d'une porte, comme deux parfaits étrangers.

Et il ne nous avait fallu que huit ans pour en arriver là.

J'ai regardé mes larmes tomber dans le creux de ma main avant de prendre une profonde inspiration.

Puis j'ai saisi un stylo et signé la convention de divorce.

Enfin, je me suis levée et j'ai regagné ma chambre.

J'étais tellement épuisée, physiquement comme moralement, que j'ai sombré dans un sommeil profond.

Quand j'ai rouvert les yeux, il était presque midi.

Je ne m'attendais certainement pas à tomber sur une visiteuse indésirable en sortant de ma chambre.

En me voyant apparaître, Violette m'a accueillie avec un sourire radieux.

« Juliette ! Ça y est, tu es réveillée ! »

Je suis restée figée sur place.

Charles est apparu à la porte de la cuisine, une pointe d'agacement dans la voix.

« C'est pas trop tôt ! Vio est là depuis un bon moment, tu sais. »

Violette lui a lancé un regard faussement réprobateur.

Puis elle a attrapé un écrin en velours posé sur la table basse et s'est précipitée vers moi pour me le mettre entre les mains.

« Mais Charles, sois pas si dur ! Juliette, lui en veux pas. Tu le connais, il est maladroit, mais il a bon cœur ! Regarde, hier, quand on faisait les boutiques tous les deux, il a même pensé à t'acheter un cadeau pour votre anniversaire de mariage. Il m'en a parlé pendant tout le trajet du retour ! »

Je me sentais terriblement mal à l'aise. Sa gentillesse forcée me donnait presque la nausée, mais je me suis contentée de répondre :

« Merci, qu'est-ce que c'est... »

Je n'avais même pas terminé ma phrase que Violette a ouvert l'écrin sous mes yeux.

À l'intérieur reposait un collier si petit qu'il en était presque ridicule.

Un modèle bas de gamme qu'une boutique de luxe proposait à prix réduit en complément d'un achat.

Charles a repris l'écrin et m'a expliqué d'un ton plutôt sec :

« Violette voulait un sac de la nouvelle collection, alors je l'ai accompagnée faire les magasins. Vu le montant des achats, on avait droit à une offre spéciale. J'ai vu ce collier et je me suis dit que c'était ton style, alors j'ai payé le petit supplément pour l'avoir. »

Comme je ne tendais toujours pas la main pour le prendre, il a ajouté :

« De toute façon, comme tu es médecin, tu peux pas porter de bijoux trop voyants. Je t'ai justement choisi quelque chose de simple. »

Avant que j'aie pu répondre, il a ramassé plusieurs sacs de grandes marques posés par terre et les a jetés à mes pieds.

« Il y a les vêtements que Vio vient d'enlever là-dedans. Tu peux les laver et les ranger ?

On va à un salon d'art contemporain tout à l'heure, alors on doit y aller. »

Ils sont repartis en riant et en discutant, sans m'accorder un seul regard de plus.

Continue a ler este livro gratuitamente
Escaneie o código para baixar o App

Último capítulo

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 8

    « Je vais très bien, maintenant. Je passe mes journées à soigner des gens et je suis entourée d'amis qui partagent les mêmes valeurs que moi. Je n'ai plus à choisir ce que je mange en fonction des goûts de quelqu'un d'autre, ni à subir ses sautes d'humeur.Charles, je ne t'aime plus. »À ces mots, Charles a semblé perdre le peu de forces qui lui restait. Ses épaules se sont affaissées et il s'est laissé retomber sur sa chaise.Le visage baigné de larmes, il a murmuré, s'accrochant encore à un espoir impossible.« C'est pas grave, c'est pas grave, Juliette.Je t'attendrai. Si un jour tu veux revenir, je serai toujours là. »Je n'avais plus envie d'entendre ses promesses ni ses regrets. Sans ajouter un mot, je me suis levée et j'ai quitté le café.À partir de ce jour-là, Charles est resté près du camp.Il avait loué un petit logement dans les environs et venait m'attendre tous les jours à l'entrée.Il m'apportait le petit-déjeuner, des bouteilles d'eau et m'aidait à transporter le matér

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 7

    Clac !Inès lui a raccroché au nez.Charles est resté le téléphone à la main. Après la volée de reproches qu'il venait d'essuyer, il n'avait même plus la force de se mettre en colère. Tout ce qu'il voulait, c'était me retrouver, me voir. Me dire qu'il regrettait, qu'il avait compris ses torts.Au cours de ma deuxième année en Afrique, j'étais devenue l'un des piliers de l'équipe médicale.Un après-midi, un visiteur indésirable s'est présenté au camp.Charles se tenait devant la tente.Il avait une mine affreuse. Une barbe de plusieurs jours lui mangeait le visage, son regard était éteint et sa peau avait bruni sous le soleil. Il ne restait presque rien de l'architecte plein d'assurance que j'avais connu.Je n'ai pas été surprise de le voir.Inès m'avait prévenue. Il lui avait fallu une année entière pour découvrir où j'étais.Mes collègues ont senti que quelque chose n'allait pas. Ils se sont rapprochés, le regardant avec méfiance.D'un geste de la main, je leur ai fait signe que tout

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 6

    De son côté, Charles a rappelé, refusant d'abandonner.Mais cette fois, au lieu de la tonalité, il n'a entendu que la voix mécanique du message automatique. Il a soudain compris.Il s'est effondré sur le canapé, le visage enfoui dans les mains, et a éclaté en sanglots.Au camp, les journées étaient bien remplies.Je partageais mon temps entre les opérations et les tournées de consultations dans les villages alentour.Le soir, j'étais tellement épuisée que je m'endormais dès que ma tête touchait l'oreiller. Je n'avais même plus le temps de ressasser le passé.J'avais la chance d'être entourée de collègues formidables, venus des quatre coins du monde et animés par la même envie d'aider les autres.Personne ne connaissait mon histoire. Personne ne me parlait de Charles ni de Violette.Je pouvais enfin redevenir moi-même.Juliette Duval, chirurgienne, là pour sauver des vies. Et plus seulement la femme de Charles.Tous les deux jours, Inès m'appelait en visio pour me raconter les derniers

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 5

    Le silence régnait dans la cabine pendant ce vol de nuit.Dans un demi-sommeil, j'ai rêvé des dernières paroles que ma meilleure amie, Inès Roux, m'avait adressées ce jour-là.« Ce n'est pas juste à cause de ce dîner que tu veux partir. C'est à cause de tous ces repas où ça s'est passé de la même façon.Juliette, arrête de t'oublier pour lui. »Ce soir-là, j'avais tout de même pris une photo du magnifique coucher de soleil.Mais cette fois, je ne l'avais pas envoyée à Charles. Je n'avais pas essayé de partager avec lui ces petits riens qui semblaient tant l'agacer.Je l'avais simplement gardée dans la galerie de mon téléphone.J'étais certaine qu'un jour, je trouverais quelqu'un qui aurait envie d'écouter mes petites histoires et de regarder le soleil se coucher à mes côtés.Quand l'avion a atterri à Nairobi, il était quatre heures du matin, heure locale.J'étais tellement épuisée que je tenais à peine les yeux ouverts. Je suis directement montée dans le véhicule de l'équipe médicale p

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 4

    « Mais Juliette, tu voulais parler à Charles, non ? Pars pas si vite ! »Charles a fini par perdre patience lui aussi. Il a tapoté la table du bout des doigts.« Bon, tu voulais me dire quoi, au juste ? Accouche ! Vio et moi, on a une soirée avec d'anciens camarades de promo ce soir. »J'ai esquissé un sourire qui n'avait rien de joyeux.« Pour ce qui nous concerne tous les deux, on en parlera quand tu auras vraiment du temps à me consacrer. Je peux partir, maintenant ? »Charles est resté sans voix.Il a entrouvert la bouche, comme pour se justifier, mais aucun mot n'est sorti.Après quelques secondes de silence, il a repris, avec une pointe de culpabilité dans la voix. « Bon, rentre à la maison, alors. Après la soirée, je passerai t'acheter tes choux à la mangue et à la vanille préférés. On prendra le temps de discuter tranquillement. »J'ai fait un vague geste de la main en guise d'au revoir et me suis écartée pour éviter la main qu'il tendait vers moi.Derrière moi, il a lancé :«

  • Désormais, nos saisons ne feront que se frôler   Chapitre 3

    Comme si je n'étais qu'une femme de ménage à leur disposition.En regardant tous ces sacs éparpillés à mes pieds, j'ai senti ma poitrine se serrer.J'avais la gorge tellement nouée que j'avais du mal à respirer.C'est alors que mon téléphone a vibré.Un message venait d'arriver sur le groupe de discussion de l'hôpital.Il s'agissait d'un appel à volontaires pour une mission médicale humanitaire à l'étranger.Je suis restée les yeux rivés sur l'annonce. Mon cœur s'est mis à battre un peu plus vite.Et si c'était justement l'occasion qu'il me fallait ?Partir loin d'ici, loin de Charles. Prendre enfin le temps de me reconstruire, sans lui.J'ai pris une profonde inspiration pour retrouver mon calme, puis j'ai envoyé ma candidature.Après avoir envoyé ma candidature, je me suis changée, puis je suis passée à l'hôpital pour remettre mon dossier.Une fois toutes les démarches terminées, j'ai ouvert WhatsApp.Dans notre conversation, mon dernier message était toujours resté sans réponse.«

Mais capítulos
Explore e leia bons romances gratuitamente
Acesso gratuito a um vasto número de bons romances no app GoodNovel. Baixe os livros que você gosta e leia em qualquer lugar e a qualquer hora.
Leia livros gratuitamente no app
ESCANEIE O CÓDIGO PARA LER NO APP
DMCA.com Protection Status