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CHAPITRE 2 : LA MÉFIANCE 2

Author: Déesse
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-18 00:46:17

Je suis farouche. On me l'a dit souvent. Farouche, sauvage, distante, impossible à approcher. Comme une bête qui ne se laisse pas apprivoiser, qui mord la main qui veut la caresser, qui griffe celui qui veut la prendre. Je ne souris pas souvent. Je ne réponds pas aux avances. Je baisse les yeux, je serre les lèvres, je passe mon chemin sans un regard, sans un mot, sans une hésitation. Les autres filles parlent d'amour, de baisers, de garçons, de rendez-vous, de cœurs brisés et de cœurs reconquis. Moi, je les écoute de loin, et je me tais. Je les regarde rire, pleurer, espérer, souffrir, et je me demande comment elles font, comment elles osent, comment elles se laissent aller. L'amour, c'est une histoire qu'on raconte aux filles pour mieux les prendre, pour mieux les briser, pour mieux les abandonner. Ma mère a cru à l'amour. Elle a cru aux promesses, aux serments, aux mots doux murmurés dans le noir. Elle a fini seule, malade, abandonnée, à pleurer dans une chambre vide en attendant un homme qui n'est jamais revenu. Je ne veux pas finir comme elle. Je ne veux pas mourir d'amour. Je ne veux pas aimer du tout.

Mais il y a une chose que je ne peux pas empêcher, une chose qui m'échappe malgré moi, qui me trahit malgré ma carapace, qui me rappelle que je suis vivante, que je suis humaine, que je suis faite de chair et de sang et de désirs que je refuse de nommer. J'aime les livres. J'aime les mots. J'aime les histoires. J'aime me perdre dans des vies qui ne sont pas la mienne, dans des mondes qui n'existent pas, dans des amours que je ne vivrai jamais. Les livres sont ma drogue, mon opium, mon évasion. Et c'est dans une librairie que tout a commencé. C'est là que je l'ai rencontré. Sans savoir que ma vie allait basculer. Sans savoir que ma peur des hommes allait prendre un visage, un nom, une présence. Sans savoir que derrière la lumière d'un regard, il y avait déjà l'ombre d'un piège. Je m'appelle Zaira. J'ai dix-neuf ans. Et voici l'histoire de ma chute.

Leandro

Je suis né avec une cuillère en argent dans la bouche, et cette cuillère, je ne l'ai jamais lâchée, jamais posée, jamais oubliée, elle est là, plantée entre mes lèvres comme un symbole, comme une malédiction, comme une prison dorée dont je ne peux pas m'échapper. C'est ce qu'on dit dans les dîners mondains, entre deux sourires hypocrites et deux coupes de champagne, entre deux poignées de main et deux promesses d'affaires, entre deux mensonges et deux trahisons. Une cuillère en argent. Comme si ça expliquait tout. Comme si l'argent effaçait le reste. Comme si naître riche suffisait à être heureux. Comme si le luxe comblait le vide. Ceux qui disent ça ne savent rien. Ils ne savent pas ce que c'est que d'être le fils d'Ottaviano Fabbri. Ils ne savent pas ce que c'est que de grandir dans une cage dorée, sous le regard froid d'un père qui ne sait pas aimer, qui n'a jamais su aimer, qui ne veut pas aimer. Ils ne savent pas ce que c'est que d'étouffer dans un monde trop grand pour soi, trop lourd, trop exigeant.

J'ai vingt-cinq ans, et je suis l'héritier d'un empire industriel qui pèse plusieurs milliards d'euros, un empire bâti sur le béton et l'acier, sur les usines et les chantiers, sur les hommes et leur sueur, sur les compromis et les trahisons. Mon père a bâti cet empire à la force du poignet, comme il aime le rappeler à chaque dîner, à chaque réunion, à chaque occasion, comme s'il voulait graver dans ma mémoire l'histoire de sa réussite, comme s'il voulait me rappeler que je ne suis rien sans lui, que je dois tout à son travail, à sa volonté, à sa détermination. Parti de rien, arrivé au sommet. Une fortune, un nom, une réputation. Et un fils unique pour porter tout cela. Moi. Leandro Fabbri. L'enfant de la puissance. Le prince du béton, de l'acier, des usines. Celui qui doit tout reprendre un jour. Celui qui n'a jamais eu le choix. Celui qui porte sur ses épaules le poids d'un héritage qu'il n'a pas demandé.

Mon père est un homme que je respecte autant que je le crains, un homme qui inspire la crainte et l'admiration, qui impose le silence quand il entre dans une pièce, qui n'a pas besoin de crier pour être obéi. Il est grand, massif, le regard noir, la mâchoire serrée, les épaules larges, les mains puissantes. Il ne sourit jamais. Il ne félicite jamais. Il exige. Il ordonne. Il contrôle. Il contrôle les affaires, les employés, les associés, les concurrents. Il contrôle sa maison, ses domestiques, ses conseillers. Il contrôle sa vie, mon avenir, mes choix. Il contrôle tout, et il ne supporte pas qu'on lui résiste, qu'on lui tienne tête, qu'on lui désobéisse. Ma mère est morte quand j'avais huit ans, et depuis ce jour, quelque chose s'est éteint en lui, quelque chose s'est durci, quelque chose s'est fermé à jamais. Je ne me souviens pas bien d'elle. Des images floues, une voix douce, une robe claire, un parfum de rose, une main tendre sur ma joue. Mon père n'en parle jamais. Il a rangé son deuil comme on range un dossier, dans un tiroir fermé à clé, dans un coin sombre de sa mémoire. Sans un mot. Sans une larme. Sans un regret.

J'ai grandi entouré de domestiques, de précepteurs, de conseillers, de gardes du corps, de gens qui s'occupaient de moi sans jamais m'aimer, qui veillaient sur moi sans jamais me comprendre, qui me servaient sans jamais me voir. J'ai appris l'anglais, le français, l'allemand. J'ai fréquenté les meilleures écoles, les universités les plus prestigieuses. J'ai porté des costumes trop grands pour moi, des chaussures trop dures, des cravates trop serrées. J'ai appris à serrer des mains, à sourire sans chaleur, à mentir avec élégance, à me taire quand il fallait, à parler quand on me le demandait. Tout cela pour devenir un jour l'héritier parfait. Celui qui reprendra l'empire. Celui qui continuera l'œuvre. Celui qui ne décevra jamais. Celui qui ne faillira jamais. Celui qui ne pleurera jamais.

Mais au fond de moi, dans ce recoin secret de mon âme où personne n'a jamais accès, je n'ai jamais voulu de cette vie, je n'ai jamais désiré ce destin, je n'ai jamais rêvé de pouvoir ou d'argent. Je ne veux pas du pouvoir. Je ne veux pas de l'argent. Je ne veux pas de ces dîners interminables, de ces alliances stratégiques, de ces mariages arrangés qu'on évoque parfois devant moi comme une évidence, comme une obligation, comme un devoir. Je veux autre chose. Quelque chose de simple, de vrai, de pur. Quelque chose qui ne s'achète pas, qui ne se négocie pas, qui ne se contrôle pas. Quelque chose qui me ressemble, qui me libère, qui me donne envie de vivre.

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