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Chapitre 2 — Café, frissons 

Author: Darkness
last update publish date: 2025-09-13 21:34:53

Zoé

Je suis debout devant le miroir. Trois tenues éparpillées sur le lit. L’une trop stricte, l’autre trop sexy. Et la dernière ? On dirait que j’ai volé la garde-robe d’une prof de yoga vegan divorcée. Bref. Rien ne va.

— C’est un café professionnel, Zoé. Pas un rencard, je me répète. Encore. Et encore.

Sauf que ma culotte est assortie à mon soutien-gorge, et ça, c’est signe de faiblesse érotique préméditée. On ne fait pas ça quand on s’en fout. On fait ça quand on espère. Et j’espère. Peut-être même trop.

Je choisis finalement une robe fluide, noire, avec une fente discrète. Assez neutre pour paraître innocente, assez glissante pour qu’il me regarde comme hier. J’ajoute du rouge sur mes lèvres. Le même que j’ai laissé rouler entre mes jambes. Subtile, la meuf.

Café Lumen. 14h03.

Jules est déjà là. Il est assis au fond, près de la baie vitrée. Il m’accueille avec un sourire lent, comme s’il m’attendait depuis toujours.

— Tu es en retard, dit-il sans méchanceté.

— Non, tu es juste trop ponctuel.

Il rit , bordel, ce rire. On devrait l’interdire dans les lieux publics. Il fait fondre mes défenses comme une glace sous un soleil torride. Et j’ai déjà chaud. Trop chaud pour un mois de mars.

Il commande un espresso. Moi, un latte. Il me parle de son projet photo. Une série de portraits de femmes, mais pas lisses, pas jolies des vraies, dans leur complexité, leur désir, leur chaos. Il veut qu’on collabore. Qu’on mêle mes dessins à ses photos.

— Je veux capturer ce qu’on cache. Les failles. Les fantasmes. Les endroits qu’on ne montre pas, même quand on est nu.

Je croise les jambes. Sa voix me donne des frissons, et son regard, c’est pire : il me regarde comme si j’étais déjà son modèle. Sa muse. Sa prochaine obsession.

Je me penche vers lui, sans réfléchir. Et je murmure :

— Et moi, tu veux me capturer aussi ?

Le silence tombe, chaud, lourd, palpitant.

Il ne sourit plus. Il me regarde droit dans les yeux, et dit, très doucement :

— Je crois que j’ai déjà commencé.

On ressort du café une heure plus tard. Mon cœur tape contre mes côtes. Je sais qu’il va se passer quelque chose. Peut-être pas aujourd’hui. Peut-être pas ce soir. Mais ce regard ? Il laisse des traces.

Et quand je tourne la tête, Raphaël est là. Sur le trottoir d’en face. Il m’a vue. Avec lui. Il s’approche, lentement.

Je le connais assez pour comprendre, juste à sa façon de me regarder, que quelque chose a changé.

— Salut, dit-il, un peu trop calme.

Jules s’éclipse , il a une course à faire, ou peut-être qu’il sent déjà qu’il y a une autre tension ici. Une autre guerre en coulisses.

Je reste seule avec Raphaël. Et mon cœur, cette fois, bat autrement.

Il m’observe. Il ne plaisante pas. Pas cette fois.

— C’est lui, ton photographe ?

Je hoche la tête.

— Et il te plaît ?

Je reste figée. Je déteste cette question. Je déteste cette réponse.

— C’est pas la question, Rafa.

Il s’approche. Il me regarde comme il ne l’a jamais fait. Pas en ami. Pas aujourd’hui.

— Alors c’est quoi, la question ? Parce que moi, je suis là depuis dix ans, Zoé. Et je t’ai jamais vue regarder personne comme tu me regardes quand tu crois que je le vois pas.

Je recule d’un pas. Je ne respire plus.

— Tu veux que je parte ? me demande-t-il.

— Non, je souffle.

— Tu veux que je reste ?

Je ne réponds pas. Je ferme les yeux.

Je suis en train de glisser. Entre deux hommes. Deux désirs. Deux versions de moi-même.

Et pour la première fois… j’ai envie de les explorer toutes les deux.

Le soir.

Je suis seule dans mon lit. Mais je ne dors pas.

Je pense à Jules. À ses mains. À son regard. À ce qu’il pourrait faire à mon corps.

Et je pense à Raphaël. À ses bras. À ce qu’il a déjà fait à mon cœur.

Et puis… je glisse ma main sous les draps. Et je pense à eux. Tous les deux.

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