Se connecterSes mains tremblent. Je les vois. Les doigts de l'homme qui tue sans hésiter, qui commande à la mort, qui fait plier les empires — ils tremblent comme des feuilles mortes.— Je l'ai poursuivi, dit-il. J'ai couru après le camion jusqu'à ce que mes pieds saignent. Mais il était parti.— Qu'est-ce qui est arrivé à Miguel ?Silas ouvre les yeux.— Je l'ai cherché pendant dix ans, dit-il. J'ai traversé le Mexique, le Guatemala, les États-Unis. J'ai fait des choses. Des choses que tu n'imagines pas. Pour trouver des informations. Pour remonter les pistes. Pour le sauver.Il marque une pause.— Quand je l'ai trouvé, il était déjà mort depuis cinq ans. Un camp d'entraînement. Ils l'avaient tué parce qu'il refusait de tirer sur un autre enfant.La bougie grésille. Une goutte de cire tombe sur le plancher, figée, blanche.— C'est pour ça, dit-il. C'est pour ça que j'ai créé les Corbeaux. Pour que d'autres enfants n'aient pas à subir ça. Pour que d'autres frères ne perdent pas leurs frères.— Et
AlyssaJ'arrive devant la porte de Silas. Je ne sais pas pourquoi. Mes pieds m'ont portée ici sans que mon cerveau ne donne l'ordre.J'hésite.Je devrais retourner dans ma chambre. M'enfermer. Attendre que l'électricité revienne.Mais il y a quelque chose dans l'obscurité. Quelque chose qui rend la solitude insupportable.Je frappe.Trois coups. Faibles. Presque timides.Pas de réponse.Je frappe plus fort.Rien.La porte n'est pas fermée à clé.Je pousse le battant.La bougie éclaire d'abord le bureau , vide. Puis le salon attenant , vide aussi. Puis la chambre, au fond.Silas est assis par terre, le dos contre le mur, les jambes étendues devant lui. Il ne bouge pas. Il ne lève même pas les yeux quand j'entre.Une bougie brûle à côté de lui, sur le plancher,
Je la regarde.Elle a vingt-cinq ans, mais ses yeux en ont quarante. Peut-être cinquante. L'infirmière de guerre. Celle qui a vu assez d'horreurs pour ne plus croire en rien. Celle qui a ramassé assez de morceaux pour savoir que le monde n'a ni justice ni sens.— Je n'ai pas sauvé un Corbeau, Lia, je dis doucement. J'ai sauvé un homme qui saignait. C'est tout.— C'est naïf.— C'est mon serment.Elle secoue la tête. Ses doigts s'arrêtent sur une boîte de morphine. Elle la retourne. La regarde. La repose.— Tu sais pourquoi les Corbeaux s'appellent les Corbeaux ? demande-t-elle.— Parce qu'ils sont en noir ?— Non.Elle s'adosse au mur. Croise les bras. Son visage est fatigué.— Dans les légendes nordiques, les corbeaux sont les messagers entre les vivants et les morts. Ceux qui volent au-de
Je la lâche.Mes bras retombent le long de mon corps, lourds comme du plomb.Nous restons un instant à genoux l'une devant l'autre, haletantes, couvertes de terre et de brume. Nos fronts se touchent presque.Je sens sa chaleur. Son souffle. Son odeur.— T'es dure à tuer, dit-elle.— J'ai de l'entraînement.Les Corbeaux n'applaudissent pas.Mais ils se regardent.Et quelque chose dans leurs yeux a changé.Silas s'approche.Il me tend la main.Je la prends.Ses doigts sont chauds. Forts. Ils m'enlacent.Il me relève.— Tu as perdu, dit-il à Vega.— Non, répond-elle en se frottant la nuque, là où mes doigts ont serré. J'ai trouvé.Elle me regarde.Ses yeux jaune-vert sont différents, maintenant. Plus clairs. Presque chaleureux.— B
Il sourit.Un sourire rare. Presque tendre. Qui lui creuse des rides au coin des yeux et le rend soudain humain, vulnérable.— Si tu gagnes, dit-il doucement, tu n'auras plus jamais à prouver quoi que ce soit à personne. Plus à moi. Plus à eux. Plus à toi-même.Je réfléchis.Une partie de moi hurle de refuser. De me barricader dans ma chambre. D'attendre que tout ça passe. D'espérer qu'ils m'oublieront.Mais l'autre partie , celle qui s'est rebellée contre lui, contre la cage, contre l'enfermement , celle-là rugit.Celle-là en a assez de reculer.Celle-là en a assez d'avoir peur.— Quand ? je demande.— Ce soir. Dans la cour.— D'accord.Je me lève.Mes jambes tremblent. Je les force à tenir.— Alyssa, dit-il alors que je suis d
Je la lâche.Elle se retourne, masse son poignet. Une rougeur apparaît sur sa peau — là où mes doigts ont serré.Mais son expression a changé.Il y a du respect, maintenant. Ou du moins une forme d'évaluation nouvelle. Moins de mépris. Plus de prudence.— La prochaine fois, dit-elle, je gagne.— La prochaine fois, je te casse le bras.Elle sourit. Vraiment.Puis elle sort avec ses deux hommes.La porte claque.Mes mains tremblent.Je les regarde. Mes mains. Celles qui ont sauvé des vies. Celles qui viennent de menacer d'en briser une.Elles sont rouges , la friction, la peur, l'adrénaline.Je les serre l'une contre l'autre.La brume appuie contre la fenêtre.Je n'aurais pas dû faire ça.Ou peut-être que si.Je ne sais plus.Tout ce que je sais
AlyssaLa première règle, lorsque l’enfer se déchaîne, c’est de cesser de penser. La pensée est une roue qui tourne à vide dans la boue, elle entrave, elle paralyse. Il ne reste que l’instinct et la sensation brute, à vif.Le mot de Cassian , Prenez-la est encore suspendu dans l’air, un fragile cri
SilasIl cesse de tapoter. Le silence qui suit est plus lourd que les explosions.Puis, avec une lenteur exaspérante, il se lève et se tourne.Le visage de Cassian Valerius est celui d’un ange tombé, sculpté dans le marbre et le mépris. Des traits d’une beauté glaçante, symétriques, trop parfaits.
AlyssaL’aube ne se lève pas. Elle s’infiltre. Une lueur grise et lasse, coupable, qui se glisse entre les lattes des volets comme un voleur. Elle dessine des barres sur le sol, sur le lit, sur nous. Elle ne chasse pas les ombres. Elle les teinte simplement d’une couleur morne.Je ne dors pas. Mon
SilasLe silence qui s’installe est d’une densité abyssale. Il n’est pas vide. Il est peuplé. Du bourdonnement sourd de notre sang qui redescend, du battement furieux et désynchronisé de nos cœurs qui tentent de retrouver un rythme propre, du souvenir-écho, physique et persistant, de la sensation q







