LOGINIl hoche la tête lentement.— C'est juste, dit-il. C'est tout ce que je peux espérer.Je fais un pas en arrière, mets de la distance entre nous. Le vent soulève mes cheveux, colle une mèche sur ma joue encore humide. La lune baigne la cour d'une lumière spectrale, froide, blanche.— Maintenant, je dis en reprenant mon souffle, tu vas faire deux choses. D'abord, tu fais évacuer mon père. Aujourd'hui. Tout de suite. Tu envoies des hommes de confiance le chercher dans le Vermont et le mettre dans un endroit sûr, un endroit que Valerius ne connaît pas. Il ne doit pas subir les conséquences de ton obsession.
Je frappe de nouveau. L'autre joue, cette fois. Plus fort. Ma paume me brûle, mes doigts s'engourdissent, mais je ne sens presque rien , seulement cette rage qui me consume, cette trahison qui me ronge, cette humiliation de réaliser que tout ce que j'avais construit dans ma tête, cette illusion de choix et de liberté, n'était qu'un décor planté par un homme malade d'obsession.— Encore, répète-t-il, la voix calme, presque douce, comme s'il m'encourageait à continuer, comme s'il méritait chaque coup et qu'il le savait.Cette fois, je ne le frappe pas avec la main ouverte.Je le frappe du poing.Un direct dans le sternum, maladroit, sa
AlyssaSilas prend une longue inspiration. Ses mains se joignent sur ses genoux, se tordent l'une dans l'autre, et je remarque qu'elles tremblent. Le grand Silas Cruz, le chef redouté des Corbeaux, le tueur impitoyable, le stratège sans faille – il tremble comme un enfant qui va avouer une bêtise.— Le soir où je t'ai fait enlever, dit-il d'une voix lointaine, tu sortais d'une garde de trente-six heures. Tu étais épuisée. Tu avais les traits tirés, les yeux cernés, et tu boitais légèrement parce que tu t'étais tordu la cheville en courant dans un couloir pour réanimer un patient qui faisait un arrêt cardiaque. Tu avais sauvé ce patient. Comme tu
Je l'ai choisie, oui.Pas par hasard. Par obsession.Ce mot qu'elle n'a pas encore prononcé, mais qu'elle prononcera bientôt, et qui sera le plus terrible de tous.Je range les photos dans l'enveloppe kraft, lentement, soigneusement. Je les glisse dans la poche intérieure de ma veste, là où se trouve déjà le dessin de Miguel. Deux dossiers. Deux femmes. Mon frère et ma compagne. Les deux êtres que j'ai le plus aimés, les deux êtres à qui j'ai fait le plus de mal.Puis je sors de l'infirmerie et je pars à sa recherche.Je la trouve dans la cou
Des pas dans le couloir. Lourds, pressés. Sa démarche , je la reconnaîtrais entre mille, cette façon qu'il a de faire trembler le parquet sans même s'en rendre compte. La porte de l'infirmerie s'ouvre à la volée.— Alyssa ?Silas est sur le seuil, essoufflé comme s'il avait couru. Derrière lui, j'aperçois la silhouette massive de Vega, une ombre fidèle et silencieuse. Silas regarde mon visage, puis le dossier étalé sur le bureau, puis les photos, puis mes mains qui tremblent comme des feuilles dans la tempête. Son expression change instantanément. Je vois les muscles de sa mâchoire se contracter, ses épaules se raidir, ses poings se serrer le long de son corps.
AlyssaL'infirmerie est en désordre. Pas le désordre habituel, celui des journées chargées, des pansements à changer, des sutures à poser – non, un désordre différent, plus profond, comme si quelqu'un avait fouillé mes affaires avec méthode et précipitation.Je le remarque tout de suite en entrant. Le tiroir de mon bureau est entrouvert. Mes dossiers médicaux, d'habitude parfaitement alignés dans leur classeur métallique, dépassent en pagaille. Mon carnet de notes – celui où je consigne les symptômes, les diagnostics, les traitements – n'est plus à sa place habituelle, calé contre la lampe à pétrole. Il est posé bien en évid







