로그인Un homme surgit, vêtu de noir, le visage masqué, une arme levée. Les hommes de Valerius. Il n'a pas le temps de tirer – j'ai déjà levé mon pistolet, déjà visé, déjà pressé la détente. La détonation claque dans l'espace confiné, assourdissante. L'homme s'effondre sur le seuil, une tache rouge s'élargissant sur sa poitrine.Je ne baisse pas mon arme. Mes mains ne tremblent pas.— Vous deux, dis-je à mes assistantes, restez derrière les tables. Ne regardez pas la porte.Un autre homme apparaît dans l'encadrement, attiré par le bruit. Il voit son camarade au sol, me voit debout, le pistolet braqué sur lui. Il hésite une fraction de seconde – une fraction qui lui est fatale. Mon deuxième tir l'atteint à l'épaule, le fait reculer en titubant. Il disparaît dans le couloir en hurlant.Je recharge le pistolet avec des gestes calmes et précis, comme Silas me l'a appris dans la cour sous le vieux tilleul. Insérer le chargeur, armer la culasse, véri
AlyssaLes heures qui suivent sont un cauchemar éveillé.La bataille fait rage autour du manoir. Le portail nord a cédé, puis le mur d'enceinte ouest , c'est ce que Vega vient m'annoncer entre deux rafales, le visage défait, du sang coulant d'une entaille au cuir chevelu. Les hommes de Valerius ont pénétré dans la cour. Pas en force, pas pour conquérir , mais pour semer le chaos, pour montrer qu'ils le pouvaient, pour terroriser. Des commandos de trois ou quatre hommes, mobiles, armés jusqu'aux dents, qui tirent sur tout ce qui bouge.— Combien de temps ? je demande en rechargeant le plateau de chirurgie.— Je ne sais pas. Une heure, peut-être deux. Nos renforts arrivent par le sud. Si on tient jusque-là, on peut repousser l'assaut.— Et Silas ?— Toujours inconscient. Les hommes ne savent pas qu'il est blessé – j'ai dit qu'il dirigeait la contre-attaque depuis le poste de commandement. Si jamais ils apprennent qu'il es
Le poumon gauche s'est partiellement affaissé, je l'entends au bruit de sa respiration, un sifflement humide caractéristique. L'hémothorax, peut-être un pneumothorax associé. Il faut drainer, évacuer le sang et l'air accumulés dans la cavité pleurale, sinon le poumon ne se regonflera pas et Silas suffoquera. — Scalpel. Drain thoracique. Bocal stérile. Je pratique une petite incision entre les côtes, insère le drain, le connecte au bocal. Le sang coule dans le tube, sombre, épais, près d'un demi-litre. Puis, lentement, le flux se tarit, et la respiration de Silas devient plus facile, plus profonde. Le poumon se regonfle peu à peu. — C'est bien, dis-je. Tu respires mieux. Reste avec moi, Silas. — Je suis là, murmure-t-il. Je suis toujours là. Mes doigts trouvent sa main, la serrent fort. Sa peau est froide, moite de sueur, mais ses doigts répondent à ma pression, faiblement mais sûrement. Il est
AlyssaIls l'amènent sur une civière de fortune, une vieille porte arrachée de ses gonds et recouverte d'un drap taché de sang. Silas est allongé dessus, le visage exsangue, les lèvres grises. Sa chemise est déchiquetée, imbibée de sang, collée à sa peau comme un linceul. Sa respiration est courte, sifflante, irrégulière – le bruit caractéristique d'un poumon touché.Pendant une seconde – une seule, une minuscule seconde – je ne suis plus le médecin. Je suis Alyssa, et l'homme que j'aime est en train de mourir sous mes yeux. Mes jambes flageolent, ma gorge se serre, une envie de hurler monte dans ma poitrine comme une vague noire.Puis la seconde passe.— Sur la table, dis-je d'une voix que je ne reconnais pas, une voix froide, calme, autoritaire. Doucement. Ne le secouez pas. Maintenez sa tête alignée avec son corps.Les hommes obéissent, transfèrent Silas sur la table d'opération comme s'il était en verre. Son sang coule sur l
Huit morts. Le chiffre s'enfonce dans ma poitrine comme une lame. Huit hommes que j'ai soignés, à qui j'ai parlé, avec qui j'ai partagé des repas dans la grande salle. Torres, toujours enrhumé, que je soignais avec des infusions au gingembre. Mendez, le tireur silencieux qui ne parlait jamais mais qui m'offrait toujours un petit salut discret quand on se croisait. Les jumeaux Castillo, inséparables, qui finissaient les phrases l'un de l'autre. Morts. Tous. Je chasse ces pensées d'un mouvement de tête. Je n'ai pas le temps de pleurer. Si je pleure, mes mains trembleront, et si mes mains tremblent, je ne pourrai pas opérer. — On commence par Diaz, dis-je en me tournant vers mes assistantes. Anesthésie locale, désinfection, champs stériles. On y va. L'opération dure deux heures. Deux heures de concentration absolue, de gestes précis, de décisions vitales prises en une fraction de seconde. Le projectile a perforé le foie, comme je
Je me dirige vers la fenêtre, pose mon front contre la vitre froide. La rosée du matin dessine des arabesques sur le verre, et au-delà, la propriété s'étend, vaste et silencieuse.— Silas va riposter, dis-je à voix basse. Il ne va pas tarder. Cette attaque était un test, et il le sait. Maintenant, il va vouloir montrer qu'il n'est pas faible, qu'il n'a pas peur, qu'il peut nous frapper aussi fort que nous l'avons frappé. Il va attaquer une de nos positions, vite, fort, pour restaurer la peur et le respect. La question, c'est laquelle.— On a renforcé toutes nos positions après l'attaque d'hier.— Il ne choisira pas une position miliaire. Il choisira quelque chose de symbolique. Une cible qui nous fera mal, pas tactiquement, mais personnellement. Il sait que je ne tiens pas à mes hommes comme il tient aux siens. Alors il visera autre chose. Quelque chose qui compte vraiment pour moi.Je me tourne vers Marchetti, le regard brûlant.







