LOGIND'ailleurs, mes vrais amis, au lycée, ont toujours été des humains.
Bizarre, non ? Je n'ai jamais pu blairer toutes ces louves qui se pavanent, qui tournent autour des mâles les plus populaires pour se faire une réputation. En vrai, les humaines font pareil. Mais pas toutes. Et c'est ça qui m'a plu. Après avoir vérifié que tout était en ordre sur le territoire, je repris forme humaine. Il n'était que midi. Je n'avais pas envie de rentrer, pas envie de voir mon père. Alors je traînai en ville. Pendant des heures. Mon portable vibra. Puis vibra encore. Puis encore. La voix de mon père, hurlant dans ma tête que je ferais mieux de rentrer. Et qu'est-ce que j'ai fait ? Je l'ai envoyé bouler. À peine le message parti, j'aurais voulu le rattraper. Parce que je savais, au fond de moi, ce qui m'attendait. Alors je traînai encore. Je fis exprès de ne pas rentrer. La pluie tombait toujours quand je poussai la porte d'un bar. De toute façon, demain je me casse. Enfin, cette nuit. Parce qu'à minuit, je serai enfin majeure. Je pourrai quitter le pays sans l'autorisation de mon père. Je pourrai utiliser ma carte — mon compte, alimenté par mes parents, avec plus d'un million d'euros dessus. Je n'avais jamais touché à cet argent. La fortune, je m'en fous. Mais là, il allait me servir. Un problème en moins. Je commandai une vodka bien tassée. Pour oublier. Juste un instant, oublier que j'avais un père taré, une mère lâche, et que ce que je m'apprêtais à faire était totalement suicidaire. J'enchaînai trois verres. L'organisme d'un loup encaisse bien l'alcool mon père en a tellement abusé que le sien ne connaît plus que ça. Je m'arrêtai là. Pas question de rentrer soûle. L'heure tourna. Je jetai un coup d'œil à l'horloge du bar. 19h. Merde. Je sortis en trombe, me transformai en pleine rue et fonçai vers le village. Quinze minutes plus tard, j'étais là. Là où j'allais morfler. Je me glissai chez moi en silence, aussi discrète qu'une ombre. C'était peut-être contre-intuitif, mais il fallait que je l'énerve. Vraiment. Qu'il se défoule assez longtemps ce soir pour ne pas revenir cette nuit. Comme ça, je pourrais me faire la malle tranquillement. Je repris forme humaine devant la porte d'entrée. Je poussai le battant. Le salon était immaculé. Mon père avait déjà remplacé la table basse par le même modèle. Sans doute pour que je la redétruise avec mon dos, tiens. Elle ne fera pas long feu, de toute façon. Il était assis sur le canapé, de dos. Je posai le pied sur la première marche de l'escalier. Une voix rauque me fit sursauter. — Amber ? Sa voix rauque claqua dans le silence. Calme. Trop calme. — Viens ici. Je fermai les yeux. Inspiration. C'était la dernière fois. La dernière fois que je souffrirais ici. Normalement. Je m'avançai jusqu'au canapé, restant dans son dos. — Oui ? fis-je, l'air innocent. — Tu n'as pas l'impression d'être en retard, par hasard ? Ou pire, de m'avoir envoyé chier, tout à l'heure ? — Euh… peut-être ? Un grognement sourd résonna dans toute la maison. Je détalai. Je courus dans les couloirs, montai au deuxième étage. Trois étages au total dans cette baraque. Je me ruai dans la salle de bain et verrouillai la porte derrière moi. Le souffle court, je m'adossai au mur. J'avais tout prévu. Trois heures du matin, je me tire. Arrivée à l'aéroport à quatre heures. Je prendrai mon billet sur place. Décollage à quatre heures et quart, arrivée à Los Angeles à huit heures. Florian m'attendra. J'avais un plan. La porte de la salle de bain explosa. Mon père entra en furie, le visage déformé par la rage. Son poing s'abattit sur ma mâchoire. Le goût du métal emplit ma bouche. Du sang. Évidemment. Sa main agrippa ma gorge. Il me souleva du sol et me projeta contre le miroir. Le verre éclata en mille morceaux. Je sentis des éclats s'enfoncer dans ma joue, ma tempe. La douleur — vive, précise, presque clinique. Puis plus rien. Juste l'engourdissement qui précède la suite. Mon père me souleva encore et m'expédia contre le placard. Mon dos heurta le bois avec un bruit sourd. Je m'effondrai au sol, au milieu des débris de verre et de mes propres illusions. Plus que quelques heures, me répétai-je en boucle. Plus que quelques heures. Et je tiendrais.— JOYEUX ANNIVERSAIRE ! crie-t-il. — Merci… Tu m’as manqué ! dis-je. — Toi aussi, Amber ! Tu as changé ! dit-il en riant. — Ah bon ? — Tu es plus grande qu’avant ! Tu mesures combien ? — Euh… un mètre soixante-deux. — Ah ouais, quand même ! Mais je te dépasse toujours. — Heureusement ! dis-je en riant. Nous rigolons et il pointe mon œil. Je porte un sweat à capuche noir. — C’est lui qui t’a fait ça ? grogne-t-il. Je grimace. — Qui d’autre ? Il soupire et passe un bras autour de mes épaules. Je prends mon sac qui me sert de bagage et nous sortons à l’extérieur. Le soleil est déjà levé dans le ciel et il n’y a presque pas de nuages, ce qui nous promet une belle journée. Nous montons dans sa voiture et il roule à travers la ville. Je vois les buildings défiler et de magnifiques palmiers compléter le décor. Nous passons devant une superbe plage le long de la côte. C’est magnifique. — Tu as pris la bonne décision, me dit-il. — Peut-être… ou peut-être pas. — Pourquoi ça ? d
Après m’être faite torturer toute la soirée, je m’en étais sortie avec la jambe cassée et un énorme coquard à l’œil gauche. Évidemment, tout ça allait disparaître dans moins de quatre heures. J’avais perdu connaissance au cours d’un combat sous ma forme lupine avec mon père et m’étais réveillée sur le sol, au milieu des débris.Il était vingt-trois heures lorsque je suis remontée dans ma chambre. Mon père était parti chercher du vin, alors j’en avais profité pour regarder la télévision, la seule chose qui était restée intacte.Il est actuellement deux heures quarante-cinq du matin et je suis en train de préparer mon sac.Je prends mes papiers d’identité et ma carte bancaire avant d’ouvrir discrètement la porte de ma chambre. Je jette un coup d’œil par-dessus la rambarde des escaliers et aperçois mon père endormi sur le canapé, une bouteille d’alcool vide entre les mains. Je secoue la tête de droite à gauche, déçue.Je retourne dans ma chambre et vais ouvrir la fenêtre. Je me glisse à
Le placard en bois solide, massif céda sous mon poids et la violence de l'impact. Je rattrapai le meuble qui basculait sur moi, bandant mes muscles pour le soulever.J'vais vraiment me faire tuer.Sans réfléchir, je le balançai vers mon père. Le meuble l'écrasa contre le mur. Il hurla, un cri de rage plus que de douleur.Je déguerpis.— AMBER ! JE VAIS TE TUER !Sa voix déchira le silence de la maison. Je courus sans me retourner, faisant abstraction de ses menaces. Si personne ne l'avait entendu, c'est que les murs étaient sacrément bien isolés. Tant mieux pour ma réputation.Je grimpai au troisième étage, déboulai sur le toit-terrasse. La pluie avait cessé, laissant place à un ciel chargé. Je renversai une table en bois et me plaquai derrière, le cœur cognant dans ma poitrine.Plan de génie. Vraiment.Une heure passa. Peut-être deux. Le froid commençait à engourdir mes doigts, mes blessures à se refermer lentement. J'osai espérer qu'il avait abandonné.Mais c'était mal le connaître
D'ailleurs, mes vrais amis, au lycée, ont toujours été des humains.Bizarre, non ? Je n'ai jamais pu blairer toutes ces louves qui se pavanent, qui tournent autour des mâles les plus populaires pour se faire une réputation. En vrai, les humaines font pareil. Mais pas toutes. Et c'est ça qui m'a plu.Après avoir vérifié que tout était en ordre sur le territoire, je repris forme humaine. Il n'était que midi. Je n'avais pas envie de rentrer, pas envie de voir mon père. Alors je traînai en ville.Pendant des heures.Mon portable vibra. Puis vibra encore. Puis encore. La voix de mon père, hurlant dans ma tête que je ferais mieux de rentrer. Et qu'est-ce que j'ai fait ?Je l'ai envoyé bouler.À peine le message parti, j'aurais voulu le rattraper. Parce que je savais, au fond de moi, ce qui m'attendait. Alors je traînai encore. Je fis exprès de ne pas rentrer.La pluie tombait toujours quand je poussai la porte d'un bar. De toute façon, demain je me casse. Enfin, cette nuit. Parce qu'à minui
Le lendemainAprès une soirée à courir dans toute la villa pour échapper aux griffes de mon père, et une nuit à subir ses coups chargés d'alcool et de haine, je me levai une énième fois, les muscles en compote.Ce matin, mon père voulait que j'aille faire le tour du territoire. Je n'avais même pas cherché à savoir pourquoi, j'aurais regretté de poser la question. Et puis honnêtement, je m'en fichais. Ça me donnait une excuse pour sortir, pour respirer, pour exister ailleurs que dans l'ombre de sa violence.Je ne pris même pas la peine de retirer mes vêtements de la veille. Chez nous, pas besoin. La transformation ne les déchire pas, un avantage pratique quand on vit dans une meute où on passe son temps à passer du loup à l'humain.J'ouvris la porte. La pluie tombait toujours, lourde et grise, comme la veille. Je soupirai et m'élançai dans le village.Je courus jusqu'à la lisière de la forêt, pris mon élan et sautai dans les airs. Mes os craquèrent, mon corps se recomposa dans un feu r
J'avais une autre amie ici, Mia. Elle est très gentille, c'est la seule qui sait que mon père me bat. Néanmoins, je n'accorde toute ma confiance qu'à Florian. Il a toujours su que mon père me battait, je n'avais pas eu besoin de le lui dire. Un jour, il m'avait protégée. Depuis, nous étions devenus inséparables. Jusqu'à son départ. Je ne lui en voulais pas : il avait le droit d'avoir une belle vie.— Apparemment. Et sinon, toi ? Comment c'est, Los Angeles ?— Ma nouvelle meute est géniale. Bon, l'Alpha suprême est très autoritaire, mais on s'entend bien !Je recrachai presque tout mon lait et mes céréales.— Non !? Tu as intégré la meute la plus puissante du monde ?! J'en reviens pas ! m'écriai-je.Il rigola.— Ouais ! Je rêve, ou tu as recraché ce que tu mangeais ?Je regardai la table : une flaque de lait et des céréales éparpillées.— Euh… non, tu ne rêves pas, dis-je, coupable.Il éclata de rire. J'éloignai mon téléphone un instant.— Tu ne changeras jamais ! Et comment vont mes p







